Europe

Lundi 22 décembre 2014 1 22 /12 /Déc /2014 07:19

Réveil Communiste

 

Samedi 20 décembre 2014

L'Europe sociale ?

une chance sur 268 millions !

Sur El Diablo :

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Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 10:09

 

COMITE VALMY

Russie :

du sang à la corbeille 
Par Jacques Sapir

jeudi 18 décembre 2014, par Comité Valmy

 

Russie : du sang à la corbeille

Par Jacques Sapir

18 décembre 2014

La séance a été mouvementée, mais glorieuse, pour le rouble ce mercredi 17 décembre. Il s’est apprécié fortement face au dollar et à l’Euro après les séances catastrophiques de vendredi, lundi et mardi. Dans le même temps, la Bourse de Moscou, qui avait connu une forte baisse ce lundi et ce mardi, s’est brillamment reprise et a connu une hausse de 17%. Il faut, certes, se méfier des mouvements sur un marché des actions qui est très étroits. Près de 90% des volumes se font sur cinq titres seulement. Néanmoins, la tendance est ici très nette. Ces mouvements sont comparables dans leur amplitude à la baisse spectaculaire de mardi 16. Ils n’ont cependant pas provoqués les mêmes commentaires, et ceci est révélateur des parti-pris anti-russes d’une partie de la presse et des soi-disant « observateurs ». Ils n’en sont pas moins intéressants car ils révèlent ce qu’est la politique des autorités russes. Mais, au-delà de ce simple constat, il faut s’interroger sur les choix qui ont été faits par les autorités.

 

La stratégie des autorités et le bain de sang des spéculateurs

La stratégie du gouvernement et de la Banque Centrale semble fonctionner à court terme. Moins que la hausse du taux d’intérêt à 17%, il semble bien que ce soit essentiellement l’engagement des réserves du Ministère des Finances et de la Banque Centrale couplé avec des mesures administratives visant certaines banques, qui ait provoqué cette hausse importante. Elle est très significative. On voit que la veille, le rouble s’était effondré avant de remonter vers la fin de la journée. Cela s’explique par le mouvement de spéculation. On achète du dollar en vendant des roubles en début de journée, et ce mouvement fait chuter le rouble, puis on revend ces dollars, provoquant une légère remontée, mais qui reste à un niveau inférieur à celui auquel on les a acheté. Le spéculateur est ainsi gagnant. Songeons qu’il a pu acheter des dollars entre 63 et 65 roubles et les vendre entre 77 et 72 roubles, empochant ainsi un beau bénéfice. Mais, ce mercredi 17 c’est un tout autre scénario. Les achats de dollars se font entre 69 et 71 roubles, dans l’espoir de vente au-delà de 80 roubles. Mais, l’intervention de la Banque Centrale fit remonter le rouble qui à 8H00 est à 63 roubles pour 1 dollar. Les spéculateurs sentent que a situation leur échappe et ils multiplient les achats, faisant chuter le rouble un instant, mais l’intervention de la Banque Centrale et du Ministère des Finances sature le marché, le rouble s’apprécie, et les contrats se dénouent entre 62 et 60,5 roubles pour un dollar, ce qui entraine des pertes énormes pour les spéculateurs.

 

Graphique 1

Mouvement du cours du rouble face au dollar le 16 et 17 décembre

Ces mouvements du 17 décembre impliquent donc des pertes très lourdes pour les spéculateurs qui jouaient la baisse du rouble. On verra dans les jours qui viennent ce qui se passe pour certains fonds spéculatifs, en particulier aux Etats-Unis, et certaines petites banques russes, proches de milieux opposés à la politique menée par Vladimir Poutine. Il est clair que cette stratégie doit absolument être poursuivie dans les jours qui viennent pour rendre ces pertes irréversibles et redonner par la même occasion confiance à la population russe.

 

L’objectif devrait donc logiquement être d’atteindre le niveau de 55 roubles pour 1 dollar. Ce cours qui correspond plus ou moins au niveau d’équilibre pour un baril de pétrole en dessous des 60 dollars et qui rassurerait la population.

 

Le coût pour les autorités.

On ne connaît pas encore exactement le coût direct de cette stratégie. Il est cependant clair qu’il a été important. La Banque Centrale et le gouvernement ont certainement jeté des sommes importantes sur le marché pour arriver à leurs fins. Ils devront dépenser des sommes toutes aussi importantes dans les jours à venir, probablement autour de 30 milliards de dollars par semaine s’ils veulent atteindre cet objectif. Mais il est clair que la Russie en a aujourd’hui les moyens. Les réserves de la Banque Centrale sont au-dessus des 400 milliards de dollars.

 

Ce coût n’est pas le seul, et il faut aussi envisager le coût caché de cette politique. Il réside dans le maintien de taux d’intérêts élevés. Ces derniers sont actuellement de 17% l’an, alors que l’inflation se situe autour de 10,5% l’an. Si ces taux devaient s’inscrire dans la durée, ils étrangleraient l’économie russe. Il faut donc ici bien considérer que si une politique de lutte contre la spéculation par des moyens de marché peut être efficace, comme cela a été prouvé ce mercredi 17 décembre, le coût, tant direct qu’indirect de cette politique devient rapidement croissant. On comprend que, dans l’esprit du gouvernement, cette stratégie ne soit pas appelée à durer. Il est clair qu’il espère qu’avec le mois de janvier prochain les pression baissières sur le rouble vont se calmer. Néanmoins, si la spéculation s’avérait soutenue politiquement par certains pays, ceci pourrait ne pas être le cas. Dans cette situation, la meilleure solution pour la Russie serait d’introduire rapidement des mesures réglementaires, ce que l’on appelle un contrôle des capitaux. La réussite de la stratégie adoptée par les autorités, qui se refusent pour l’instant de considérer l’option du contrôle des capitaux, va faire baisser la pression sur ces mêmes autorités. Mais, si l’engagement du Ministère des Fiances et de la Banque Centrale devait se poursuivre, il faudrait alors reconsidérer sérieusement les différentes options possibles.

 

Des leçons à tirer.

Une dernière leçon doit être tirée des événements qui viennent de se passer. Ce mini-krach sur le marché des changes a réactivé tout l’inconscient de méfiance vis-à-vis de l’économie russe qui date de la crise d’août 1998. Or, contrairement à cette époque, jamais il n’y a eu un risque de défaut. En 1998, les réserves de la Banque Centrale étaient très faibles, autour de 30 milliards. Elles sont aujourd’hui à 420 milliards, soit 14 fois supérieures. La dette publique était un problème majeur en 1998 ; aujourd’hui la Russie est l’un des pays les moins endettés du monde avec au tour de 9% du PIB pour sa dette publique, soit 10 fois moins que la France. La balance commerciale était en déficit au premier semestre 1998, alors qu’elle est excédentaire aujourd’hui de près de 120 milliards par an, un chiffre comparable à celui de l’Allemagne.

 

L’industrie russe se développe rapidement, et on a pu le voir dans les contrats signés récemment avec l’Inde, tout comme on peut le voir si l’on regarde les chiffres de la production automobile, ou aéronautique. Il est donc profondément stupide de comparer la Russie à un quelconque émirat pétrolier. Cela n’avait non plus aucun sens de comparer 1998 avec ce qui s’est passé les jours derniers. Et pourtant, certains l’on fait, parfois de bonne foi montrant cependant que leur connaissance de l’économie russe était bien courte, et d’autres de moins bonne foi, démontrant une incontestable volonté de nuire. Il est important de ne pas se laisser guider par l’idéologie quand on cherche à comprendre ce qui se passe en Russie.

 


Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels.

Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques.

Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.


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Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 07:04

TEXTE REPRIS SUR
LE BLOG DE
MICHEL EL DIABLO 

L’UNION EUROPÉENNE:

barbeles

jacques-cotta-copie-1.jpg

Gauche et gauche de la gauche

dans une impasse mortifère.

 

 

Deux évènements qui viennent de se dérouler ces derniers jours ne seraient qu’anecdotiques s’ils n’annonçaient une année 2015 d’enfer pour les peuples d’Europe, et singulièrement pour le peuple français.

Le premier est la mise en garde menaçante à l’encontre des états du Sud, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, le Portugal notamment, et la France, de la part de Pierre Moscovici, l’ex ministre de François Hollande recasé à la commission européenne.

Endossant le costume de socialiste père fouettard qui décidément sied si bien à la fonction de commissaire européen, l’ancien ministre hollandien a stigmatisé tout retard dans la mise en musique de la politique préconisée par Bruxelles, et menacé les états de « lourdes sanctions financières (…) si au mois de mars 2015 les objectifs n’étaient pas atteints ».

Le second s’est déroulé sur un plateau de télévision.

Face aux représentants de ceux qui se définissent comme « la gauche de la gauche »- Jean Luc Mélenchon, Cécile Duflot, et Benoit Hamon dont l’attelage est pour le moins étrange- c’est une député européenne allemande, véritable clone d’Angela Merkel, qui est venue « rappeler les Français à leurs responsabilités » et indiquer en substance que « l’Allemagne ne tolérerait pas de nouveaux retards dans la chasse aux déficits et la mise en application d’une politique d’austérité rigoureuse ».

Le tout appuyé sur un programme établi à l’écart des regards encombrants.

« Oui mais… » Ont répondu chacun à leur manière les trois invités sur le plateau.

« Vous avez signé les traités, maintenant il faut les appliquer ! 

  Ce sont les exigences de l’Union Européenne…» a conclu madame Merkel bis.


Les exigences de l’Union Européenne

Ce tir tendu aurait bien peu d’importance s’il ne venait appuyer des décisions qui ont été prises à Bruxelles sans aucune publicité. Les intitulés font figure de tarte à la crème, mais leur rappel donne une idée de l’ampleur du chantier auquel le gouvernement de François Hollande et Manuel Valls compte s’attaquer en obtempérant aux desiderata allemands et bruxellois.

Le Coût du travail d’abord.

Malgré « le pacte de stabilité » et les dizaines de milliards d’euros accordés au patronat en échange de création d’emplois que tous s’accordent aujourd’hui à reconnaitre bien illusoires, il faut plus. Sentant la période de Noël propice aux cadeaux redoublés, Pierre Gattaz et le Medef ont d’ailleurs décidé de mettre leurs pas dans ceux de l’Union Européenne qui demande à nouveau de « réduire les cotisations sociales patronales en allant au-delà du CICE », notamment pour ce qui concerne « les plus bas salaires ».

Les allocations chômage ensuite.

Il s’agit de revoir les accords de maintien dans l’emploi en vue « d’accroitre leur utilisation par les entreprises en difficulté ». La chanson est la même que celle qui depuis des mois est fredonnée sur « la baisse des charges ». Il s’agirait de « réformer le système d’assurance chômage afin qu’il encourage le retour à l’emploi ».

Les dépenses de santé aussi.

Il faudrait « diminuer » les dépenses publiques dans le secteur des « soins de santé, y compris dans le domaine pharmaceutique ».

Les retraites également.

Là encore même chanson, même refrain. Il s’agirait de « prendre les mesures nécessaires » pour « ramener durablement le système des retraites à l’équilibre d’ici 2020 », cela « dans tous les régimes, en se concentrant notamment sur les régimes spéciaux et complémentaires existants ».

Les collectivités locales ne sont pas oubliées.

Au nom des « doublons administratifs », aller vers « une fusion de collectivités » et « rationaliser les dépenses tout en réduisant les dotations octroyées par l’Etat ».

Les professions réglementées enfin.

Il faudrait ainsi « supprimer les restrictions à l’accès aux professions réglementées » et « réduire les contraintes réglementaires dans le secteur du commerce » ce qui donne un certain relief au débat sur l’ouverture des boutiques le dimanche notamment

Et la concurrence évidemment.

Les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité sont l’objet de toutes les inquiétudes au nom « d’une concurrence libre et non faussée ». De même le transport intérieur des passagers dont « le marché devrait être ouvert ».

En un mot, l’Union Européenne rappelle les états à l’ordre pour la mise en œuvre de la politique de déréglementation généralisée qui doit mettre à bas ce qui reste des acquis sociaux obtenus dans des mouvements historiques, les grandes grèves de 1936 ou la situation de double pouvoir installée dans le pays au sortir de la guerre en 1945-1947.

L’obstination de l’U.E. est totale dans cette volonté de faire payer aux peuples la dette et les déficits organisés par le capitalisme dont les dernières crises –celle des subprimes en 2008- sont le point de départ des problèmes actuels.

En France comme dans les autres pays, le bond du déficit vient en effet des années 2008 et 2009 avec les centaines de milliards injectés dans le système bancaire, les plans de relance et la baisse des recettes fiscales consécutives à la crise.

Ainsi, pour la zone euro dans son ensemble, le déficit qui n’était que de -0,7% du PIB en 2007 est passé à -6,3% en 2009. Pour les pays de l’OCDE, de -1,3% en 2007, le déficit est de -8,2% en 2009.

Mais il y a plus. Certains pays saignés par des plans de rigueurs tels l’Irlande ou l’Espagne étaient en 2007 en excédent. Pour la France, les déficits s’élevaient à -2,3% en 2007 pour passer à -7,1 en 2010 [1].

Les conséquences

Ces recommandations impératives de l’Union Européenne  à tous les Etats ont déjà été partiellement mises en œuvre dans un pays test de l’Union, la Grèce, qui a joué malgré elle le rôle de cobaye permettant de déterminer le seuil de tolérance du peuple à des mesures qui mettent directement sa survie en danger.

Sur toutes les questions la Troïka –c'est-à-dire l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne et le Fond Monétaire International- a œuvré au nom de la dette et des déficits, dés le lendemain de la crise des subprimes. Les conséquences ont  été radicales dans tous les secteurs vitaux pour la population.

Pour les salaires et l’emploi, la précarisation est devenue un luxe tellement les emplois ont été par centaines de milliers supprimés.

Pour les jeunes le taux de chômage a explosé.

Pour les vieux, les retraites ont été amputées au point de jeter dans la mendicité et dans l’indigence des centaines de milliers de grecs qui jusque là étaient épargnés. Les suicides à répétition sont venus rappeler cette terrible réalité.

Pour les chômeurs les allocations ont été supprimées.

Pour la santé, ce sont des associations caritatives ou « Médecins du Monde »qui ont été contraintes de venir prendre la place de services qui ont été fermés. Les collectivités ont vu leur budget réduits, certaines étant contraintes de se déclarer en faillite, c'est-à-dire de tout arrêter, du jour au lendemain, se trouvant dans l’incapacité d’honorer le moindre engagement financier.

Ce sont les peuples qui paient, pendant qu’à l’autre bout de la société l’enrichissement se poursuit, la richesse étant captée par une petite minorité. La Grèce encore et toujours avec l’arrogance des grands armateurs (dont l’exonération d’impôt est inscrite dans la constitution, comme l’est d’ailleurs celle dont jouit l’église orthodoxe) qui ont accumulé leur richesse dans la dernière période comme jamais ils n’avaient pu le réaliser, proportionnellement à la pauvreté qui s’est répandue dans toute la société.

Sur toutes ces questions vitales, l’Europe sous le coup de l’Union européenne doit devenir la Grèce. C’est une véritable déclaration de guerre contre notre pacte social qui est ainsi proclamée. Quelques piliers permettent encore de limiter les dégâts du capitalisme intégral qui est en train de poser ses exigences.

Mais c’est au détriment des profits qui peuvent encore être tirés, et c’est précisément cela que le système et l’oligarchie qui est à la tête des institutions ne tolèrent pas. Sécurité sociale, enseignement, retraites, santé, services publics dans leur ensemble, collectivités, communes et départements, démocratie, république, voila les enjeux essentiels de la période qui est devant nous.  

De la gauche…

C’est dans ce contexte que les positions méritent d’être appréciées. La gauche poursuit dans une voie suicidaire pour elle-même –ce qui en soi n’est pas d’une grande gravité- mais surtout pour le pays et le peuple.

Le gouvernement qui représente une part importante de la "gauche" -avec le parti socialiste et jusqu’à il y a peu les Verts- se révèle être le premier parti en France à défendre les intérêts du capital financier contre ceux du travail.

Les discours passés ne peuvent en effet faire oublier la réalité.

François Hollande qui déclarait pour se faire élire « mon ennemi est la finance » dans son meeting du Bourget a promu « le socialisme de l’offre » au nom du réalisme, lorsque son premier ministre Manuel Valls s’est fait l’adepte numéro 1 de l’entreprise dans le pays.

Le « pacte de stabilité » élaboré par Emmanuel Macron lorsqu’il était un des conseillers de François Hollande à l’Elysée est aujourd’hui mis en œuvre par Emmanuel Macron devenu ministre.

Les critiques médiatiques faites au MEDEF qui « ne respecte pas ses engagements en terme de création d’emplois » ne peuvent donner le change. D’ailleurs au gouvernement chacun dissipe vite le doute. Le pacte de stabilité a été voté, et il sera appliqué !

Pierre Gattaz est rassuré, au point d’ailleurs d’en demander toujours plus…

A première vue, il est étonnant de voir le Parti socialiste continuer dans une voie qui le mène sur les traces du Pasok en Grèce, ou encore de la gauche italienne. Les prochaines élections risquent bien d’être absolument impitoyables pour un parti et un gouvernement qui fait des directives de l’union européennes l’alpha et l’oméga de sa politique. Le Parti socialiste voit le nombre de ses adhérents fondre au fur et à mesure de ses défaites électorales. Les projections qui doivent certes être prises avec précaution mais qui méritent une certaine considération donnent en cas d’élections législatives une cinquantaine de sièges à la gauche, soit une perte de plus de 200 circonscriptions.

Un rejet à la hauteur de celui qui frappe la politique de l’UE et les institutions européennes.


Au sein du Parti socialiste, les « frondeurs » veulent faire acte de résistance. Mais pour cela ils se contentent de s’abstenir sur les textes clés au prétexte qu’il ne faudrait pas permettre le renversement du gouvernement … de gauche.

Débat fou enfermé dans la camisole des sigles.

Car que signifie « gouvernement de gauche » lorsque le gouvernement concerné mène à vitesse accélérée la politique la plus réactionnaire qui soit, celle dont rêvait Nicolas Sarkozy lorsqu’il était au pouvoir et qu’il était incapable d’appliquer.

On voudrait nous faire croire que la question est tactique.

En réalité elle est politique.

C’est le refus de rompre avec l’Union Européenne, cette construction politique qui n’a rien à voir avec l’Europe mais qui est au service exclusif du capital intégral contre les peuples et les nations, qui explique cette position absurde des « frondeurs » qui restent à la remorque d’un gouvernement et d’une politique qu’ils ont beau jeu de critiquer.

Certains vont même jusqu’à s’assigner l’objectif de « sauver le quinquennat ». Absurdité, quand tu nous tiens… Leur sort aussi est noué car qui peut croire que l’électorat demain fera la différence entre le socialiste actif qui revendique le pacte Macron et le socialiste « critique » qui aura dans la douleur permis la mise en pratique de la politique gouvernementale. A tergiverser, ceux-là aussi seront balayés, comme les autres…

… A la gauche de la gauche, quelle réalité ?

La gauche de la gauche se présente comme une alternative mais qu’en est-il en réalité ?
France 2 [2] nous a présenté un curieux attelage. Quoi de commun en effet entre Jean Luc Mélenchon du « front de gauche » qui se veut « eurosceptique », Cécile Duflot des « Verts » qui se revendique « europhile » et Benoit Hamon des « frondeurs socialistes » ou encore « eurocritique ».
Différence de forme indiscutablement.
Différence de fond aussi sur les mois qui viennent, le troisième à l’inverse des deux autres conditionnant toute initiative à une fidélité réaffirmée au Parti socialiste, au gouvernement et au premier ministre.
Ainsi les deux premiers semblent se distinguer du troisième par un discours « plus à gauche ».
Mais que valent les apparences ?

Au risque de choquer, ne faut-il pas reconnaitre que des trois, celui qui exprime une logique certes mortifère, mais implacable, est bien le troisième. Car ils ont ensemble un point commun.

Aucun ne tire le bilan collectif qui d’ailleurs mettrait en cause son propre bilan personnel au point de conclure la nécessité de rompre avec l’Union Européenne, la Banque Centrale et l’euro.

Dés lors au risque de déplaire, ne faut-il pas reconnaitre que mise à part la forme, tous demeurent dans le cadre politique qui est celui du pacte de stabilité, d’Emmanuel Macron, de Valls et Hollande, le cadre que fixe l’U.E. au nom de laquelle le « socialiste » Pierre Moscovici nous rappelle à l’ordre.

La réalité politique nous indique qu’il n’y a pas d’espace pour une Union Européenne différente. L’amalgame entre Union Européenne et Europe relève être une escroquerie.

La première est une construction au service du capital financier,

la seconde est faite de Nations que l’U.E. veut détruire et de peuples qu’elle désire assujettir. 

L’acceptation de l’U.E. ne peut donner aucune crédibilité aux propositions qu’il est même dés lors difficile d’entendre. La « révolution écologique », la réorganisation de notre avenir autour de « l’économie marine » apparaissent comme des gadgets dés lors que le discours n’est pas préfacé par les conditions politiques nécessaires à toute autre orientation, c'est-à-dire à la sortie de l’U.E. et de l’Euro.


Ce cadre commun que constituent l’UE et l’Euro à la gauche et à la gauche de la gauche, qu’elle soit plus ou moins critique, ouvre un boulevard au discours radical et démagogique de Marine Le Pen.

En ne se réappropriant pas la Nation, la Patrie, le Peuple, la gauche sous toutes ses variantes déroule un véritable tapis sous les pieds de l’extrême droite qui sait se saisir des vraies questions pour apporter ses réponses xénophobes et dévoyer les couches sociales les plus faibles du combat uni pour la défense des intérêts du travail contre le capital.

La période est à une remise en cause généralisée qui passe par la destruction des Nations et des Etats. Avec l’U.E. se prépare dans les discussions secrètes engagées avec les Etats-Unis le Traité Transatlantique qui devrait généraliser à tous les secteurs la domination du privé, la liquidation des Nations et des Etats, la liquidation du public.

Privatisations dans tous les domaines, négation de la démocratie, liquidation des droits sociaux, militarisation de la répression sociale…

L’issue peut-elle faire l’économie de la reconquête de notre quintuple souveraineté, la monétaire confisquée par la BCE et l’Euro, la politique interdite par l’UE, la militaire entravée par l’OTAN, l’économique qui passe par l’établissement de barrières douanières lorsque nécessaire, la financière enfin qui nécessite l’abrogation de la loi Pompidou-Rotschild de 1973 qui livre l’Etat français aux marchés privés…

Que vaut alors toute proposition qui fait l’économie des conditions préalables à une politique différente ?

Qui ne pose pas comme point de départ la nécessaire rupture avec l’UE, la BCE, l’OTAN et l’ensemble des structures supranationales qui interdisent aux peuples d’exercer leur droit à disposer d’eux-mêmes et qui nous mènent collectivement à la catastrophe annoncée…

 
Jacques Cotta
Le 7 décembre 2014

[1] Ces chiffres sont issus d’études de l’OCDE et pour la France des comptes nationaux et de l’INSEE.

[2] Des paroles et des actes du jeudi 4 décembre 2014

 

 

source : La Sociale

Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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Samedi 20 décembre 2014 6 20 /12 /Déc /2014 07:19

Blog d'Olivier Berruyer

19
Déc
2014

Sanctions suicidaires pour l’UE :

la Russie enterre le South Stream

mais...

(voir article sur l'accord de dernière heure

de la Bulgarie en faveur du South Stream)

 

 Le gaz rapproche Poutine et Erdogan

En annonçant, le 1er décembre, depuis Ankara, l’abandon du projet de construction du gazoduc South Stream, Vladimir Poutine confirme l’éloignement économique de la Russie par rapport à l’Europe et scelle un rapprochement inattendu avec la Turquie.
En juin 2014 au nord de Belgrade, la capital serbe - AFP / Andrej ISAKOVIC
En juin 2014 au nord de Belgrade, la capitale serbe – AFP / Andrej ISAKOVIC

“Dans les conditions actuelles, la Russie ne peut poursuivre la construction du gazoduc South Stream, a déclaré Vladimir Poutine, le 1er décembre, lors de sa visite à Ankara, rapporte le quotidien russeGazeta.ru. “Puisque la Commission européenne n’en veut pas, eh bien nous ne le ferons pas, et nous réorienterons nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde”, a-t-il souligné.Bruxelles, en effet, freine le projet depuis plusieurs années. La Commission refuse de donner son feu vert, considérant que le projet contrevient à la législation européenne antimonopole. Lancé par Gazprom, le gazoduc, d’une puissance de 63 milliards de m3 par an, devait relier Anapa (en Turquie) à Varna (en Bulgarie) par le fond de la mer Noire, puis Baumgarten (en Autriche), où se trouve le hub, par voie de terre, (après avoir desservi la Hongrie et la Serbie), explique le quotidien.

Cliquez sur le visuel pour l'agrandir

Il devait permettre de réduire les risques, lors de la livraison du gaz russe à l’Europe, liés au transit par le territoire ukrainien. Gazprom détient 50 % des parts du projet, la compagnie italienne ENI 20 %, la compagnie française EDF et l’allemande Wintershall 15 % chacune. Le coût avait été récemment évalué à 23,5 milliards d’euros.

Ankara fait fi de Washington et Bruxelles

Le quotidien turc Milliyet titre à la une : “Un geste vis-à-vis de la Turquie, défiance à l’égard de l’Europe”. “En effet, explique le titre, du sommet entre le président Erdogan et le leader russe Poutine sont sorties des décisions surprenantes en matière d’énergie. Poutine, qui a annoncé au passage une baisse des prix de 6 % du gaz naturel vendu à la Turquie, a expliqué qu’à cause de l’attitude de l’Union européenne, il renonçait au projet South Stream, ajoutant qu’un nouveau site de distribution pourrait être installé à la frontière turco-grecque. Erdogan a alors précisé qu’ils étaient arrivés à un accord sur le nouveau tracé du gazoduc”.

“Malgré son statut de membre de l’Otan et la poursuite du processus de son intégration à l’UE, la Turquie est fermement décidée à conserver et développer ses relations avec la Russie, analyse un chercheur à l’Institut oriental de l’Académie des sciences de Russie, Stanislav Ivanov, cité parle quotidien russe Nezavissimaïa Gazeta. La Turquie n’a pas l’intention d’y renoncer uniquement pour satisfaire Washington et Bruxelles”. Par ailleurs, la Turquie, comme la Russie, cherche à surmonter un certain isolement sur la scène internationale. “La visite de Poutine a lieu au moment où la Russie subit les sanctions de l’Occident, tandis que la Turquie perd des partenaires économiques au Moyen-Orient”.

Tenir tête à Poutine

“La saga South Stream”, titre de son côté le quotidien bulgare en ligneDnevnik, sans toutefois préciser si l’annonce par la Russie de l’arrêt du projet est bien le dernier épisode de ce feuilleton, qui tient depuis plusieurs années en haleine la presse de Sofia. Pour le politologue libéral Ognian Mintchev, il s’agit d’une “bonne nouvelle” pour le Vieux continent car, selon lui, l’Union européenne a ainsi démontré qu’elle était capable de “tenir tête à Poutine”. “La Bulgarie n’a rien à avoir dans cette affaire, il s’agit d’un problème entre Moscou et Bruxelles”, a-t-il précisé. L’ancien ministre de l’Energie, le socialiste (ex-communiste) Roumen Ovtcharov, a pour sa part estimé à 600 millions de dollars par an les pertes pour Sofia [Vladimir Poutine avait évalué cette perte à 400 millions], sans parler des “pertes politiques et géostratégiques”.

L’hebdomadaire économique Kapital voit, quant à lui, “des problèmes internes à l’économie” russe pour expliquer cette décision, rappelant la dévaluation du rouble et les effets de plus en plus palpables des sanctions occidentales.

Beaucoup de commentateurs bulgares affirment également que cet arrêt ne sera certainement pas définitif, rappelant que le projet a été “gelé” à plusieurs reprises avant de repartir de plus belle. Certains y voient même une “manoeuvre” de la part du Kremlin pour tester la réaction de ses partenaires.

“Mauvaise nouvelle” pour la Serbie“L’annonce de l’abandon du projet South Stream n’est pas une bonne nouvelle pour la Serbie”, a déclaré, selon le quotidien serbe Politika, le Premier ministre serbe, Aleksandar Vucic, depuis Jerusalem, où il se trouve en visite d’Etat. C’était un bon projet, la Serbie y a investi sept ans de travail, refusant d’y renoncer malgré les pressions. A présent, les europhiles et les russophiles s’accuseront mutuellement de cet échec. La Serbie, quant à elle, n’y est pour rien”. Il a tenu à rassurer ses compatriotes quant à l’approvisionnement en gaz : “On va payer cher l’abandon de South Stream, mais on fera tout pour que les Serbes n’en souffrent pas cet hiver”.

 

Source: Courrier International, 2/12/2014

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ZéroHedge :

Poutine met fin au gazoduc « South Stream » ; il construira à la place un nouveau gazoduc de grande capacité vers la Turquie

Rétrospectivement, on réalise que cela aurait dû être évident en août.

À l’époque nous écrivions que le pays le plus pauvre de l’UE, la Bulgarie, avait été un partisan enthousiaste du projet de gazoduc « South Stream » soutenu par les Russes, dont la construction attisait les tensions entre l’Occident et Moscou car elle permettait la livraison de gaz en contournant l’Ukraine agitée de troubles (et donc en obligeant cette économie désespérée à retourner dans le giron russe). Début juin, le Premier ministre bulgare, Plamen Orecharski, avait ordonné un premier arrêt (après que l’Europe eut offert une bouée de sauvetage au système bancaire lors de son effondrement soudain). Par la suite, le ministre de l’énergie, Vassil Chtonov, a ordonné au conglomérat financier bulgare de l’énergie de cesser toute action concernant ce projet, car il ne satisfaisait pas aux exigences de la Commission Européenne.

Et alors, histoire de faire comprendre très clairement à Poutine à qui cet ancien pays satellite de la sphère soviétique devait faire allégeance, l’OTAN a déployé 12 F-15 et 180 militaires sur la base aérienne bulgare de Graf Ignatievo.

Le colonel Steve Warren, porte-parole du Pentagone, a annoncé lundi qu’une douzaine de F-15 et approximativement 180 personnes de la 493ème escadrille de la Royal Air Force basée à Lakenheath, Angleterre, ont été déployées sur la base de Graf Ignatievo, afin de participer à un exercice conjoint avec l’armée de l’air bulgare.

L’exercice a commencé lundi et continuera jusqu’au 1er septembre.

L’objectif de ce déploiement est de « mener des entraînements se concentrant sur l’entretien d’un état de préparation commun tout en développant l’interopérabilité », a déclaré Warren.

La décision intervient à un moment où les partenaires de l’Est européen, alliés de l’Amérique, s’inquiètent d’une possible intervention militaire russe en Ukraine. Ils craignent que Moscou tente de déstabiliser d’autres pays de la région.

« C’est le reflet de notre inébranlable engagement à améliorer la sécurité dans la région », dit Warren à propos de l’exercice.

Nous avions conclu par la question : « On se demande quelle sera la réaction de Poutine ? »

Nous avons maintenant la réponse : plus tôt aujourd’hui, dans une annonce stupéfiante, Poutine a annoncé la fin du projet South Stream. Comme le rapporte le Wall Street Journal, « Poutine a annoncé que Moscou mettait fin au projet South Stream de Gazprom, qui devait fournir du gaz naturel à l’Europe par un pipeline sous-marin vers la Bulgarie, rendant l’Union Européenne responsable du sabordage du projet ».

« Nous n’avons pas pu obtenir les autorisations nécessaires de la Bulgarie, et nous ne pouvons donc poursuivre ce projet. Nous ne pouvons pas faire tous les investissements pour être stoppés à la frontière bulgare, a dit M. Poutine. Bien sûr, c’est le choix de nos amis européens. »

« Nous pensons que la position de la Commission européenne n’était pas constructive, a déclaré M. Poutine. Si l’Europe ne veut pas le réaliser, il ne sera pas réalisé. »

Poutine a raison : l’Europe – à l’exclusion de l’Autriche – a vu des résistances grandissantes à South Stream ces derniers mois, à mesure de l’intensification de la crise en Ukraine. L’UE craint que ce projet ne conforte la position dominante de la Russie en tant que fournisseur de gaz naturel. La Russie répond déjà à presque 30% des besoins annuels de l’Europe.

Que fait alors Poutine ? Il signe un accord stratégique avec la Turquie, un membre de l’OTAN, le seul pays d’Europe a être tout sauf européen (à cause de l’éternel veto de l’Allemagne, qui en refuse l’intégration par peur d’une vague migratoire de travailleurs au rabais) et qui, dernièrement, a été de plus en plus anti occidental, pour construire un nouveau méga-pipeline vers la Turquie. Comme le rapporte RT, Aleksey Miller, le président de Gazprom, a dit que le géant de l’énergie construira un pipeline qui partira de la Russie, traversera la Turquie et s’arrêtera à la frontière grecque – donnant par là à la Russie accès au marché du sud de l’Europe. Dans les faits, la Russie gardera son accès aux marchés de South Stream.

Le pipeline aura une capacité annuelle de 63 milliards de mètres cubes. Un total de 14 milliards de mètres cubes sera livré à la Turquie, le deuxième plus gros client de Gazprom de la région après l’Allemagne.

Le ministre russe de l’énergie, Alexandre Novak, a dit que le nouveau projet comprendra une plate-forme de distribution spécialement construite sur la frontière turco-grecque pour des clients du sud de l’Europe.

Dans une conférence de presse conjointe de Poutine et du leader turc Erdogan, le Russe a dit que l’approvisionnement en gaz russe à la Turquie sera augmenté de 3 milliards de mètres cubes, à travers le pipeline déjà opérationnel Blue Stream. L’année dernière, 13,7 milliards de mètres cubes ont été fournis à la Turquie via le Blue Stream, selon Reuters.

Et un bénéfice additionnel accompagne le fait de devenir un allié privilégié de la Russie : Moscou réduira la facture de gaz de la Turquie de 6% à partir du premier janvier 2015, selon Poutine. Par la suite, Novak a dit que la réduction pourrait atteindre 15%, à négocier. Pauvre Ukraine.

Et pauvre Bulgarie, qui malgré sa dépendance totale au gaz russe pour ses besoins commerciaux, industriels et résidentiels, a décidé de se mettre du côté de l’Union Européenne en train de sombrer, devenant ainsi le dernier état vassal insolvable d’une zone euro qui coule, ce que Poutine a bien fait comprendre au cours de la conférence d’aujourd’hui.

  • POUTINE : La Bulgarie incapable d’agir en tant qu’état souverain sur la connexion gazière inter-états.
  • POUTINE : La Russie en passe de réorienter ses ressources énergétiques vers d’autres marchés. Source : IFX

La Bulgarie peut désormais s’attendre à ce que les coûts de son gaz prennent hardiment le chemin qu’avaient auparavant si hardiment suivi les prix de l’énergie de l’Ukraine.

Quant à la Turquie, le pays qui relie l’Europe à l’Asie n’est que la dernière expansion de l’alliance anti-dollar de Poutine.

Ou, comme Obama le dirait, la Russie vient juste de se retrouver encore plus « isolée ».

Source : Zero Hedge, le 01/12/2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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L’Europe pourrait faire face à un désastre

du fait de l’annulation de South Stream,

déclare une compagnie tchèque 

L’annulation du projet de gazoduc South Stream est synonyme de désastre pour les pays baltes, ainsi que pour la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et l’Autriche, a déclaré le directeur de marketing d’une compagnie de gaz tchèque.

Moscou, le 2 décembre (Sputnik) – Les conséquences du retrait du projet de gazoduc South Stream pourraient s’avérer désastreuses pour certains états européens, a déclaré mardi le directeur de marketing de la compagnie de gaz tchèque Vemex.

« L’annulation du projet [South Stream] se traduira par un désastre pour les pays baltes, la Bulgarie, la Serbie ainsi que pour la Hongrie et l’Autriche », a dit Hugo Kyselka.

« Je parle avant tout des actions du gouvernement bulgare et de ses “associés” européens, qui ont délibérément “coulé” le projet [South Stream]. Ils ont fait une bourde énorme et ont causé un dommage réel à la sécurité énergétique européenne », a-t-il ajouté.

Selon Kyselka, il est « très dangereux de compter sur des ressources en matières premières situées à des milliers de kilomètres de celui qui les utilise sans prendre en compte la situation politique des pays où elles se trouvent. »

Le directeur de marketing de Vemex a aussi souligné que « Bruxelles a prouvé que les besoins des gens ordinaires ne l’intéressaient pas, que seuls ses buts politiques comptaient » et « a entamé avec les électeurs un jeu très dangereux. »

Kyselka a noté que « la Russie et la Turquie ont sans aucun doute gagné la partie du South Stream, tandis que l’Union Européenne a fait un mauvais choix et a tout perdu. »

Plus tôt ce lundi, le président russe Vladimir Poutine a dit, après une réunion avec son homologue turc, que la Russie augmenterait bientôt les livraisons de gaz à la Turquie de trois milliards de mètres cubes par an via le Blue Stream, un pipeline déjà opérationnel traversant la mer Noire. Le dirigeant russe a aussi annoncé que la Russie ne souhaitait plus mettre en œuvre le projet South Stream, à la lumière de la position « non-constructive » de la Commission Européenne sur cette question.

En 2012, le géant de l’énergie Gazprom avait annoncé la construction d’un pipeline à travers la mer Noire pour réduire les risques d’interruption de la livraison du gaz russe en Europe du Sud et en Europe centrale à travers l’Ukraine. Le pipeline devait être entièrement opérationnel avant 2018.

Cependant, la Commission Européenne a eu une position critique sur le projet, arguant qu’il est illégal de simultanément posséder un pipeline et de produire le gaz naturel qui y circule.

Moscou a insisté sur le fait que la construction du pipeline n’entre pas en contradiction avec les règles en vigueur.

Source : Sputnik News, le 02/12/2014

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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South Stream bloqué,

la « claque » des États-Unis à l’Union européenne

par Manlio Dinucci, Géographe et géopolitologue. 5/12/2014

Contrairement à l’idée répandue dans les médias européens, montre Manlio Dinucci, le renoncement à la construction du gazoduc South Stream n’est pas simplement un coup dur pour la Russie qui y perd 4,5 milliards de dollars, mais surtout pour les membres de l’Union européenne. Ceux-ci perdent de gigantesques contrats de construction, les royalties qu’aurait occasionnées le passage du gazoduc sur leur territoire, et le développement économique facilité par une énergie bon marché. Il s’agit sans aucun doute de la pire catastrophe économique que l’UE ait jamais connue.

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« La Russie pour le moment est obligée de se retirer du projet South Stream, à cause du manque de volonté de l’Union européenne de le soutenir et du fait qu’elle n’a toujours pas reçu l’autorisation de la Bulgarie de faire passer le gazoduc sur son propre territoire » : voilà comment le président russe Vladimir Poutine a annoncé l’arrêt du projet South Stream, le gazoduc qui aurait dû amener le gaz russe dans l’Union européenne à travers un corridor énergétique méridional, sans passer par l’Ukraine. De cette façon, écrit l’agence Ansa, Moscou « donne une claque à l’Europe ». En réalité c’est Washington qui donne une autre forte claque à l’Europe, en bloquant un projet de 16 milliards d’euros qui aurait pu être de grande importance économique pour les États de l’UE, en commençant par l’Italie où aurait dû être construit le terminal du gazoduc.

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut reprendre l’histoire du South Stream. Le projet naît de l’accord de partenariat stratégique, stipulé par la compagnie publique russe Gazprom et par l’italienne Eni en novembre 2006, pendant le gouvernement Prodi II. En juin 2007 le ministre pour le développement économique, Pierluigi Bersani, signe avec le ministre russe de l’industrie et de l’énergie le mémorandum d’entente pour la réalisation du South Stream. Le projet prévoit que le gazoduc sera composé d’un tronçon sous-marin de 930 km à travers la Mer Noire (en eaux territoriales russes, bulgares et turques) et par un tronçon sur terre à travers la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et l’Italie jusqu’à Tarvisio (Province d’Udine). En 2012 entrent aussi dans la société par actions qui finance la réalisation du tronçon sous-marin la société allemande Wintershall et la française EDF à hauteur de 15 % chacune, alors qu’Eni (qui a cédé 30 %) détient 20 % et Gazprom 50 % des actions. La construction du gazoduc commence en décembre 2012, avec l’objectif de lancer la fourniture de gaz pour 2015. En mars 2014, Saipem (Eni) s’adjudique un contrat de 2 milliards d’euros pour la construction de la première ligne du gazoduc sous-marin.

Entre temps, cependant, éclate la crise ukrainienne et les États-Unis font pression sur les alliés européens pour qu’ils réduisent les importations de gaz et de pétrole russes. Premier objectif états-unien : empêcher la réalisation du South Stream. À cet effet Washington exerce une pression croissante sur le gouvernement bulgare pour qu’il bloque les travaux du gazoduc. D’abord il le critique pour avoir confié la construction du tronçon bulgare du gazoduc à un consortium dont fait partie la société russe Stroytransgaz, sujette à des sanctions états-uniennes. Puis l’ambassadrice US à Sofia, Marcie Ries, avertit les hommes d’affaires bulgares d’éviter de travailler avec des sociétés sujettes à des sanctions de la part des USA. Un grand coup de main est donné à Washington par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui annonce l’ouverture d’une procédure de l’Union contre la Bulgarie pour de présumées irrégularités dans les appels d’offre du South Stream. Le moment décisif est celui où, en juin dernier, arrive à Sofia le sénateur états-unien John McCain, qui rencontre le premier ministre bulgare Plamen Oresharski en lui transmettant les ordres de Washington [1]. Immédiatement après Oresharski annonce le blocus des travaux du South Stream, dans lequel Gazprom a déjà investi 4,5 milliards de dollars.

En même temps la compagnie états-unienne Chevron commence les perforations en Pologne, en Roumanie et en Ukraine pour extraire les gaz de schiste bitumineux, par la technique de fracturation hydraulique : on injecte dans les strates rocheuses profondes des jets d’eau et de solvants chimiques à haute pression. Cette technique est extrêmement dangereuse pour l’environnement et la santé, à cause surtout de la pollution des nappes phréatiques. Le projet de Washington de remplacer le gaz naturel russe, importé par l’UE, par celui extrait des schistes bitumineux en Europe et aux États-Unis, est un véritable bluff, à la fois par ses coûts élevés et par les dommages environnementaux et sanitaires de cette technique d’extraction. Et, en effet, en Pologne et en Roumanie plusieurs communautés locales se rebellent.

À la suite du blocus de South Stream, a annoncé Poutine, la Russie est obligée de « réorienter ses fournitures de gaz ». Celles destinées à la Turquie vont augmenter, à travers le gazoduc Blue Stream. Et vont augmenter surtout celles vers la Chine. Gazprom lui fournira, d’ici 2018, 38 milliards de mètres cubes de gaz par an, c’est-à-dire environ un quart de celui qu’elle fournit aujourd’hui à l’Europe. Se servant aussi d’investissements chinois prévus pour 20 milliards de dollars, Moscou projette de potentialiser l’oléoduc entre la Sibérie orientale et le Pacifique, en l’accompagnant d’un gazoduc de 4000 km pour approvisionner la Chine. Pékin est aussi intéressé pour des investissements en Crimée, notamment pour la production et l’exportation de gaz naturel liquéfié.

Les perdants sont les États de l’UE : la Bulgarie, par exemple, devra renoncer à des droits de transit de l’ordre de 500 millions de dollars annuels. En Italie, à peine annoncée l’arrêt du projet South Stream, l’action Saipem en bourse a subi, à la suite des ventes, une chute continue, descendant au niveau le plus bas des six dernières années. Avec le blocus de South Stream, Saipem perd, outre le contrat pour la construction de la première ligne du gazoduc sous-marin, un autre contrat pour les travaux de support de la seconde ligne, pour une valeur totale de 2,4 milliards d’euros, auxquels se seraient ajoutés d’autres contrats si le projet avait été poursuivi.

On prévoit de lourdes répercussions sur l’emploi. À la suite de l’effacement du projet South Stream seront annulées ou re-dimensionnées les nouvelles embauches que Saipem prévoyait pour augmenter ses propres effectifs en Italie. On n’exclut pas non plus une coupe dans les effectifs actuels. L’effacement du projet South Stream assène donc un coup dur non seulement à Saipem mais à d’autres secteurs de l’industrie et des services, au moment critique où chute la production et, en conséquence, l’emploi. Il suffit de penser que le terminal de Tarvisio, prévu dans le projet originaire, aurait pu être le hub de distribution du gaz russe et donc source de fortes recettes et d’augmentation de l’embauche.

Tout cela est à présent devenu vain. Tandis que tirent avantage de cet arrêt du South Stream les compagnies états-uniennes comme Chevron, engagées à remplacer le gaz russe fourni à l’UE.

Il ne reste qu’à remercier « l’ami américain ».

Manlio Dinucci

Traduction : Marie-Ange Patrizio

Source : Il Manifesto (Italie)

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L’observation des réactions à l’annulation du projet South Stream a été jubilatoire, mais elle nécessite d’être expliquée très attentivement. Afin de comprendre ce qui est arrivé, il est d’abord utile de revenir sur la façon dont les relations russo-européennes se sont développées au cours des années 1990.

À l’époque, il ne faisait aucun doute que la Russie deviendrait le grand fournisseur d’énergie et de matières premières de l’Europe. C’était la période de la grande ruée vers le gaz, quand les Européens anticipaient des fournitures russes illimitées et infinies. L’accroissement du rôle du gaz russe dans le mélange énergétique européen a permis à l’Europe de se défaire de son industrie au charbon, de diminuer ainsi ses émissions de CO2 et par ailleurs d’intimider et donner des leçons au monde entier, pour qu’il fasse pareil.

Cependant, les Européens n’imaginaient pas que la Russie ne leur fournirait que de l’énergie. Ils croyaient fermement que cette énergie russe serait extraite pour eux, et par les sociétés énergétiques occidentales. Après tout, c’était la tendance générale dans la plupart des pays en cours de développement. L’Union européenne qualifie cette méthode de sécurité énergétique (un euphémisme pour justifier l’extraction énergétique dans d’autres pays, sous le contrôle de ses propres entreprises).

Mais cela ne s’est pas passé ainsi. Bien que l’industrie pétrolière russe ait été privatisée, elle est néanmoins restée principalement entre les mains de Russes. En 2000, peu après l’arrivée de Poutine au pouvoir, la tendance de privatiser l’industrie pétrolière s’est inversée. Une des principales raisons de la colère de l’Ouest a été l’arrestation de Khodorkovski, la fermeture de Ioukos, puis le transfert de ses actifs à la société pétrolière d’État Rosneft, marquant ainsi l’inversion de la politique de privatisation de l’industrie pétrolière.

Dans l’industrie gazière, le processus de privatisation n’a jamais vraiment démarré. Les exportations de gaz ont continué à être contrôlées par Gazprom, préservant sa position de monopole d’État dans l’exportation de gaz. Depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir, la position de Gazprom comme monopole d’État a été complètement sécurisée.

Une grande partie de la colère de l’Ouest à l’égard de Poutine s’explique par le ressentiment européen et occidental, de son refus, ainsi que de celui du gouvernement russe, d’éclater les monopoles énergétiques russes et d’ouvrir (c’est un euphémisme) l’industrie aux avantages des entreprises occidentales.

Un bon nombre d’allégations de corruption, portées régulièrement contre Poutine personnellement, ne sont destinées qu’à insinuer qu’il s’oppose à l’ouverture de l’industrie russe de l’énergie, ainsi qu’à l’éclatement et à la privatisation de Gazprom et de Rosneft, parce qu’il a un intérêt personnel investi en eux, et, dans le cas de Gazprom, qu’il en est en fait le propriétaire. Si l’on examine en détail les allégations spécifiques de corruption portées contre Poutine (comme je l’ai fait), cela devient évident.

L’ordre du jour visant à forcer la Russie à privatiser et à briser ses monopoles énergétiques n’a jamais disparu. C’est pourquoi Gazprom, malgré le service essentiel et fiable qu’elle assure à ses clients européens, est assujettie à tant de critiques. Quand les Européens se plaignent de la dépendance énergétique de l’Europe à la Russie, ils expriment leur ressentiment d’avoir à acheter du gaz à une seule société d’État russe (Gazprom), et non pas aux sociétés occidentales opérant en Russie.

Ce ressentiment est lié à la conviction, très ancrée en Europe, que la Russie est, en quelque sorte, dépendante de l’Europe, aussi bien comme client énergétique, que comme fournisseur de finances et de technologie.

C’est cette combinaison de ressentiment et d’excès de confiance qui se cache derrière les tentatives européennes répétées de légiférer sur les questions énergétiques, afin de forcer la Russie à ouvrir son secteur de l’énergie.

La première tentative a été ladite Charte de l’énergie, que la Russie a signée, mais a finalement refusé de ratifier. La dernière tentative de l’Union européenne était ledit Troisième paquet énergie. Ce paquet a été présenté comme un développement de la loi anti-concurrence et anti-monopole de l’Union européenne. En réalité, comme chacun le sait, il s’adressait à Gazprom, qui est un monopole, mais bien évidemment pas européen.

Tel est l’arrière-plan du conflit sur South Stream. Les autorités de l’Union européenne ont insisté pour que South Stream se conforme au troisième paquet énergie [1], bien que celui-ci n’ait vu le jour qu’après que les accords-cadres ont été conclus.

Conformément au troisième paquet énergieGazprom devait fournir le gaz, mais n’aurait eu ni la propriété de celui-ci, ni le contrôle du gazoduc destiné à l’acheminement.

Si Gazprom avait accepté cela, il aurait reconnu de fait l’autorité de l’Union européenne sur ses opérations, ce qui aurait constitué, sans aucun doute, le précédent d’une série de futures exigences de changement de ses méthodes d’opération. En fin de compte, cela conduirait à des exigences de changement dans les structures de l’industrie de l’énergie, en Russie même.

Ce qui vient d’arriver est que les Russes ont dit non. Plutôt que de poursuivre le projet en se soumettant aux exigences européennes, comme s’y attendaient les Européens, les Russes, à l’étonnement de tout le monde, se sont retirés de l’ensemble du projet.

Cette décision était complètement inattendue. Alors que j’écris cet article, l’air est surchargé de plaintes colériques de la part des pays de l’Europe du Sud-est, qui n’ont pas été consultés, ni même informés à l’avance de cette décision. Plusieurs hommes politiques en Europe du Sud-Est (Bulgarie en particulier) s’accrochent désespérément à l’idée que l’annonce russe n’est qu’un bluff (ça ne l’est pas) et que le projet peut encore être sauvé. Du fait que les Européens s’agrippaient à l’idée d’être la seule alternative comme clients pour les Russes, ils ont été incapables de prévoir cette décision et ils sont maintenant incapables de l’expliquer.

Il est primordial d’expliquer pourquoi South Stream est important pour les pays de l’Europe du Sud-est et pour l’économie européenne dans son ensemble.

Toutes les économies du Sud-est européen sont en mauvais état. Pour ces pays, South Stream était un projet d’investissement et d’infrastructures vital, assurant leur avenir énergétique. En outre, les frais de transit qui s’y rattachaient auraient assuré une importante source de devises étrangères.

Pour l’Union européenne, le point essentiel est qu’elle est dépendante du gaz russe. D’intenses discussions ont eu lieu en Europe sur la recherche d’autres approvisionnements. Les progrès dans ce sens se sont révélés, tout au plus, médiocres. Tout simplement, les fournitures alternatives n’existent pas en quantité nécessaire pour remplacer le gaz que l’Europe reçoit de la Russie.

On a courageusement évoqué la livraison de gaz naturel liquéfié venant des États-Unis, pour remplacer le gaz fourni par gazoduc de la Russie. Non seulement le gaz étasunien est de manière inhérente plus coûteux que le gaz russe, ce qui frapperait durement les consommateurs européens et affecterait la compétitivité européenne, mais il est peu probable qu’il soit disponible en quantité suffisante. Mis à part les probables effets modérateurs de la récente chute des prix du pétrole sur l’industrie de schiste des États-Unis, compte tenu de ses antécédents de consommateur d’énergie vorace, ce pays consommera la plus grande partie sinon la totalité de l’énergie de schiste qu’il produira. Par conséquent, il est peu probable que les États-Unis puissent exporter grand-chose vers l’Europe. Il n’y a même pas les installations pour le faire, et si jamais elles devaient être construites, il faudrait un bout de temps.

Les autres sources possibles de gaz de l’Union européenne sont pour le moins problématiques.

La production de gaz en mer du Nord est en baisse. Les importations de gaz d’Afrique du Nord et du golfe Persique sont peu susceptibles d’être disponibles dans les quantités nécessaires, tant s’en faut. Le gaz iranien n’est pas disponible pour des raisons politiques. Bien que cela puisse éventuellement changer, il est probable que les Iraniens (comme les Russes) décideront de diriger leur flux d’énergie vers l’Est, l’Inde et la Chine, plutôt que vers l’Europe.

Pour des raisons évidentes de géographie, la Russie est la source de gaz la plus logique et la plus économique pour l’Europe. Toutes les autres options impliquent des coûts économiques et politiques qui les rendent rédhibitoires.

Les difficultés de l’Union européenne à trouver d’autres sources alternatives de gaz ont été cruellement exposées dans la débâcle de l’autre projet de gazoduc, Nabucco, qui devait acheminer du gaz du Caucase et d’Asie centrale vers l’Europe. Bien que le projet ait fait l’objet de discussions pendant des années, sa construction n’a jamais démarré, car, économiquement, il n’était pas rationnel.

Pendant ce temps, alors que l’Europe parle de diversifier ses approvisionnements, c’est la Russie qui matérialise des accords.

La Russie a scellé un accord clé avec l’Iran pour l’échange de pétrole iranien contre des produits industriels russes. La Russie a également accepté d’investir massivement dans l’industrie nucléaire iranienne. Si les sanctions contre l’Iran sont levées, ce jour-là les Européens trouveront les Russes déjà sur place. La Russie vient de conclure un accord massif de fourniture de gaz avec la Turquie (dont nous parlerons plus loin). Éclipsant ces accords, la Chine et la Russie ont conclu cette année deux énormes contrats de fourniture de gaz.

Les ressources énergétiques de la Russie sont énormes, mais pas infinies. Le deuxième accord avec la Chine et celui qui vient d’être conclu avec la Turquie, fait pivoter vers ces deux pays le gaz qui était précédemment affecté à l’Europe. Les volumes de gaz impliqués dans l’accord turc correspondent presque exactement à ceux précédemment destinés à South Stream. L’accord turc remplace South Stream.

Ces offres démontrent que la Russie a pris cette année la décision stratégique de réacheminer son flux énergétique à l’écart de l’Europe.

Même si les effets prendront du temps avant de se faire sentir, les conséquences pour l’Europe seront sombres. L’Europe cherche à combler un sérieux déficit énergétique. Elle ne sera en mesure de le faire que par l’achat d’énergie à un prix beaucoup plus élevé.

Les accords passés par la Russie avec la Chine et la Turquie ont été critiqués, et même ridiculisés en raison du faible prix obtenu par la Russie pour son gaz, par rapport à celui payé par l’Europe.

La différence réelle du prix n’est pas aussi importante que d’aucuns le prétendent. Cette critique ne tient pas compte du fait que le prix ne constitue qu’une partie des relations d’affaires.

En redirigeant son gaz vers la Chine, la Russie cimente les liens économiques avec le pays qu’elle considère désormais comme son allié stratégique clé, et qui a (ou qui aura bientôt) l’économie la plus importante et la croissance la plus forte du monde. En redirigeant son gaz vers la Turquie, la Russie consolide une relation naissante avec la Turquie et devient maintenant son plus important partenaire commercial.

La Turquie est un allié potentiel clé pour la Russie, consolidant la position de cette dernière dans le Caucase et la mer Noire. C’est aussi un pays de 76 millions d’habitants, avec un produit intérieur brut de 820 milliards de dollars en 2013 et une forte croissance, qui, ces deux dernières décennies, s’est de plus en plus aliénée et éloignée de l’Union européenne et de l’Ouest.

Par contre, en déroutant son gaz loin de l’Europe, la Russie s’éloigne d’un marché gazier économiquement stagnant et qui lui est (comme les événements de cette année l’ont démontré) irrémédiablement hostile. Personne ne devrait être surpris que la Russie renonce à une relation qui a été pour elle la cause d’un torrent ininterrompu de menaces et d’injures, combinés avec des leçons moralisatrices, des ingérences politiques et maintenant des sanctions. Aucune relation, d’affaires ou autre, ne peut fonctionner de cette façon et celle existant entre la Russie et l’Europe n’y fait pas l’exception.

Je n’ai rien dit à propos de l’Ukraine, parce que, à mon avis, cela a peu d’incidence sur ce sujet.

South Stream était au départ conçu pour répondre aux continuels abus de l’Ukraine, de par sa position de pays de transit (abus qui vraisemblablement continueront). Ce fait a été reconnu par l’Europe, autant que par la Russie. C’est parce que l’Ukraine a de manière persistante abusé de sa position de pays de transit que le projet South Stream a obtenu, bien qu’avec réticence, l’approbation officielle de l’Union européenne. Fondamentalement, l’Union européenne, tout autant que la Russie, avait besoin de contourner l’Ukraine, pour sécuriser ses approvisionnements en énergie.

Les amis de l’Ukraine à Washington et à Bruxelles n’ont jamais été heureux à ce sujet, et ont constamment fait pression contre le projet South Stream.

Il faut souligner que c’est la Russie qui a torpillé South Stream, tout en ayant le choix d’aller de l’avant, en acceptant les conditions des Européens. En d’autres termes, par rapport à South Stream, les Russes considèrent les problèmes posés par le transit à travers l’Ukraine comme un moindre obstacle que les conditions imposées par l’Union européenne.

South Stream aurait pris des années à construire et son annulation n’a par conséquent aucune incidence sur la crise ukrainienne actuelle.

Les Russes ont décidé qu’ils pouvaient se permettre d’annuler le projet, estimant qu’il était plus avantageux pour leur pays de vendre ses ressources énergétiques à la Chine, à la Turquie et à d’autres pays en Asie (des projets gaziers sont en cours avec la Corée et le Japon, et peut-être aussi avec le Pakistan et l’Inde) plutôt qu’à l’Europe. Considérant la question ainsi, pour la Russie, South Stream a perdu de son intérêt. C’est pourquoi, avec la manière directe qui les caractérise, les Russes, plutôt que d’accepter les conditions des Européens, ont préféré saborder le projet.

Ce faisant, les Russes ont pris les Européens au mot. En l’occurrence, la Russie loin de dépendre de l’Europe comme client énergétique, a été contrariée, peut-être irrémédiablement, par l’Europe, dont elle est le partenaire clé économique et le fournisseur d’énergie.

Avant de terminer, j’aimerais dire quelque chose sur ceux qui pâtissent le plus de toute de cette affaire. C’est le cas des pygmées politiques corrompus et incompétents qui prétendent gouverner la Bulgarie. Si ces gens avaient eu un minimum de dignité et de fierté, ils auraient dit à la Commission européenne, quand elle a soulevé le Troisième paquet énergie, d’aller se faire voir. Si la Bulgarie avait clairement affiché son intention d’aller de l’avant avec le projet South Stream, il aurait sans aucun doute été construit. Il y aurait eu évidemment une sacrée bagarre au sein de l’Union européenne, parce que la Bulgarie aurait ouvertement bafoué le Troisième paquet énergie, mais elle aurait agi selon ses intérêts nationaux et n’aurait pas manqué d’amis au sein de l’Union européenne. Au bout du compte, elle aurait eu gain de cause.

Au lieu de cela, sous la pression de personnes comme le sénateur John McCain, les autorités bulgares se sont comportées comme les vassaux qu’ils sont, et ont essayé de courir après deux lièvres à la fois, l’Union européenne et la Russie.

Le résultat de cette politique imbécile a été d’offenser la Russie, son allié historique. Ainsi, le gaz russe, au lieu d’approvisionner et de transformer le pays, s’écoulera désormais vers la Turquie, son ennemi historique.

Les Bulgares ne sont pas les seuls à avoir agi d’une façon si timorée. Tous les pays de l’Union européenne, même ceux qui sont historiquement liés avec la Russie, ont soutenu divers paquets de sanctions de l’Union européenne contre les Russes, malgré les doutes qu’ils ont exprimés au sujet de cette politique. L’année dernière, la Grèce, un autre pays avec des liens étroits avec la Russie, est sortie d’un accord, pour vendre sa société de gaz naturel à Gazprom (qui offrait le meilleur prix), parce que l’Union européenne l’a désapprouvé.

Ceci appelle une morale plus générale. Chaque fois que les Russes agissent comme ils viennent de le faire, les Européens réagissent avec perplexité et colère. Et c’est assez fréquent ces jours-ci.

Les politiciens de l’Union européenne, qui prennent les décisions à l’origine des actions russes, semblent agir convaincus que c’est très bien pour l’Union européenne de sanctionner à volonté la Russie, mais que cette dernière ne fera jamais la même chose à l’Union européenne. Quand la Russie le fait, il y a de l’étonnement, toujours accompagné d’un flot de commentaires mensongers à propos du comportement agressif de la Russie, qui agit contrairement à ses intérêts ou affirmant qu’elle aurait subi une défaite. Rien de tout cela n’est vrai, comme la colère et les récriminations qui se propagent actuellement dans les couloirs de l’Union européenne (dont je suis bien informé) en témoignent.

En juillet 2014, l’Union européenne a cherché à paralyser l’industrie pétrolière russe en sanctionnant l’exportation de la technologie de forage pétrolier. Cette tentative échouera certainement, car la Russie et les pays avec qui elle négocie (dont la Chine et la Corée du Sud) sont parfaitement capables de la lui fournir.

En revanche, par le biais des accords conclus cette année avec la Chine, la Turquie et l’Iran, la Russie a porté un coup dévastateur à l’avenir énergétique de l’Union européenne. Dans quelques années les Européens commenceront à découvrir que faire la morale et de l’esbroufe a un prix. Peu importe, en annulant South Stream, la Russie a imposé à l’Europe la plus efficace des sanctions que nous ayons vues cette année.

Alexander Mercouris, www.globalresearch.ca

[1] Présenté en janvier 2007, le troisième paquet énergie a été adopté le 13 juillet 2009. Il concerne notamment, dans le domaine du gaz et celui de l’électricité (Wikipédia, français) 

 

Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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Samedi 20 décembre 2014 6 20 /12 /Déc /2014 07:17

RIA Novosti

 

Économie

South Stream:

la Bulgarie compte donner son feu vert 

South Stream: la Bulgarie compte donner son feu vert (agence)
14:42 19/12/2014
MOSCOU, 19 décembre - RIA Novosti

Le premier ministre bulgare Boïko Borissov a déclaré que son pays allait délivrer toutes les autorisations nécessaires à la construction du gazoduc South Stream et entendait reprendre les préparatifs de ce projet, annonce vendredi l'agence BGNES.

En juin, Plamen Orecharski, premier ministre bulgare de l'époque, a ordonné de suspendre les travaux dans le cadre du projet, alléguant la nécessité de consultations avec la Commission européenne.

Après avoir consulté les leaders européens lors d'un sommet à Bruxelles, l'actuel chef du gouvernement, Boïko Borissov, a déclaré n'avoir obtenu qu'une seule recommandation, celle de "respecter ses engagements internationaux" pour éviter des procès en justice et des amendes.

© RIA Novosti.

 

"De la sorte, notre pays peut dès à présent s'acquitter de ses engagements concernant les préparatifs, principalement liés à la partie sous-marine du gazoduc, et délivrer les autorisations pour la construction", a déclaré M.Borissov.

Il a ajouté qu'il attendait la réaction de Gazprom, et que si le projet South Stream était annulé, ce ne serait plus la faute de la Bulgarie.

Le 1er décembre, lors d'une visite d'Etat en Turquie, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que Moscou ne pouvait plus poursuivre la réalisation du projet South Stream en raison de la position non constructive de l'Union européenne. Par ailleurs, la Russie n'a pas été autorisée par Sofia à construire le gazoduc dans la zone économique exclusive de la Bulgarie.

Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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Vendredi 19 décembre 2014 5 19 /12 /Déc /2014 09:02

                                  Contre la République Une et indivisible

                                  la France des Régions

                                  dans l'Europe des régions

 

                                                                            francetvinfo.fr

                                                

                                                                           Réforme territoriale :

                                                                          la nouvelle carte

                                                                           des 13 régions

                                                                           adoptée par le Parlement

 

 

 

 

                     Le Parlement a adopté la nouvelle carte des 13 régions françaises, mercredi 17 décembre. Le redécoupage, déjà voté par les députés dans la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 novembre, fusionne, entre autres, l'Alsace avec la Lorraine et Champagne-Ardenne, le Nord-Pas-de-Calais avec la Picardie, et Midi-Pyrénées avec Languedoc-Roussillon. En revanche, la Loire-Atlantique n'intègre pas la Bretagne. Ces nouvelles régions, qui entreront en vigueur le 1er janvier 2016, n'ont pas encore de nom mais elles sont déjà visibles.

Pour avoir un meilleur aperçu du changement opéré, voici une image alternant le découpage actuel en 22 régions et celui à 13 régions.

 ....Et la carrte des Länder allemands 

 

 

 

 

 

Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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Vendredi 19 décembre 2014 5 19 /12 /Déc /2014 07:37

francetvinfo.fr

 

 

VIDEO. Russie :

la crise du rouble va impacter les entreprises françaises

Le journaliste David Boéri explique les conséquences économiques de la crise russe sur les entreprises françaises.

(FRANCE 3)

"La récession russe est inévitable en 2015. Il faut savoir que 400 entreprises françaises travaillent en Russie. Premier concerné, le secteur bancaire. La Société Générale, est la banque la plus implantée en Russie", explique le journaliste. "Elle possède la Rosbank, l'une des premières banques du pays. La chute du rouble va entraîner la chute des bénéfices et provoquer même des pertes. Même perspective pour le groupe Danone. La Russie est devenue son premier marché. Il réalise là-bas 11% de son chiffre d'affaires. Le groupe français va être touché de plein fouet par une baisse de la consommation des ménages russes", analyse David Boéri.

Baisse de vente de produits de luxe

"La Russie est le troisième marché du constructeur automobile Renault après la France et le Brésil. La marque prévoit une baisse des ventes de 8% en 2014 alors qu'elle vient tout juste de racheter la célèbre voiture russe Lada. Quant aux produits de luxe, la chute est déjà visible. Une baisse de 18% est déjà observable depuis le début de l'année", conclut le journaliste. 
Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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Jeudi 18 décembre 2014 4 18 /12 /Déc /2014 07:17

INFO REPRISE SUR
LE BLOG DE
MICHEL EL DIALO 

academie-geopolitique.jpg

Exposé de Frédéric Saillot 

au colloque sur la géopolitique du terrorisme 

organisé par l'Académie de géopolitique de Paris 

le 11 décembre 2014 à l'Assemblée nationalemaidan-copie-1.jpg

 

 - Depuis avril 2014 une opération antiterroriste a été entreprise par les autorités de Kiev dans l'est de l'Ukraine. Selon les chiffres de l'ONU, elle a déjà fait plus de 4000 morts parmi les civils dont plusieurs centaines depuis que des accords de paix ont été signés à Minsk le 5 septembre entre Kiev, les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, l'OSCE et la Fédération de Russie.

La presse et la classe politique françaises dans sa majorité font le silence sur ces crimes qui ne sont pas des crimes de guerre mais des crimes contre l'humanité, en fait une véritable entreprise génocidaire.

 

 - Mesdames et Messieurs, c'est cet étrange silence, ce silence complice, ce silence criminel que je vous propose d'interroger.

 

Le récit de la "révolution pro-européenne" à Kiev, tel que le véhicule la doxa mainstream dans les médias, voudrait que le président Yanoukovitch, après sa volte-face sur l'accord d'Association avec l'Union européenne au sommet de Vilnius les 28 et 29 novembre 2013, ait provoqué l'indignation et la mobilisation d'une population lassée par un régime corrompu. Après trois mois d'une confrontation croissante, les morts du Maïdan provoquent sa fuite et son remplacement par un gouvernement provisoire pro-occidental qui remet l'Ukraine sur les rails de l'accord d'association. La Russie annexe alors la Crimée et provoque le soulèvement des populations russophones du Donbass, ce qui oblige le gouvernement provisoire de Kiev à déclencher une opération anti-terroriste, l'OTAN à renforcer sa présence dans l'est de sa zone de déploiement et les Etats occidentaux à décider de sanctions contre la Russie.

 

- Mais à mon sens il y a une autre raison à ce silence criminel : dans l'inconscient de la classe politico-médiatique française gît également la référence à la révolution française, à la Terreur et à ses victimes, prix à payer pour repousser l'intervention étrangère, mater l'insurrection vendéenne et instaurer la "République" contre la "Tyrannie". Le Donbass serait la Vendée ukrainienne et la terreur qu'y exercent la garde nationale et les bataillons nationalistes s'en trouveraient à ses yeux légitimée. La loi sur les suspects du 17 septembre 1793, qui a fait plusieurs dizaine de milliers de victimes, serait la référence de la chasse aux "séparatistes terroristes", qualificatifs dont sont affublés tous les opposants en Ukraine post-Euromaïdan.

 

A commencer par les partisans d'une fédéralisation du pays, qui protègerait les droits des russophones dans les régions où ils sont majoritaires. Une fédéralisation qui conviendrait mieux à la nature historiquement multiculturelle, multiconfessionnelle et multi-ethnique de l'Ukraine, qui au reste n'est pas un pays bien défini et qui n'a jamais eu de tradition étatique. Une fédéralisation enfin qui est tout de même le mode d'organisation politique, faut-il le rappeler, de deux grands Etats européens : la République fédérale d'Allemagne et la Fédération de Russie.

 

Pour les nationalistes au pouvoir à Kiev actuellement, toute revendication dans ce sens est une menace pour l'intégrité d'un pays qui doit être ukrainisé et ouest-européanisé de force, quitte à éliminer les européens orientaux qui préfèrent envisager leur avenir dans une Union avec la Russie. Il ne faut pas oublier non plus la descendance dans cet espace de la loi sur les suspects de 1793, comme l'article 58 du code pénal soviétique qui définissait les "personnes socialement dangereuse" éliminées dans d'effroyables crimes de masse il n'y a pas si longtemps, ce qui a conduit le président Poutine à déclarer qu'aucun changement non démocratique n'était acceptable dans l'espace de l'ex-URSS, sagesse que l'Union européenne n'a pas entendu, ce qui a conduit à la guerre civile dans laquelle elle porte une très lourde responsabilité. Et l'on ne se pose même pas la question de savoir à quoi rimerait d'être forcé de parler l'ukrainien dans une aire géographique qui va de la Moldavie au Pacifique, où la koïné est le russe.


C'est avec ce genre de préjugés, ajoutés au peu de connaissances et d'informations qu'on en reçoit ici, que les événements d'Ukraine sont perçus dans ce pays et que le "récit" commode rappelé à l'instant, peut si facilement trouver à inonder les médias. 

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- Il y a là un grave contresens qui témoigne d'une ignorance tragique et/ou d'œillères idéologiques.

 

- En réalité, pour avoir jugé que l'intégration à l'Union douanière était préférable pour son pays, et donc pour sa réélection en 2015, le président Yanoukovitch a fait l'objet d'une véritable entreprise de subversion de la part de l'extrême-droite néo-bandériste, et ce dès la première manifestation qui a eu lieu dans la nuit suivant la clôture du sommet de Vilnius, instrumentalisant la mobilisation populaire.

Des commandos venus principalement de l'ouest de l'Ukraine, bien organisés et bien entraînés pendant des années, rétribués et dirigés par les services de l'ambassade américaine à Kiev, ont exercé une pression constante et relancé la mobilisation à chaque fois qu'elle s'essoufflait. J'en veux pour preuve, entre autres, que la SBU, la sécurité ukrainienne, est actuellement dirigée par Valentin Nalivaïtchenko, agent de la CIA comme il le reconnaît lui-même, et proche du chef du Pravy Sektor, Dimitri Yarosh, qui a été son assistant parlementaire.

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Très rapidement l'extrême-droite monopolise le Maïdan avec pour fer de lance le parti Svoboda et le Pravy Sektor. Un animateur du syndicat interprofessionnel Solidarité, que nous avons interviewé avec des journalises polonais en mai à Kiev, nous a expliqué comment ils avaient essayé d'animer un point de libre expression sur le Maïdan, un genre de Trafalgar square ukrainien, mais qu'ils se sont vite faits expulser manu militari par les nervis d'extrême-droite qui cassaient du syndicaliste et tout ce qui était de gauche. Pendant toute cette période, des dirigeants américains et de l'Union européenne, qui porte une très lourde responsabilité en refusant la négociation tripartite proposée par la Russie, venaient à Kiev attiser et légitimer cette mobilisation, qui a conduit au coup d'Etat du 22 février, renversant l'ordre constitutionnel.

 

- Une série de massacres jalonnent la période qui conduit au conflit du Donbass : les tirs des snipers sur le Maïdan le 20 février, permettant le coup d'Etat dans lequel la France a sa part avec le ministre Fabius venu négocier à ce même moment un accord sur lequel tout le monde s'assoit dès le lendemain, le massacre d'Odessa le 2 maicelui de Marioupol le 9 mai, sans oublier le crash de la Malaysia Airlines le 17 juillet, qui a fait 298 morts. A chaque fois, les commandos d'extrême-droite et des leaders de la mobilisation sont mis en cause, notamment André Paroubiy, fondateur avec Tiagnibok en 1991 du parti social-nationaliste d'Ukraine, ancêtre de Svoboda, commandant du Maïdan puis secrétaire du Conseil de Sécurité et de Défense d'Ukraine au moment de tous ces faits. Le pogrom des manifestants anti-maïdan à la frontière de Crimée le 19 février, qui aurait fait douze morts, les descentes régulières decommandos néo-nazis venus semer la terreur dans les villes de l'est russophone, la remise en cause de la loi sur la reconnaissance du statut de la langue russe dans les régions par le nouveau pouvoir et le refus hystérique d'envisager la moindre discussion sur une possible fédéralisation, montre clairement qu'il n'y a pas de place pour les russophones dans l'Ukraine telle que la rêvent les néo-bandéristes. Cela a conduit les populations russophones, harassées par 20 années d'ukrainisation brutale, à voter très majoritairement pour leur rattachement à la Fédération de Russie en Crimée le 16 mars, puis le 11 mai pour leur indépendance dans le Donbass où se forment des milices populaires d'autodéfense.

 

L'opération anti-terroriste déclenchée par Kiev en avril, dirigée par Paroubiy et confirmée par le président Porochenko après son élection en mai, s'avère donc une véritable entreprise génocidaire. Des armes lourdes interdites par la convention de Genève comme les lance-roquettes multiples Grad, les bombes à sous-munition ou au phosphore visent délibérément les civils et les infrastructures sociales comme l'a récemment déclaré l'ONG internationale Human Rights Watch. Des centaines de milliers de réfugiés ont fui en Russie, délibérément bombardés par les forces de Kiev sur la route qui mène à la frontière. A Slaviansk, Kramatorsk et Schastié occupés par Kiev en juillet, des exécutions sommaires, des incitations à la dénonciation de "séparatistes" et des enlèvements ont eu lieu.

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Dans les zones reprises par les milices populaires après leur contre-offensive d'août, des charniers ont été découverts. Selon la responsable du Comité pour le développement de la société civile et la défense des droits de l'homme de la République populaire de Donetsk, Daria Morozova, des preuves des crimes sont recueillies qui seront rendues publiques dès la fin de la guerre pour des raisons de sécurité dans les zones occupées par Kiev, et qui seront transmises aux tribunaux de Kiev et de l'Union européenne. Le service de presse du mouvement Novorossia a recueilli de son côté un certain nombre de documents qui montrent que l'ATO réalise tous les crimes que la convention de l'ONU du 9 décembre 1948 définit comme un génocide.

Aux dernières nouvelles, Kiev prépare une prochaine offensive dans un contexte où la population du Donbass est soumise à un blocus total provoquant un début de famine. Mais une entreprise génocidaire suppose aussi une volonté politique : elle a été exprimée dans une déclaration écrite faite par Yatseniouk sur le site de l'ambassade d'Ukraine aux Etats-Unis le 15 juin où il traite les combattants de la milice populaire du Donbass de sous-hommes, de "subhumans", dont il faut "nettoyer notre terre" dit-il. Des "subhumans" qu'on appelle également des "Moskales" ou des "Koloradé", les doryphores, parce que c'est un insecte rayé de noir et d'orange, semblable au ruban de Saint-George porté par les combattants de la milice populaire, en mémoire de la victoire de la Grande Guerre patriotique. Le massacre de Marioupol le 9 mai a d'ailleurs eu lieu le jour de la commémoration de la victoire. Cette symbolique est importante car la guerre civile en Ukraine oppose la descendance politique et même physique des collaborationnistes revanchards de l'Ouest de l'Ukraine aux descendants de ceux qui ont combattu du côté soviétique, c'est-à-dire du côté allié, et qui ont vaincu le nazisme. Ce n'est pas par hasard que les combats les plus acharnés l'été dernier, l'ont été sur les hauteurs du kourgan de Saur Mogila, un des hauts lieux de la grande guerre patriotique, où se trouve un monument commémoratif que les néo-nazis se sont acharnés à détruire.

 

Cette action génocidaire est entreprise par la garde nationale et des bataillons où se sont engagés les éléments les plus radicalisés du Maïdan, imprégnés par l'idéologie nationaliste de l'ouest de l'Ukraine dont la référence majeure est Stepan Bandera, l'un des fondateurs de l'OUN-UPA, collaborationniste pendant la dernière guerre. De l'antisémitisme, l'antipolonisme et l'antirussisme manifestés par ce courant politique ne semble avoir été conservé par ses descendants que l'antirussisme, un anti-russisme atavique remontant à la création de l'uniatisme par le Vatican dans ces régions de marche, fer de lance du monde catholique contre l'orthodoxie. Afin d'intégrer l'Ukraine à sa géopolitique régionale, dans laquelle elle a entraîné l'Union européenne qui lui a pratiquement délégué le partenariat oriental, la Pologne a entrepris depuis longtemps une réconciliation à propos des massacres de Volhynie par l'UPA, qui ont fait 80 000 victimes civiles polonaises entre 1942 et 1944. Selon Stanyslav Byshok et Alexey Kochetkov, auteurs du livre "Les néonazis et l'Euromaidan", le mouvement bandériste a abandonné l'antisémitisme au tournant de la guerre en 1943, en décidant d'échanger l'alliance avec l'Allemagne hitlérienne pour une une alliance avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

 

 

- Ces bataillons de néo-nazis sont financés par des oligarques, dont le tout puissant gouverneur de Dniepropietrovsk, nommé le 3 mars, Igor Kolomoïski. Régnant sur toute la rive gauche du Dniepr, en fait la Nouvelle-Russie, qui produit deux-tiers du PNB ukrainien, on lui prête des ambitions nationales en concurrence avec Porochenko. Sa banque Privat contrôle le commerce du gaz et du pétrole et il règne sur un empire de presse. Paradoxalement président de la Communauté unifiée des Juifs d'Ukraine, il finance l'extrême-droite et les bataillons Dniepr et Azov qui sèment la terreur dans le Donbass. Vice-président de la fédération de football d'Ukraine, il contrôle les principaux clubs et les bandes d'ultras qui ont participé au massacre d'Odessa le 2 mai et qui tabassent les antifascistes dans les villes d'Ukraine. L'anticommunisme affiché par ces bataillons, qui trouve un accueil favorable de la part des libéraux occidentaux, n'est que la couverture de leur racisme antirusse. Outre cet aspect idéologique, l'est de l'Ukraine est riche en réserves de gaz de schiste, auquel est intéressé le propre fils du vice-président américain Biden, très impliqué dans la conduite de l'ATO, qui a été déclenchée à l'occasion de sa visite à Kiev en avril. Le génocide des populations russophones de l'est de l'Ukraine est donc idéologiquement et économiquement motivé : il s'agit d'éliminer d'un territoire riche et stratégique, une population majoritairement favorable à l'intégration à l'Union douanière.

 

La poursuite de la guerre et l'installation à Kiev d'un pouvoir nationaliste violant les droits des russophones, en fait la majorité des Ukrainiens, et engageant une confrontation avec la Russie, menace la paix et la sécurité du continent. La désinformation mainstream invoquant que l'extrême-droite ne ferait que 2% aux élections repose sur une vision tronquée des faits. Le parti radical (7,5% aux élections à la Rada en octobre) et Autosuffisance (11%) sont dirigés par les fascistes Liachko et Sadovy. Tiagnibok a été écarté, comme le demandait Nuland à son ambassadeur dans une conversation célèbre où elle envoyait l'UE se faire foutre en nommant Yatseniouk premier ministre. Mais Svoboda n'a pas dit son dernier mot comme l'ont montré les récents événements de Vinnitsa.

 

Des ministres du nouveau gouvernement viennent de l'extrême-droite néo-naziecomme le ministre de l'éducation et de la Science d'Ukraine, Sergueï Kvit, ou Vyatchslav Kirilenko, ministre de la Culture et vice-premier ministre qui a déposé un projet de loi en 2013 sur la reconnaissance de l'OUN-UPA et qui au lendemain du coup d'Etat a proposé la suppression de la loi reconnaissant au russe le statut de langue régionale, ce qui a mis le feu aux poudres. L'intolérance, la censure, l'interdiction et l'intimidation de toute opposition pèsent lourdement dans le climat actuel, alors que Porochenko lui-même prétend que "100% des Ukrainiens sont contre la fédéralisation" et alors qu'il menace la population du Donbass d'une "guerre totale" qui a déjà lieu, se réjouissant que les enfants du Donbass "se cachent dans des caves quand ceux de Kiev vont à l'école". Je rappelle que le concept de "guerre totale", notamment développé par l'école de guerre américaine, définit la guerre moderne comme étant faite contre les civils pour ruiner le pays et conduire à la démission du gouvernement. Enfin, des chefs de bataillons néo-nazis figuraient sur l'ensemble des listes des différents partis et ont fait leur entrée à la Rada, notamment Dimitri Yarosh, ce chef du Pravy Sektor dont certains membres ont participé à la guérilla islamiste en Tchétchénie.

 

- Dokou Oumarov, chef du Califat du Caucase et responsable notamment des attentats du métro de Moscou en 2010 et de l'aéroport de Domodedovo en 2011, aurait été appelé par Yarosh début mars à combattre contre la Russie, ce qui a été démenti ensuite par le Pravy Sektor. Le fait est qu'Oumarov a été liquidé début 2014 par le FSB ou par Ramzam Kadyrov, le président de Tchétchénie, qui l'a revendiqué. Aux premières loges du combat contre la pénétration wahhabite dans le Caucase, défenseur de l'islam traditionnel soufi, il suit de près l'évolution de la situation au Moyen-Orient. En septembre il déclare que le leader de l'Etat islamique, Abou Bakr el Baghdadi a été recruté par le général Petreus, commandant des forces américaines en Irak et en Afghanistan et ancien directeur de la CIA.

 

 

Il lance ses services à sa recherche pour l'éliminer car certains de ses associés ont menacé le Caucase et la Russie. "L'Amérique finance de nombreux groupes et les lance les uns contre les autres de façon à ce que dans ce piège meurent des milliers d'hommes" déclare-t-il. El Baghdadi n'est pas retrouvé mais un chef militaire de l'Etat islamique, qui a menacé la Tchétchénie et tout le Caucase russe, Tarkhtan Batarichvili, dit Omar al Chichani, est liquidé en octobre. L'épisode suivant a lieu il y a tout juste une semaine, le 4 décembre au matin, peu après l'installation du nouveau gouvernement ukrainien et le jour-même du discours annuel du président Poutine devant l'Assemblée fédérale : Grozny est ce jour-là l'objet de la plus forte attaque terroriste de son histoire récente, qui a fait 14 morts chez les policiers et 11 chez les terroristes. Kadyrov révèle la responsabilité du frère d'Oumarov, Akhmad, réfugié en Turquie et bénéficiant du financement de services spéciaux occidentaux. Immédiatement après, les députés néo-nazis Bereza, chef du bataillon Dniepr 1, et Mositchouk, ex-chef du bataillon Azov, déclarent aux journalistes dans les couloirs de la Rada leur soutien aux terroristes tchétchènes qu'ils appellent à ouvrir un deuxième front contre la Russie dans le Caucase. Une action est lancée contre eux par le Comité d'enquête de Russie pour appel public à des actes terroristes. Au même moment, Paroubiy qui vient d'être élu vice-président de la Rada, propose une loi faisant de l'Ukraine un Etat associé de l'OTAN, juste après que le Congrès américain, le 5 septembre, ait très majoritairement voté la résolution 758, accusant la Russie d'agression en Ukraine et autorisant le président Obama à lui déclarer la guerre.

maidan1.jpg

 

- Je conclurai sur cette note pessimiste. L'alternative est la suivante pour la France et l'Union européenne : poursuivre la confrontation avec la Russie qui peut mener à une guerre autodestructrice et à des actes terroristes sur leur sol, ou bien reprendre une coopération avec elle pour le plus grand profit de tous, tant sur le plan économique que sur celui de la lutte contre le terrorisme. La confrontation est recherchée par les Etats-Unis et leurs alliés dans l'Union européenne pour la création d'un bloc occidental dans le cadre du traité de libre-échange transatlantique, en vue du maintien d'une domination globale qui désormais leur échappe par les moyens pacifiques. Pour cela ils créent des foyers de déstabilisation au Moyen-Orient, en Europe et en Asie centrale, et le terrorisme qu'ils y développent est une arme efficace, mais à double-tranchant.

 


Il n'est pas non plus innocent que pour cela les Etats-Unis s'appuient sur des forces politiques issues de la collaboration pendant la dernière guerre comme en Croatie, en Bosnie et au Kosovo dans les années 90, et en Ukraine actuellement, avec lesquelles ils ont entamé une collaboration dès la fin de la guerre. C'est sans doute pour cela que le 21 novembre, les Etats-Unis, le Canada et l'Ukraine ont voté contre la résolution proposée par la Russie d'interdiction de la glorification du nazisme, adoptée par 115 Etats sur 193. Observons que ni l'Amérique ni le Canada n'ont eu à souffrir dans leur chair l'abomination de l'occupation nazie et le racisme de sa doctrine. Leur engagement militaire n'est intervenu que secondairement sur le théâtre européen, une fois obtenue la promesse de la victoire grâce au courage et aux sacrifices de tous les peuples de l'Union soviétique. Le vote de l'Ukraine ne peut donc signifier qu'une seule chose : ce sont bien des néo-nazis revanchards, héritiers du mouvement collaborationniste de Bandera, qui sont au pouvoir actuellement à Kiev. Quant au vote de la France et du reste des pays de l'Union européenne, qui se sont honteusement abstenus, c'est tout simplement dans la veine de l'attentisme qu'elle a assez majoritairement adoptée et du régime relativement privilégié dont elle a bénéficié à l'époque, à l'exception des Juifs et de la résistance. Résistants que l'occupant nazi et ses collaborateurs nommaient des terroristes. 

 

 

Frédéric Saillot

Ecrivain et journaliste à Eurasie Express (www.eurasiexpress.fr)

 

Lu sur agoravox

 

    Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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    Mercredi 17 décembre 2014 3 17 /12 /Déc /2014 08:14
    Mardi 16 décembre 2014

    "Non à la guerre et à la politique belliciste !"

     

    Pendant l'existence des deux Allemagnes, une intervention de la Bundeswehr dans d'autres pays était impensable. Depuis la fin de la RDA socialiste et son rattachement à la RFA, ce tabou a été brisé par le gouvernement SPD/Verts avec l'agression militaire contre la Yougoslavie. Aujourd'hui la Bundeswehr est engagé dans 16 conflits.


    Depuis la Conférence sur la Sécurité 2014 à Munich, la diplomatie allemande a aussi changé le ton : Une Allemagne forte doit assumer "ses responsabilités" et jouer un rôle plus important dans les affaires mondiales, y compris au plan militaire, ont chanté en chœur les ministres des Affaires étrangères et de la Défense et le Président Gauck. Pour ce dernier, la retenue militaire est un "privilège" dont l'Allemagne avait joui. Il est temps que l'Allemagne ne "se cache plus derrière la culpabilité historique".


    Tous les harcèlements des médias dans cette direction n'ont pas eu l'effet souhaité : la majorité de la population Allemande reste opposée aux interventions de la Bundeswehr dans d'autres pays. 
    De plus, l'écart entre "opinion publique et médias" s'est approfondi énormément depuis les événements en Ukraine. On parle d'une véritable crise de confiance entre les professionnels des médias établis d'une part et les lecteurs et téléspectateurs de l'autre, une crise qui entre temps a provoqué un vif débat dans les rédactions. Les réactions du public accusant les médias de manque d'objectivité et de mensonges sur le conflit en et autour de l'Ukraine sont tellement fortes que certains médias ont fermé ou pensent à fermer leurs forums de commentaires en ligne.


    C'est surtout cette politique de guerre froide contre la Russie, qui est aperçu comme un grand danger pour la paix en Europe.

     

    Photo-Luhr-Henken.jpg                         Photo Lühr Henken

    A l'appel de plusieurs réseaux anti-guerre, des manifestations se sont déroulées le samedi 13 décembre dans six villes Allemandes sous le slogan "Non à la guerre et à la politique belliciste!" Alors qu'il était très difficile ces dernières années de mobiliser des gens pour descendre dans la rue et que les manifs anti-guerre ne pouvaient rassembler plus de deux mille personnes à Berlin, 4500 manifestants se sont rassemblés samedi dernier, 13 décembre, pour marcher jusqu'au siège du Président Gauck et pour exprimer leur profond désaccord avec la politique militariste qu'il représente.

     

    rassemblement-devant-le-siege-de--Gauck.JPG                          Rassemblement devant le siège du Président Gauck

    Pourtant, une campagne concertée sans précédant a été menée contre cette manifestation. Après l'expérience des centaines de milliers manifestants contre l'installation des missiles nucléaires américains au début des années 80, le gouvernement veut éviter qu'une telle mobilisation populaire puisse gêner sa politique militariste et la politique belliciste de l'Otan et des USA.

     

    sur-la-route-vers-le-rassemblement.JPG                                                                   Vers le siège du Président Gauck

    un-soldat-contre-l-Otan-et-la-guerre.JPG

                                                                       Soldat contre l'OTAN et la guerre

     

    La manifestation de samedi laisse espérer que l'intimidation ne marchera pas et que le mouvement anti-guerre est de nouveau en train de devenir plus important. Prochains rendez-vous: Les Marches de Pâques, puis le 70ème anniversaire de la libération du fascisme.

     

    Doris Pumphrey,

    militante du mouvement anti-guerre à Berlin

    Publié par Action Communiste


    Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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    Mardi 16 décembre 2014 2 16 /12 /Déc /2014 08:10

    TEXTE REPRIS SUR
    LE BLOG DE
    MICHEL EL DIABLO

     La fausse indignation à propos des "arrangements fiscaux" des multinationales au Luxembourg :

    c'est l'application des règles de l'Union européenne :

    la libre circulation des capitaux en son sein

    BRN-titre

    Une indignation bien pratique

     

    Ce fut émouvant. Le consensus d’indignation qui a suivi les révélations sur les pratiques fiscales du Luxembourg a failli nous arracher quelques larmes. Le Grand-Duché a ainsi été dénoncé – sur tous les bancs de l’Assemblée nationale, et de L’Humanité au Figaro – pour avoir consenti des arrangements légaux (« rescrits fiscaux ») en faveur de 340 firmes multinationales qui ont pu réaliser ainsi de très substantielles économies d’impôts. L’ancien premier ministre luxembourgeois, sous l’égide de qui cette politique a été menée, n’est autre que Jean-Claude Juncker, nouveau président de la Commission européenne.

     

    Un tel consensus devrait pourtant mettre en éveil tout esprit critique digne de ce nom. D’autant que l’indignation déplace sur un plan moral ce qui devrait relever de la seule analyse politique. Car tout pays a – ou devrait avoir – le droit de décider de ses propres lois et règles, ce qui vaut évidemment pour le domaine fiscal. Si le gouvernement luxembourgeois veut aguicher les entreprises au travers de cadeaux somptuaires, seuls les citoyens de ce pays sont légitimes pour en juger.

     

    Doit-on alors se résigner à ce que les firmes bénéficient de telles faveurs ? Certainement pas. Si la France – par exemple – estime que les multinationales (notamment) doivent être taxées à la hauteur des profits qu’elles réalisent dans le pays, il s’agit d’un choix politique qu’il est parfaitement loisible de mettre en œuvre. Encore faut-il pour cela reprendre le contrôle des flux de capitaux qui entrent ou qui sortent du territoire. Autrement dit, tourner le dos à la libre fuite de ceux-ci vers les havres fiscaux les plus accommodants. On touche là à un tabou, puisque ladite libre circulation constitue une raison d’être de l’UE.

     

    Du coup, l’indignation consensuelle permet d’éviter que le débat public porte sur l’essentiel, et de glisser à la conclusion qui s’impose quel que soit le problème posé :

    « il nous faut plus d’Europe ».

    Ça n’a pas manqué.

    A peine le « scandale » était-il connu que se sont multipliés les plaidoyers en faveur de l’« harmonisation fiscale ». En substance : que tous les pays membres s’entendent sur l’épaisseur des gâteries qu’ils accordent à Google, Microsoft ou Ikea. La Commission vient même de remettre sur la table son projet d’unification des bases d’imposition au sein de l’Union.

     

    Justifiant les rescrits fiscaux opérés sous son autorité, M. Juncker n’a par ailleurs pas manqué de rappeler que… vingt-deux pays de l’UE mettaient en œuvre, d’une manière ou d’une autre, de telles pratiques. Et pour cause : tout cela participe de cette danse du ventre à laquelle les gouvernements nationaux se livrent « pour attirer les capitaux étrangers » censés être l’élixir miracle de la création d’emplois. Cette concurrence où chacun exhibe ses charmes ne sévit pas qu’en matière fiscale, mais aussi en matière de moins-disant social, de facilités de licenciement, d’abolition des protections du travail. Cela se nomme « réformes structurelles ».

     

    En la matière, les gouvernants français mettent actuellement les bouchées doubles, en échange d’une indulgence de Bruxelles, qui ne devrait pas déclencher dans l’immédiat de procédure de sanctions pour déficits excessifs – tout en maintenant la pression. Bercy présente ou prépare donc des fournées de lois représentant la plus grande déréglementation jamais opérée : travail de soirée, de nuit, ou du week-end, mise en cause de la médecine et de l’inspection du travail, suppression des élections prud’homales (par ordonnances !), renforcement de la concurrence, temps de travail hebdomadaire…

     

    Les faveurs fiscales luxembourgeoises s’inscrivent quant à elles dans cette même logique, inévitable conséquence de la libre circulation mondialisée des marchandises et des services, de la main d’œuvre, et, en l’occurrence, des capitaux.

     

    Reste que tout cela nourrit désormais le rejet de l’intégration européenne, de Londres à Rome, de Paris à Athènes. Cette colère populaire, certes tâtonnante, commence à circuler librement.

     

    Elle aussi.

     

    Pierre LÉVY

     

    source : BRN 

    Par Jean Lévy - Publié dans : Europe - Communauté : Communard toujours !
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