Vendredi 16 mai 2008

A propos du Parti de la Refondation Communiste *

Depuis la disparition des DS, Refondation Communiste est la dernière organisation politique italienne de taille significative issue du mouvement ouvrier. Il est donc d’autant plus indispensable de revenir sur la question de ce parti, de son bilan et des perspectives qu’on peut envisager.

Aux origines de Rifondazione Communista

On sait qu’en 1991, lors de la constitution du PDS, une minorité significative de militants communistes dirigés par A. Cossutta, refusa le nouveau parti. Désireux de perpétuer la tradition communiste (quoiqu’elle soit), ils fondèrent donc le PRC dont Bertinotti, militant réformiste de gauche de longue date, prit rapidement la tête. Cossutta devint quant à lui président du nouveau parti.

Durant ces premières années, le parti attira à lui l’essentiel de ceux qui désiraient combattre Berlusconi - dès décembre 1991, il comptait plusieurs dizaines de milliers de membresv. Rifondazione devint un creuset où coexistaient toutes sortes de générations politiques, nostalgiques du vieux PCI, trotskystes, rescapés de l’extrême-gauche des années 70, etc. Son ouverture aux questions « sociétales » (féminisme, écologie…) lui donna aussi un caractère proche du vieux PSU français.

Le PRC avait à cette époque la caractère d’un parti permettant « une naïve collaboration de toutes les fractions », selon la formule connue de Engels. Cette coexistence était d’autant plus aisée que sur bien des questions, la position du parti demeurait vague.

Ainsi, le rapport au pouvoir du parti restait vague. Était-il prêt ou pas à participer un gouvernement bourgeois, ou au contraire son objectif était-il exclusivement de mettre en place un gouvernement des travailleurs, prenant des mesures anti-capitalistes radicales ? La réponse restait floue, encore qu’aucun doute ne soit permis. En tout cas, aucune position de principe n’était donnée, ce qui suffit à caractériser ce parti comme réformiste.

Évidemment, ce flou ne pouvait persister durablement. Dès 1996, l’Histoire obligea la direction du PRC à sortir du bois.

Soutien au premier gouvernement Prodi

On a vu qu’à la suite des élections de 1996, L’Olivier remporta les élections - on notera qu’à cet occasion Rifondazione accepta des accords de désistement électoral avec cette coalition, donc avec des partis bourgeois. Au lieu d’éclairer par avance les travailleurs sur le rôle de cette coalition, de Prodi, cet accord signifiait à tous que le PRC préférait ce dernier à Berlusconi….1

Un premier gouvernement Prodi fut constitué – le cœur de son programme étant l’assainissement indispensable à l’entrée dans l’Union Économique Européenne, bref l’adaptation du pays aux critères de Maastricht.

Mais la couverture parlementaire de cette coalition était si faible que les voix des députés communistes étaient indispensables au gouvernement Prodi pour se maintenir. Bertinotti et Cossutta s’exécutèrent donc, mais la situation allait vite s’avérer intenable pour eux (sur le long terme, cela revenait à un suicide politique).

En octobre 1997, premier avertissement : Bertinotti refuse de voter un budget dont le caractère anti-ouvrier est incontestable. Soumis à d’intenses pressions, il se ravise et le gouvernement Prodi est finalement sauvé. Mais un an plus tard, même scénario. Or cette fois Bertinotti maintient sa position : le gouvernement Prodi chute. Parallèlement, l’aile la plus ouvertement réformiste, nostalgique du vieux PCI, quitte le PRC : avec Cossutta à sa tête, elle fonde le Parti des Communistes d’Italie, qui s’engage dans le soutien au nouveau gouvernement D’Alema (tout aussi réactionnaire que celui de Prodi).

Pour Bertinotti, cette scission est du pain béni. Les voix du PRC n’étant plus indispensables à l’Olivier, la pression se relâche. Le secrétaire du PRC peut avoir recours à un langage « gauche », et il ne se gêne pas.

Ce sont ces déclarations qui permirent à certains observateurs d’extrême-gauche (qu’ils soient de la LCR française ou du SWP britanniquevi) de parler de « tournant à gauche ». Ultérieurement, L. Maitan alla jusquà évoquer « processus de mutation historique » du PRC.

En fait, il s’agissait simplement d’une manœuvre en retrait : Bertinotti avait compris que son soutien au gouvernement de Prodi le menait au suicide pur et simple - il reculait donc pour un temps, rien de plus.

Mais il n’y avait aucune « mutation historique » du PRC, qui demeurait une organisation de type réformiste. Et si la participation à un tel parti n’avait rien de condamnable en soi (contrairement à ce que pensent de nombreux militants de la LCR a posteriori), cette participation ne pouvait se faire que sur une ligne d’indépendance face à la direction du PRC. Notamment, la question du rapport du parti au pouvoir, la question du gouvernement des travailleurs, le refus par principe de la participation à un gouvernement capitaliste, de la moindre collaboration électorale avec un parti de ce type, était une ligne de séparation absolue entre le groupe Bertinotti et les militants révolutionnaires.

Des phrases gauche à la capitulation

On a vu plus haut qu’à la suite de l’élection de Berlusconi, de gigantesques luttes se déroulèrent en Italie – notamment lors du sommet du G8 de Gênes, à l’occasion duquel des centaines de milliers de participants, surtout jeunes convergèrent vers cette ville. Incontestablement, le PRC fut le parti qui y fut le plus intimement mêlé à ces luttes, le PDS étant ouvertement conspué – on se souvient des réquisitoires prononcés alors contre ce parti par le cinéaste Moretti.

En ce qui concerne le PRC, l’important est que la question de la définition d’une tactique posant la question du pouvoir, du gouvernement, perdait de son acuité - la question du remplacement du gouvernement Berlusconi n’étant pas une question immédiate. Faire d’interminables déclarations sur « la centralité du mouvement altermondialiste », le « nouveau » mouvement ouvrier, pouvait suffire pour un temps.

Pourtant, dès 2002, qui voulait comprendre le pouvait. Dans le cadre du débat préparatoire au V° congrès du PRC (2002), la presse se fit l’écho des positions de du courant trotskyste « Projet Communiste » :

« Marco Ferrando a opposé un net refus à toute ouverture de Refondation au centre-gauche. Selon lui l’Olivier n’est qu’une forme différente d’organisation politique de la bourgeoisie. Seule l’émancipation du mouvement face à l’Olivier peut permettre de battre Berlusconi : des résultats concrets ne sauront être obtenus que par une lutte radicale. (…) Un gouvernement de l’Olivier ne serait qu’un nouveau gouvernement néolibéral : le seul gouvernement auquel des communistes puissent participer est un gouvernement basé sur les travailleurs et leur force. »vii

Ferrando voyait juste sur l’essentiel.

Quelques mois plus tard, les choses se précisèrent avec la perspective des élections de 2006. Les Thèses soumises au vote du VI° congrès du parti (2005) indiquent :

« le PRC et la gauche d’alternative doivent savoir passer aussi par l’expérience de gouvernement en fonction de la croissance qualitative des mouvements et de la possibilité de déployer une action politique plus vaste, plus complexe et plus longue dans la société »viii

Avec 60 % des mandats, Bertinotti embarqua donc le PRC au sein de l’Unione, nouvelle coalition dominée par le PDS et sur la ligne de Prodi. L’Humanité reproduit ses « explications » :

« tout a changé par rapport à 1998, « les mouvements sociaux sont au centre de la scène, l’Olivier n’existe plus et le centre gauche ne pourra pas faire la même politique ». Quant à la bourgeoisie, « certaines de ses composantes savent que la financiarisation des marchés ne suffit pas, et elles ont accepté le principe de l’intervention publique dans l’économie »ix

Pour que les choses soient claires Ferrando et son courant furent rapidement expulsés du parti, suite à une déclaration où celui-ci se solidarisait avec les insurgés irakiens face aux forces impérialistes (y compris italiennes).

Bertinotti alla même jusqu’à accepter le cadre des « référendum citoyens » typiques des machines électorales bourgeoises : en octobre 2005, Prodi fut désigné leader officiel de la coalition contre Bertinotti qui lui fit allégeance.

Le 2° gouvernement Prodi

Vint l’élection de 2006, gagnée de justesse par l’Unione et aboutissant à un nouveau gouvernement dirigé par Prodi. On a vu que la politique suivie par celui-ci ne fut guère différente guère de celle suivie en 1996. En fait,elle se situait dans la continuité de celle menée par Berlusconi.

Les choses étaient d’ailleurs claires dès le départ, puisque le programme de gouvernement de Prodi prévoyait de baisser immédiatement la fiscalité sur le travail de 5%. Pourtant, Bertinotti, ne mégota pas sur son enthousiasme, caractérisant ce document comme :

« un programme réussi au-delà des prévisions les plus optimistes »x

A la suite de quoi le secrétaire du PRC fut fait président de la Chambre des Députés. Et durant les mois qui suivirent, la direction du PRC colla à Prodi sans faillir. Bertinotti alla jusqu’à déclarer :

« nos soldats au Liban sont la vitrine du pays »xi

Concernant, la réforme sur les retraites, le responsable communiste au Travail, Ziponi, parla d’un accord « obligé »xii. On pourrait multiplier les exemples.

L’Arc-en-ciel

L’utlime cabriole de la direction de Refondation Communiste fut la constitution de la coalition « Arc-en-ciel ».

Initialement déclenchée par la recherche de jonction avec le courant du PDS qui refusait sa destruction, la Gauche Démocratique (Sinistra Democratica), cette coalition se constitua autour du PRC avec le PdCI, les verts et SD. Au-delà de la rodomontade (« contester l’hégémonie au Parti Démocrate » - sans blagues !), l’acte de naissance de ce regroupement était le soutien au gouvernement Prodi.

Très rapidement Bertinotti commença à prendre se rêves pour des réalités. Ainsi, les militants communistes virent leurs appréhensions confirmés. Ils iraient à la bataille électorale sans les symboles du parti (marteau et faucilles, drapeaux rouges…). Ces « vieilleries » seraient remplacées par un arc-en-ciel …

N. Vendola, président PRC de la région des Pouilles, servit aux militants qui regimbaient la réponse convenue lors d’un interview prévisible :

« Pour moi, un communiste ne peut être un fétichiste du communisme, ni quelqu’un qui aurait des obsessions de gardien de musée. Le passé doit faire l’objet d’une analyse critique, et le communisme n’est pas un projet de répétition. »

Mais au détour d’une phrase, son projet politique apparait sans détours :

« J’ai par ailleurs de bonnes relations avec le monde de l’entreprise et avec l’Eglise catholique. »xiii

Puis la fusion des composantes de la coalition fut envisagée. Dans ce cadre, pour Bertinotti, le communisme deviendrait une « composante culturelle », bref une vieillerie décorative.

Visiblement, la défense de cette orientation rencontra plus que des résistances. Ainsi un appel de 125 militants de Florence (décembre 2007) se prononce pour « la pleine autonomie » du Parti dans un texte qui explique auparavant que :

« Pour l’essentiel, notre gouvernement a paru et paraît davantage soumis aux puissants (Confindustria, Etats-Unis, Union européenne, Vatican) qu’attentif aux mouvements de lutte et aux intérêts populaires.

De là une crise dans la coalition qui profite dangereusement à la droite fasciste, raciste, à la Ligue du Nord et qui nourrit le résignation et la crise de la politique elle-même. Ainsi, le bilan de plus d’une année de participation au gouvernement est globalement négatif. Puisque pour nous, à la différence d’autres, le gouvernement est un moyen et non une fin en soi, nous estimons que la participation du PRC à cet exécutif ne peut qu’être subordonnée à l’obtention, maintenant et dans les prochains mois, d’un tournant réel dans les contenus de la politique du gouvernement, à partir d’objectifs et de mesures définis précisément. »

Sans aller explicitement jusqu’au bout, ce texte indiquait bien les processus à l’œuvre. Le temps aura manqué pour qu’il ne se concrétise.

Le désastre

En février 2008, suite au retournement d’un groupuscule bourgeois, le gouvernement Prodi sautait. De nouvelles élections étaient alors convoquées.

Dans la foulée, Veltroni et le PD annonçaient leur décision de refuser toute alliance avec la « gauche radicale ». Leur objectif était de favoriser l’émergence d’une majorité permettant d’accoucher d’une réforme électorale permettant d’assurer une réelle stabilité politique en Italie.

Pour le PRC, cette élection était lourde de dangers. En effet, vu le cours suivi par le parti face à Prodi, on pouvait se douter que nombre d’électeurs communistes iraient voter « utile » (donc PD), d’autres se dispersant sur telle ou telle liste et enfin d’autres s’abstenant. C’est exactement ce qui se déroula mais avec une ampleur encore pire que ce qui était redouté.

Avec moins de 4% des voix, l’Arc-en-Ciel est pulvérisé. Le PRC voit sa représentation parlementaire démantelée suite à une division par plus de 2 du nombre de ses électeurs !

 

 

 

1996

2001

2006

2008

PRC

3 213 846

1 868 113

2 229 604

 

PdCI

 

619 912

884 912

 

PCL

 

 

 

208 394

Sinistra Critica

 

 

 

167 673

Arc en Ciel

 

 

 

1 124 418

Total communistes

3 213 846

2 488 025

3 114 516

1 500 485

 

L’évènement est fondamental : dans un des pays qui fut le berceau du mouvement ouvrier, celui-ci est renvoyé sur la banc de touche.

Reconstruire

Ne disposant plus de parti apte à représenter une alternative gouvernementale, même imparfaite, le mouvement ouvrier italien est marginalisé, réduit à la lutte pour la défense des conditions d’existence élémentaires des travailleurs de ce pays. Sa situation est d’autant plus difficile que les syndicats ont subi une évolution comparable à celle des partis du mouvement ouvrier.

Ajoutons que les processus décrits plus haut ne peuvent qu’avoir eu de profondes répercussions sur la conscience même du prolétariat.

La tâche de l’heure, en Italie, est donc de reconstruire ce qui peut l’être, en s’appuyant sur l’expérience du PRC. Celle-ci montre qu’il ne peut exister de parti ouvrier solide que s’il refuse le capitalisme et ses exigences, s’il se déclare partisan de l’abolition de l’économie de profit, du socialisme. Il n’existera durablement de parti ouvrier que s’il est viscéralement anti-système, tant il est vrai que les discours réformistes ne sont plus que des bavardages creux menant à l’auto-liquidation.

Un dernier point. On sait que l’analyse de la nature du PS et donc de la politique à suivre vis-à-vis de celui-ci est un débat quasi-permanent au sein du mouvement ouvrier.

De ce point de vue, ce qui se prépare au sein du PS français est essentiel. Or, on sait qu’en France, la politique D’Alema-Veltroni a trouvé d’ardents défenseurs. Ils se concentrent bien sûr autour de S. Royal et ceux qui ont soutenu sa campagne, bref l’aile « moderniste » (tu parles !) du PS. Récemment encore, S. Royal faisait part à la presse de son enthousiasme à propos de la politique de Veltroni :

« Ce qui se passe en Italie montre bien que des recompositions sont nécessaires. L’alliance, contre la droite, entre un parti issu du parti communiste et un parti du centre, d’inspiration chrétienne, est très intéressante. Il y aura forcément, en France aussi, des recompositions entre centre et PS. Et ce ne sera pas en laissant de côté les militants venus de l’extrême gauche ou du PC. »i

Tout le monde peut désormais comprendre où tout ceci mène, et gageons que les positions des partisans de Royal vont encore reculer tant l’expérience italienne fait office de repoussoir. En tout cas, chacun pourra mesurer combien nous étions fondés à parler de liquidationnisme à propos de la ligne Royal.

 

Pascal Morsu

30 avril 2008

iLibération , 22 octobre 2008.

1Malheureusement, cet accord semble avoir été soutenu par le groupe Bandiera Rossa, devenu ensuite Sinistra Critica.

iL’Express, 5 avril 2008.

iiLe Point, 10/04/2008.

iiiLe Monde, 7 avril 2008.

ivEl Pais, mars 2007.

vEn janvier 2005, le PRC revendiquait 97 5000 ahérents,

viRegroupment, reorganization and the revolutionnary left, 2002.

viiLiberazione, cité in Inprecor n° 475-476.

viiiVI° congrès du PRC, Thèse § 11.

ixL’Humanité, 04/03/2005,

 

par Jean Lévy publié dans : international
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Lundi 12 mai 2008
Au moment où Israël, soutenu par les gouvernements occidentaux, s’apprête à célébrer avec faste le soixantième anniversaire de sa création, et alors que les Palestiniens, bouclés dans des ghettos, n’ont jamais été aussi opprimés, nous rediffusons un article, écrit en août 2003, qui conserve, malheureusement, toute son actualité.

L’Etat d’Israël a été fondé, en 1948, sur un crime que les victimes palestiniennes ont appelé "Nakba", "catastrophe". Cela s’est traduit par l’expulsion brutale de près de 90% des natifs palestiniens hors de chez eux.

Nous pensons qu’il n’y aura aucune paix possible aussi longtemps qu’Israël ne reconnaîtra pas ses torts et ne rendra pas aux Palestiniens ce qu’il leur a extorqué par la force durant ces soixante années.

Alors que la situation des Palestiniens s’est dangereusement aggravée, du fait de l’étranglement maintenu par l’occupant israélien, nos gouvernements devraient avoir la décence de refuser de participer à ces célébrations.

Et les journalistes devraient avoir enfin l’honnêteté de dire la vérité sur l’apartheid pratiqué par Israël vis-à-vis des Palestiniens, et de la répéter jusqu’à ce qu’une solution conforme au droit international soit apportée à cette tragédie.

Ce Texte date du 8 août 2003 :

Nous ne devons jamais cesser de chercher l’humaine réalité.

Quand on découvre le degré de confusion dans lequel la désinformation a plongé les gens, dans les pays occidentaux, sur la guerre que livre Israël contre le peuple palestinien, on a de quoi s’inquiéter de l’efficacité de la propagande répandue par les autorités israéliennes et leurs relais.

Or, si les journalistes avaient gardé une équidistance par rapport aux parties en cause, relaté les faits en toute objectivité, systématiquement rappelé cette chose simple : que les Palestiniens sont victimes d’une immense injustice qui demande réparation - l’arrivée massive sur leur terres d’immigrants de confession juive qui les ont graduellement chassés, persécutés, massacrés en toute impunité - nous n’en serions peut-être pas là.

Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire, ni d’être pro-israélien ou pro-palestinien. Il s’agit simplement de savoir reconnaître la vérité des faits et de l’assumer humainement pour rendre justice aux victimes palestiniennes de l’oppression d’Israël, comme on a rendu justice, hier, aux victimes des crimes nazis (dont les Palestiniens ne sont en rien responsables).

Israël, fort de ses services de propagande et de renseignements – services qui infiltrent, manipulent, corrompent, tissent des réseaux secrets - a su asseoir son pouvoir sur l’information avec une efficacité redoutable. Répercuter tout ce que cet allié des Etats-Unis décrète et répand est de bon ton dans les rédactions. Par contre, dénoncer ce qui l’incrimine gravement n’est pas convenable.

Dans le respect de la vérité et de la justice, les citoyens doivent exiger des journalistes qu’ils cessent de les intoxiquer en rapportant les informations biaisées que les agents de communication, liés aux pouvoirs politiques et militaires dominants, ont pour métier de répandre. Israël et son influent « lobby » sont l’un de ces pouvoirs de manipulation et d’intoxication. Pouvoirs qui savent se faire craindre et que par conséquent, peu osent affronter ou contredire.

C’est à force de tromperies et de servilité que certains journalistes obtiennent leurs galons et bâtissent leur carrière. Or, quand les médias nous livrent une information falsifiée ou expurgée, ce n’est pas sans graves conséquences pour les peuples concernés. Ils privent la société d’une connaissance précieuse pour la compréhension des faits et la possibilité d’agir, de secourir les victimes, quand il est encore temps. Les Palestiniens ont déjà trop souffert ; ils ne peuvent plus attendre dix ans, vingt ans.

Nous sommes catégoriques : les journalistes portent une lourde responsabilité dans le pourrissement d’une situation qui fait l’affaire d’Israël et pénalise les Palestiniens.

Depuis des décennies les grands médias occidentaux, fortement influencés par la propagande militaire israélienne et les organisations juives dans le monde, s’ingénient à accréditer l’idée qu’Israël serait "menacé par les Arabes et les musulmans".

Des personnes de confession juive, partout dans le monde, se disent constamment menacées dans leur intégrité. Leurs dires sont tout à fait fantaisistes, mais n’en exercent pas moins une intense pression sur les gouvernements, les médias, l’opinion.

De leur côté, des journalistes et des groupes de pression ouvertement pro-israéliens, n’ont pas cessé d’exploiter la souffrance générée par l’holocauste et d’agiter le spectre de l’antisémitisme pour culpabiliser ceux qui demandent justice pour les Palestiniens victimes, à leur tour, d’épuration ethnique, de ghettoisation.

Or, quand on découvre l’étendue des persécutions qu’Israël a infligées aux Palestiniens depuis 1948, on demeure stupéfait par cette distorsion de la vérité. Pourquoi, depuis soixante ans, nous a-t-on parlé avec une telle insistance des victimes juives du nazisme alors qu’on passait sous silence les victimes palestiniennes des persécutions israéliennes ? Pourquoi deux poids deux mesures ?

Israël, et ses indéfectibles relais, nous ont toujours donné une version totalement faussée de ce qui se passe au Moyen Orient. Les campagnes qui présentent constamment les personnes de confession juive en victimes, ont pour but d’étouffer toute critique à l’encontre de l’État d’Israël ; un État, qui, peu le savent, s’est créé sur de nouvelles injustices : les massacres, la déportation des Palestiniens, l’épuration ethnique qui se poursuit.

Israël a toujours justifié ses annexions de terres palestiniennes, ses tueries de civils, ses destructions de villes et villages arabes, ses assassinats « extra judiciaires », en prétextant qu’ils étaient « nécessaires à sa sécurité ». Or, si l’on visite le Moyen Orient, on a vite fait de s’apercevoir que c’est l’État d’Israël - l’unique pays de la région qui possède des armes de destruction massive - qui a créé un climat d’insécurité et de désolation, également pour ses voisins syriens, libanais, irakiens.

Depuis que l’Etat d’Israël a été fondé en 1948 - sur les terres palestiniennes, sur la Palestine - il s’est attaché à construire une image négative de l’Arabe et du musulman. Les prétendus « terroristes » qu’il s’agit « d’éradiquer » selon Israël, tout comme les prétendues armes de destruction massive en Irak, qu’il s’agissait de « démanteler » selon les Etats-Unis, ont pour but inavoué, inavouable, d’affaiblir l’adversaire pour mieux l’écraser. Sans la complaisance des médias qui maintiennent le monde dans l’ignorance, cela ne serait pas possible.

C’est ainsi qu’Israël a pu mettre en place - sans susciter de réaction majeure des pays réputés « démocratiques » - un des pires systèmes d’apartheid. Tout, il peut tout se permettre : forcer les Palestiniens à vivre dans des ghettos surpeuplés, construire un mur immonde d’apartheid au travers de paysages bibliques sacrés que les Palestiniens n’avaient jamais osé toucher.

Israël, qui dispose d’une des premières armées du monde, n’avait bien évidemment pas besoin de ce mur pour sa « sécurité ». Ce mur de séparation ethnique, conçu de longue date, attendait son heure dans les tiroirs. Dès l’annonce de sa construction par le « socialiste » Ehud Barak - en ce funeste mois d’avril 2002 qui est devenu synonyme d’offensives meurtrières et de tragédies - il a obtenu l’appui de toutes les forces politiques israéliennes, camp de la paix inclus.

Israël a réussi son pari : mettre le monde devant un fait accompli. Le mur est là. Effrayant, indestructible.

Ce mur de séparation ethnique - dont le tracé implique l’annexion de puits, la confiscation de terres, la déportation de villageois - affectera directement et durablement des millions de Palestiniens. Ces derniers, appuyés par le Mouvement de solidarité internationale ISM, ont multiplié conférences de presse et actions de résistance pacifique pour tenter d’attirer l’attention des journalistes internationaux basés en Israël et de l’Union européenne. Peine perdue. Ils se sont faits systématiquement brutaliser, jeter en prison, torturer, expulser par l’armée israélienne.

Il a fallu attendre une année et demie, le jour où Bush a admis que ce mur constituait « un problème », pour que les médias occidentaux consentent à révéler au monde un peu de sa dimension. Bush, sous la pression de M. Ariel Sharon, se rétractera quatre jours plus tard. Or ce mur, qui emprisonnera les Palestiniens dans des ghettos infâmes, crée un obstacle de plus sur la voie de la paix ; car l’espoir des stratèges du « grand Israël » qui l’ont conçu est d’arriver, avec le temps, à rendre impossible toute reconnaissance des droits des Palestiniens à retourner sur leurs terres.

Si le monde a finalement pu se représenter ce qu’est physiquement ce mur dit de « sécurité », ses implications réelles sur la vie des Palestiniens restent largement incomprises. A cause du langage utilisé. Les auteurs de cette nouvelle atteinte à la légalité internationale se sont arrangés à présenter la construction de ce mur honteux de façon qu’il apparaisse comme un « mal nécessaire ». Or ce mur, qui sépare les Palestiniens des Israéliens, officialise objectivement la ségrégation ethnique et rend encore plus précaire la vie des Palestiniens.

Voilà où l’asservissement des principaux moyens d’information aux pouvoirs économiques et politiques conduit le monde. À justifier les crimes d’Israël et les mesures d’enfermement illégales des Palestiniens qu’il met en place. A donner l’illusion d’informer sur ce qui se passe en Palestine, alors que la réalité est totalement travestie.

Si les correspondants occidentaux avaient révélé les nouvelles injustices que ce mur honteux allait imposer aux Palestiniens, Israël n’aurait peut-être pas pu l’ériger. Lorsqu’il en a annoncé le projet, il s’était attendu à de vives réactions ; le silence de l’Occident lui a donné carte blanche.

C’est ainsi que, fort de cette impunité, en mars 2003, M. Sharon a modifié le tracé de ce mur de façon à annexer plus de terres et de colonies que prévu initialement. Peu après, conforté par l’indifférence du monde, il a encore annoncé l’ajout d’un mur supplémentaire qui enfermerait la Cisjordanie en entier. Les colonies, toutes illégales, qui sont la racine de tous les maux - soit quelque 450’000 nouveaux colons illégaux - sont les premières bénéficiaires de ces conquêtes territoriales.

Il y a des êtres de grande probité qui payent de leur vie leur volonté de dire au monde les horreurs dont ils sont les témoins. Témoins que l’armée israélienne - très soucieuse de son image - chasse sauvagement, assassine, jette en prison.

Israël qualifie toute personne qui dénonce ses crimes, comme « une menace pour sa sécurité ». Je songe ici à ces photographes et cameramen palestiniens pour commencer, qui ont à cœur de nous informer honnêtement et de témoigner de la souffrance de leur peuple au risque de leur vie.

Leurs images, si difficilement arrachées, sont le plus souvent expurgées, voire dénaturées, par nos journalistes qui ne nous les montrent, du reste, qu’au compte gouttes, préférant se servir des films fournis par les services de propagande militaire israéliens.

Ces reporters, ont été les meilleurs alliés des internationaux de l’ISM, présents comme eux, depuis mars 2002, sur ces lieux où l’armée israélienne mène des offensives particulièrement meurtrières. Ces hommes et femmes qui, par leur seule présence, caméra au poing, défient l’armée israélienne, méritent toute notre estime.

Chacun de nous se souvient de Raffaele Ciriello, ce photographe italien qu’un soldat israélien a délibérément tué à Ramallah, au début de l’offensive militaire de mars 2002 ; une offensive meurtrière toujours en cours, qui n’épargne pas ceux d’entre les journalistes étrangers qui veulent franchir le blocus militaire israélien pour entrer dans les quartiers palestiniens que l’armée israélienne a décrété « zones militaires ».

James Miller

James Miller, un jeune cameraman londonien, est la dernière victime de cette folie furieuse. Après sa mort, Israël a immédiatement nié la responsabilité de ses soldats. L’autopsie, et les témoins de l’ISM présents, ont prouvé que James Miller était de dos, quand un soldat de l’armée israélienne l’a délibérément touché en pleine tête, le 2 mai 2003. James Miller portait un gilet pare-balles sur lequel était écrit en grandes lettres « Press ». Il filmait précisément, cette nuit là, le massacre de civils palestiniens à Rafah par l’armée israélienne, venue en force dans cette partie de Gaza dont Israël convoite les terres. C’est comme cela qu’Israël se débarrasse de tous ceux qui persistent à vouloir filmer ses abus pour témoigner honnêtement.
La légèreté avec laquelle nos médias prennent pour argent comptant, les mensonges d’Etat israéliens, est impardonnable.

par Jean Lévy publié dans : international
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Mardi 15 avril 2008

Chacun connaît maintenant les résultats des élections italiennes.
La droite, le Parti du peuple pour les libertés, de Silvio Berlusconi et de Gianfranco Fini (sans oublier Alessandra Mussolini, la petite fille du regretté Duce), obtient, en alliance avec la Ligue du Nord, d'Umberto Bossi, une large la majorité, tant à la Chambre des députés qu'au Sénat. Le Parti Démocrate, de Walter Veltroni, qui par avance, promettait la coexistence pacifique à son adversaire ("C'est la fin de l'ère des querelles..."), a perdu son pari. Son score est de 9% inférieur à celui du PPL.
Le mouvement Démocrate-Chrétien, de Pier Ferdinando Casini,  doit se contenter de moins de 6%.
Quant à Arc-en Ciel, qui regroupe Refondation communiste, le Parti des Communistes italiens, les Verts et des dissidents du PD, cette formation n'a rassemblé qu'un million de voix (3,1%, alors que Refondation, seule, avait obtenu 5,8%, avec 41 députés, et l'ensemble des quatre formations totalisait 10% en 2006).
Fausto Bertinotti, son dirigeant, annonce qu'il quittait ses responsabilités.
Ce résultat  lui interdit son entrée au Parlement. Plus aucun parlementaire se réclamant du "communisme", en Italie !. Une première, assurément. Songeons un instant à la puissance du Parti communiste italien pendant des décennies ! Cela consacre l'échec de la tentative de créer un "Die Linke" au-delà des Pyrénées. "Die Linke", la "Gauche", ça se dit "Sinistra", en italien. Une traduction bien adaptée, en vérité. Les calculs politiciens des responsables d'Arc-en-Ciel visant à supprimer la référence au mot "communisme" et à son symbole, la Faucille et le Marteau, par pur opportunisme, a conduit à un fisco historique. La participation de ses leaders à la coalition menée par Romano Prodi et à son gouvernement durant les deux dernières années, a achevé d'ôter tout crédit de véritable alternative de gauche, à Arc-en-Ciel. Absents de la Chambre et du Sénat, l'opposition n'aura que la rue pour s'exprimer. encore, faudra-t-il qu'elle le veuille.
Cette prespective commence à inquiéter : le dirigeant démocrate-chrétien Ferdinando Casini considère négativement le fait que :
"une partie réelle du pays se retrouve hors du Parlement car elle n'a d'autre alternative que la rue pour s'exprimer".
Mais, bonne nouvelle : la place est libre pour faire revivre un véritable Parti communiste italien. Ce sera la tâche des militants ouvriers qui luttent dans les usines et dans les cités, contre le Capital.

Une autre conclusion peut être tirée du scrutin italien. Les commentateurs n'y manquent pas. C'est ainsi qu'Eugène Scalfari, l'éditorialiste du quotidien La Repubblica, écrit  :
"La clarification du paysage politique représente un grand pas en avant vers une bipolarisation à l'unisson des autres démocraties occidentales".
Tel était le but du jeu. Comme en France, tout a été mis en oeuvre, pour ne laisser aux électeurs que le choix entre deux candidats présélectionnés. En France, c'était "Nicolène ou Ségolas". A la télé, une émission s'appelle "Thé ou café ?". En Italie, ils ont inventé un néologisme : "Verlusconi" !
Cette volonté d'imposer une seule politique, celle du marché et de la concurrence libre et non faussée, pousse les politiciens et les médias à organiser l'alternance entre deux marionnettes du capital, comme le produit super fin de la Démocratie :
"Vous pouvez choisir l'homme (ou la femme, soyons beaux joueurs...), mais pas la politique !".

Tant que le peuple n'aura pas la possibilité d'exprimer librement sa volonté de changer de politique pour changer de société, les financiers pourront dormir tranquilles (et chacun sait qu'ils s'enrichissent en dormant...).
Il appartient donc aux peuples de recréer une force suceptible de casser le jeu de la fausse démocratie. Ce n'est pas dans les arrière salles de café, entre quelques militants convaincus que la solution sera trouvée. Seule, la bataille sociale, conduite idéologiquement comme un combat de classe, pourra voir émerger les hommes et les femmes décidés à tout changer. 

par Jean Lévy publié dans : international
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Dimanche 6 avril 2008

Avant de répondre aux questions posées hier sur la personnalité du dalaï-lama, la politique d'assimilation de la Chine au Tibet et les conséquences de la Révolution chinoise pour le peuple tibétain, voyons d'abord pourquoi les Etats-Unis et leurs alliés inconditionnels (dont Nicolas Sarkozy) portent un si grand intérêt au Tibet.
Remontons le temps, et faisons appel à un "spécialiste", George R. Merrel, chargé d'affaires américain à New-Delhi.
Le 23 janvier 1947, celui-ci, dans une note au président Truman, attire son attention sur "l'importance stratégique inestimable" de la région "toit du monde" :
"Le Tibet peut-être considéré comme un bastion contre l'expansion du communisme en Asie, ou du moins comme une île de conservatisme dans un océan de bouleverement politique".
De plus, ajoute le diplomate :
"Le haut-plateau tibétain , en ces temps de guerre de missiles, peut s'avérer le territoire le plus important de l'Asie".
On comprend pourquoi, en 1959, la CIA a apporté aux Tibétains révoltés son soutien total, comprenant la formation militaire de combattants, au Colorado, parachutés au Tibet, et l'envoi d'armes par voie aérienne.

Aujourd'hui, après les campagnes orchestrées sur le "génocide" de la population au Kosovo, par les Serbes en 1999, celui des Tchéchènes par Poutine, des nomades du Darfour par les Soudanais, ces dernières années, "on" nous en remet une couche sur ces pauvres Tibétains, victimes innocentes des Chinois. Le dalaï-lama est présenté comme le "leader de la non-violence, un modèle vivant de la noblesse morale et de la sainteté". Et les moines bouddistes tibétains sont synonymes de "tolérance" et de "spiritualité".
L'ange et le démon, l'image même du "bien" et du "mal", pratique quand on part en croisade ... 
Qu"en est-il en vérité ?
En 1992, en visite à Londres, le dalaï-lama a été l'objet de manifestations hostiles de la part de la plus importante organisation bouddiste, en Grande-Bretagne, dont les membres l'ont accueilli aux cris de "dictateur sans pitié". Le dalaï-lama n'était pas, alors, en odeur de sainteté ! D'autre part, l'International Herald Tribune, des 4 et 5 août 2007, rappelle que le chef spirituel des Tibétains n'avait pas caché sa hargne vis-à-vis des universités anglaises qui avaient appelé au boycott culturel d'Israël, du fait de la répression sanglante menée contre les Palestiniens.  

Avant l'arrivée de l'Armée populaire, en 1951, les moines bouddistes organisaient les cérémonies funéraires. C'est encore l'International Herald Tribune qui s'en fait l'écho,  les prêtres arrachaient, morceau par morceau, la chair des os des morts plébéiens " pour faciliter le travail des vautours". Question d'hygiène et d'écologie, disaient-ils. Pourquoi alors, les corps des aristocrates étaient-ils, eux, brûlés ou inhumés ? Les autorités communistes ont mis fin à ces pratiques. Est-ce un mal ?
Une polémique s'est ouverte sur le bilan économique et social du Tibet, au sein de la Chine populaire. Il est de bon ton de parler d'arriération, de misère, d'un peuple laissé pour compte.
A l'inverse, le magazine américain Foreign Affairs, rien que son titre nous met en confiance, constate un niveau de vie en constante augmentation, une durée de la vie fortement allongée. Par contre, le journal estime que "la politique de modernisation sape les traditions et l'identité tibétaine"...Il faudrait demander à la population des campagnes vivant encore, il y a un demi-siècle, comme au Moyen-Age, si l'apport de l'électricité, de l'électroménager, de la télévision, est perçue comme un "recul de civilisation"...Les commentaires médiatiques qui pleurent sur les " valeurs ancestrales" perdues, le bon temps du servage, en somme.
Si on en croit toujours la revue américaine, de 60 à 70% des fonctionnaires de la Région Autonome du Tibet sont Tibétains. Le bilinguisme est la règle (tibétain et chinois). Une politique de "discrimination positive" est appliquée au bénéfice des Tibétains, en particulier en vue de l'inscription à l'Université, dispositions plus favorables que pour les Hans.
Ces quelques indications prouvent qu'il n'y a pas de "colonisation" du Tibet par les Chinois. Ceux-ci y poursuivent, comme dans les autres régions de la Chine  un effort immense d'industrialisation. Les méthodes employées sont peut-être discutables. Mais le résultat est là : des centaines de millions de Chinois (Tibétains compris), sortent du sous-développement et acquierent, année après année, des conditions d'existence comparables aux nôtres. Encore que "les nôtres", en la matière, ne sont pas uniformes si l'on compare celles de Bernard Arnault avec celles de la caissière de magasin, du retraité qui touche une pension inférieure au Smic, ou du technicien de surface immigré.

Il est clair que la virulente campagne orchestrée par nos médias (Libération, en tête), par des organisations telle Reporters Sans Frontières, liée avec les services américains, répond aux voeux de Washington. Les Etats-Unis ne supportent pas l'avènement de puissances concurrentes qui mettent en question leur suprématie, leur domination du monde. La Chine les inquiète, de même que la Russie. Pourtant ces pays n'ont pas le même système social. Moscou ne se revendique pas du socialisme. Mais les attaques contre ces deux pays par nos médias, propriétés du capitalisme financier, relèvent d'une logique unique : préparer l'opinion française à un affrontement mondial contre "l'ennemi".

 

 

par Jean Lévy publié dans : international
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Dimanche 6 avril 2008

Le Monde, daté de 6 et 7 avril, publie un entretien avec Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme. Le quotidien titre :
"Rama Yade : les 'trois conditions pour que M. Sarkozy se rende à l'ouverture des JO' ". A la question :
"Que compte faire la France face aux atteintes aux droits de l'Homme en ChineRama Yade répond :
"Nous demandons la remise en liberté immédiate de Hu Jia, qui vient tout juste d'être condamné à trois ans et demi de prison."
"Et par rapport au Tibet ?" :
"Nous demandons que la Chine entreprenne un dialogue réellement constructif avec le dalaï lama. Ces discussions doivent porter sur la reconnaissance de l'autonomie tibetaine et de l'identité spirituelle, religieuse et culturelle des Tibétains. A ce jour, la Chine a mené une politique d'assimilation en colonisant les zones tibétaines, ce qui a marginalisé sa population. On assiste aussi à une folklorisation de la culture tibétaine et l'enseignement du tibétain est battu en brèche. Enfin, rien que pour 2007, on compte 132 moines arrêtés pour des motifs politiques."
"Cela peut-il conduire le président Nicolas Sarkozy à boycotter la cérémonie d'ouverture des JO ?"
"Il prendra sa décision au regard de l'évolution des évènements actuels et s'exprimera après avoir consulté nos partenaires européens, car il parlera alors en tant que président en exercice de l'Union européenne. Néanmoins, trois conditions sont indispensables pour qu'il s'y rende : la fin des violences contre la population et la libération des prisonniers politiques, la lumière sur les évènements tibétains et l'ouverture du dialogue avec le dalaï-lama".
"Serez-vous sur le parcours de la flamme olymique à Paris ?":
"Traditionnellement, ce sont les ministres des sports, Bernard laporte et Roselyne Bachelot, qui assistent à l'évènement. Moi, aujourd'hui, j'aimerais plutôt être à Dharamsala (ville du nord de l'Inde où vit en exil le dalaï-lama).

Ces propos tenus par la "dalaï-rama Yade" du gouvernement, font polémique.
D'abord, un démenti de la secrétaire d'Etat : "Je n'ai jamais  parlé de conditions !", suivi d'une confirmation aussi catégorique du Monde, comme quoi, elle a bien utilisé ce terme.
Sur ce point, on peut croire le quotidien du soir, car le titre est justifié par la réponse donnée par l'intéressée au journaliste, Jacques Follorou.
Alors ? A-t-elle tenu le rôle d'éclaireur, anticipant la position de Nicolas Sarkozy, ou, animée d'un zèle ultra-bouddiste, Rama a explicité sa propre position, quitte à mettre le président en fâcheuse posture ? Dans ce cas, on peut dire "Yade-la joie" au sein du pouvoir.
Yade va se retrouver "consule" aux îles Fidji !

Au-delà de ces péripéties, les propos exprimés par un membre du gouvernement, et qui ne sont pas remis en cause, sont graves.
La France intime l'ordre aux dirigeants chinois, non seulement, de reprendre le dialogue, qualifié de "constructif" pour mettre les points sur i, avec le dalaï-lama, mais précise les objectifs que le dialogue doit atteindre : "la reconnaissance de l'autonomie tibétaine et de l'identité spirituelle, religieuse et culturelle des Tibétains". Nicolas Sarkozy s'arroge le droit de dicter à un Etat souverain sa politique, particulièrement en matière 'religieuse' ! Certes, on connaît la fougue religieuse du chanoine de Latran, mais cette distinction ne lui permet pas encore de s'immisser dans les affaires intérieures d'un autre pays. Pas plus que les injonctions françaises visant la "politique d'assimilation", menant à la "folklorisation de la culture tibétaine", de même que la dénonciation de l'enseignement du tibétain, "battu en brèche".
Non seulement, cela ne regarde pas Nicolas Sarkozy et ses ministres, mais ceux-ci semblent oublier la politique d'assimilation pratiquée par la Troisième République, avec l'interdiction de pratiquer en classe les langues régionales. C'est cette volonté unitaire qui a permis a nôtre peuple de se fondre dans le même creuset, de se sentir français du Morbihan à la Provence, immigrés compris.
Certes, ce ne fut pas sans réactions hostiles, réactivées à dessein aujourd'hui, au nom de l'Europe des Régions ...Pourtant, seul le corse  Talamoni dénonce "l'Etat français oppresseur". Que dirait-on à Paris, si ces divagations étaient reprises à Pékin, avec la même vigueur que la propagande antichinoise ici-bas?
Mais au fait, au Tibet, comment les choses se présentent réellement ?
Y a-t-il "colonisation" de la part des Chinois ? Ces derniers ont-ils rayé toute trace d'autonomie ? Le dalaï-lama est-il le représentant authentique du peuple tibétain, du point de vue spirituel, religieux, politique ? 
Nous tenterons de répondre à ces questions demain. 


par Jean Lévy publié dans : international
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Jeudi 3 avril 2008

Wotan, c'est le nom allemand du Dieu de la guerre germanique. Selon la légende, il est rusé et n'a qu'un oeil. Il fait périr les guerriers pour les amener au Walhalla, sa demeure, et les préparer à d'autres combats. Seuls des mauvais esprits feraient le rapprochement avec l'Alliance atlantique. Wotan, OTAN, phonétiquement, çà se ressemble. Phonétiquement seulement ?  Car qui nierait que l'OTAN est un pacte de guerre ? Le traité fut signé le 4 avril 1949 "pour faire face à la menace soviétique". Tel fût du moins la raison invoquée par les parties contractantes, les Etats-Unis, maître d'oeuvre de l'opération, et l'ensemble des pays occidentaux, plus la Turquie. L'Allemagne fédérale y fit son entrée en 1954, onze ans après Stalingrad, neuf années après la capitulation du Troisième Reich.
Mais, revenons à la "menace", qui, soit-disant, pointait à l'Est. Depuis 1945, les forces de l'Armée soviétique qui avait défait l'Allemagne et ses alliés (la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie), stationnaient dans ces pays. Profitant de leur présence, des régimes s'inspirant du socialisme succédaient aux dictatures fascistes et terroristes à Berlin-Est, Bucarest, Sofia, Budapest, et aussi à Varsovie ( à la suite dans ce pays, d'une guerre civile de deux années ). En Tchécoslovaquie, le Parti communiste obtenait plus de 40% des voix, lors des élections 'bourgeoises'. Ainsi, à l'Est, se développait une vaste zone hors du système capitaliste, soustraite, donc, à la loi du marché. 
Les Etats occidentaux n'ont guère apprécié la présence armée de l'Union soviétique jusqu'en Thuringe, alors que leur stratégie, visait depuis 1918, à repousser les limites de l'URSS, le plus loin possible vers l'Est. D'où la création de l'OTAN. C'est seulement en 1955, le 14 mai, sous l'impulsion de Moscou, que fut signé le Pacte de Varsovie, six ans après l'Alliance atlantique.

Jusqu'à l'implosion de l'Union soviétique, en 1991, et le démantèlement de ses Républiques, les forces du Pacte de Varsovie ne sont jamais intervenues hors du champ d'application interne des Etats membres. Certes, en 1968, les chars soviétiques ont imposé à Prague le retour à l'ortodoxie politique. La raison invoquée à l'époque d'une possible intervention armée de la part de l'Otan, contestée alors par le PCF, ne semble plus aujourd'hui totalement imaginaire.
Les agressions militaires répétées de l'Alliance atlantique en Serbie, en 1999, ou en Afghanistan, en 2001, ne relèvent pas de l'application du traité. En effet, celui-ci prévoit uniquement "de porter secours en cas d'attaque" contre l'un des pays signataires. Or, à ce qu'on sait, ce sont les avions américains de l'OTAN qui ont bombardé Belgrade, et ce sont les troupes du Pacte atlantique qui stationnent à Kaboul. Et pas l'inverse !
 
Aujourd'hui, la fiction "atlantique" n'est plus de mise. Les Etats-Unis, sous couvert d'un "Global NATO" (l'Otan globalisé), ont ouvert leur alliance militaire jusqu'aux confins de l'Asie centrale.
Des pays baltes jusqu'à la mer Noire, juste à la frontière de la Russie, l'Otan déploie ses drapeaux et installe ses bases.
Moscou "menacerait-il  l'Europe de l'Ouest" ?
Que dirait Jaap de Hoop Scheffer, le secrétaire général de l'Otan,  si des troupes russes stationnaient à Cuba ou à Caracas ?
En fait, nous sommes en présence d'un encerclement de la Russie. Pourtant, elle n'est plus "communiste". L'argument d'antan est tombé. Peu importe, Poutine veut rendre à son pays l'indépendance économique en se réappropriant ses richesses naturelles. C'est un crime de lèse-OTAN.
Aujourd'hui, à Bucarest, Bush voulait inclure l'Ukraine et la Géorgie, préalablement "révolutionnées" par la CIA, au sein de l'Alliance.
Otan en emporte le vent atlantique.
Nombre de pays occidentaux, pourtant engagés sous le drapeau étoilé, ont dit NON à l'Oncle Sam. Et si, en représailles,  l'Ours russe fermait les robinets de ses gazoducs à l'Allemagne et à la France ? Vaut mieux être prudent. Pour l'instant. Maigre consolation pour le Watan américain : la Croatie et l'Albanie vont faire leur entrée à l'Otan. Mais pas la Macédoine, la Grèce ne veut pas. Avec Tirana au sein de l'Alliance, c'est bon pour la maffia sans frontières.
Heureusement, le Président étatsunien récupère l'enfant prodigue qui avait fugué en 1966 : la France de Sarkozy réintègre les structures militaires de l'Otan. Exit de Gaulle. Astérix est mort.
Et, cerise sur le gâteau, Nicolas envoie 800 hommes supplémentaires en Afghanistan !

Les socialistes poussent des cris d'orfraie : "pas de militaires français en Afghanistan !"
Bravo, mais un peu tard, car QUI a envoyé, une première fois, des troupes là-bas, en 2001 ? Lionel Jospin, le Premier ministre de la 'Gauche' plurielle, refusant par la même occasion, tout débat sur la question à l'Assemblée.
Et qui s'est opposé à la décision ? Même pas les ministres communistes !

Qui,dans ces conditions, va porter dans notre pays, les couleurs de l'indépendance nationale ?
Réponse :
Les vrais communistes !






par Jean Lévy publié dans : international
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Dimanche 30 mars 2008

Personne ne nie la fulgurante ascension de la Chine comme puissance mondiale. Son développement industriel intensif est reconnu. L'amélioration du niveau de vie de la population n'est point contestée. Mais, répondent les esprits méfiants ou franchement hostiles :"A quel prix ? Et à qui profite cette modernisation ?" Et de montrer du doigt les centaines de millions de paysans qui en seraient exclus. "Ils vivraient toujours dans la misère !".
Ce qui reste à prouver. Le terme "pauvreté" serait, selon nous, plus adapté.
Mais deux arguments "décisifs" sont mis en avant par les critiques du régime chinois.
Ils portent, l'un sur "l'exploitation forcenée" dont seraient victimes les centaines de millions de salariés, exploitation comparée à celle supportée au XIXème siècle par nos propres ouvriers. Dans ces conditions, la Chine est soumise, nous dit-on, à un système de "capitalisme sauvage", aux antipodes du socialisme que les dirigeants prétendent développer.
Pour étayer ces affirmations, il est fait appel aux informations, le plus souvent de source occidentale, des rémoignages de voyageurs qui se rendent là-bas, et aussi des propres infos chinoises officielles.
Personne ne peut contester que les conditions de travail imposées aux salariés  soient loin de bénéficier des acquis de nos propres travailleurs (encore que ceux-ci soient en voie de disparition. La souffrance au travail devient, en France, un phénomène qui touche des couches de plus en plus étendues, en usine, dans le tertiaire, chez les ouvriers comme chez les cadres avec, les suicides qui se multiplient).
La production de masse impose des conditions de travail qui ne correspondent pas avec les normes ordinaires et souhaitées dans un pays qui construit le socialisme. Les horaires de travail, les conditions d'hébergement, souvent sur place de la main d'oeuvre qui vient de loin, l'utilisation de mines anciennes et dangereuses - la Chine ne possède pas d'autres sources d'énergie, en dehors du charbon et de l'importation massive de pétrole - l'échelle des salaires, l'absence  de syndicats indépendant de l'administration d'Etat, et ce qui conduit à  une protection réduite des salariés, tout concourt à développer une opinion négative du système.

Pourtant, malgré cela, il faut noter des progrès  accomplis, les changements en cours.

La recherche par les entreprises de main d'oeuvre de plus en plus qualifiée alimente un 'turn-over' d'ouvriers en quête de meilleurs salaires. Ceux-ci, dans ces conditions, virent à la hausse
. D'autre part, le gouvernement a entrepris d'améliorer progressivement les garanties sociales des travailleurs. Une loi nouvelle est appliquée depuis le 1er janvier, une seconde devrait entrer en vigueur en mai prochain.
 
En ce qui concerne le pouvoir d'achat, faudrait-il, pour le  mesurer connaître exactement ce que coûte le panier de la ménagère, le prix des loyers dans leurs nouveaux logements de masse, celui des transports, des vêtements, celle d'une place de cinéma, d'un DVD et celui d'un livre.
Les statistiques font état du nombre croissant et impressionnant des Chinois qui suivent l'enseignement supérieur, combien d'entre eux deviennent, chaque année, ingénieurs. On parle d'un chiffre de 400.000, dont nombre proviennent de régions les moins développées de l'intérieur.

Compte-tenu de tous ces paramètres, on pourra mieux juger, dans leur évolution, des conditions de vie en milieu urbain, et aussi, à la campagne
Et faire des comparaisons sur les cinq dernières annnées pour examiner les progrès réalisés.

La Chine, son immensité, (sa population représente trois fois celle de l'Union européenne), sa diversité, les progrès foudroyants de son économie, pose naturellement de nonbreux problèmes. Beaucoup ne sont pas résolus.
Mais, nous qui n'avons pas, en France comme dans tout l'Occident, commencé le moindre processus de révolution socialiste, peut-on s'ériger en maîtres-penseurs de l'orthodoxie en la matière ?
Avons-nous le droit de décrèter, d'ici où ne sommes pas capables d'enrayer le processus de destruction programmée de cent ans de progrès social, que la Chine tourne le dos au socialisme, que par son économie ouverte (en partie seulement au marché international), elle trahit ses idéaux et sombre dans le capitalisme écheveulé, préjudiciable aux travailleurs ?
Certes, il est de notre devoir d'analyser lucidement la situation en République Populaire Chinoise pour en tirer toutes les leçons pour nous.
Mais en restant solidaires d'un pays qui, dans des conditions extrèmement difficiles, vise à affirmer sa pleine souveraineté, en construisant une société nouvelle dans laquelle l'ensemble de la population peut mesurer les progrès accomplis.
Si nous n'exprimions pas, par esprit de classe, notre  solidarité à  la RPC, faisons-le dans notre propre intérêt : car la Chine constitue aujourd'hui, dans le monde, une des forces essentielles, nécessaires pour lutter efficacement contre l'impérialisme, US en premier lieu.

par Jean Lévy publié dans : international
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Vendredi 28 mars 2008

La campagne menée par l'impérialisme, à travers ses médias, contre la "terrreur chinoise" au Tibet, et au-delà, contre la Chine populaire, se poursuit. La présence occidentale aux Jeux Olympiques est dénoncée avec violence. Nous avons déjà écrit deux articles sur la question sur notre blog :"Sur le Toit du Monde" et "Tout le monde sur le Toit".
Aussi, ce nouveau texte sera consacré à mes réflèxions personnelles sur le bilan que je tire - dans la limite de mes connaissances - de l'expérience chinoise.

Premier élément : la Révolution chinoise, à l'origine, est d'abord une révolution de "libération nationale", dans un pays soumis jusqu'alors à la domination étrangère, occidentale, d'abord, japonaise, ensuite. Certes, c'est le Parti Communiste Chinois qui, dès les années 20 ,a pris la tête de cette lutte. Et celle-ci a donc pris un caractère de classe. La Chine était alors une nation arriérée, massivement paysanne, avec une classe ouvrière très combative, concentrée dans les villes.
Deuxième élément : la Chine ne possède qu'une superficie réduite de terres arables,  7% de son vaste territoire, je crois, susceptible de produire des denrées agricoles. Ce qui explique les anciennes famines, dévoreuses de millions et de millions de Chinois. Il faut noter que ces famines ont été totalement éliminées, avec, selon des statistiques occidentales, l'acquisition, durant les années 1995-2005, de la suffisance alimentaire pour l'ensemble de la population.
Troisième élément
: l'histoire millénaire de la Chine associe un pouvoir central  - celui de l'Empereur - et la puissance des pouvoirs provinciaux - celle des seigneurs de la guerre - . Cette dualité s'explique par l'immensité du territoire et les longues distances qui séparent la capitale aux cités lointaines de province.
Cette "tradition" n'a-t-elle pas conduit le PCC a affermir son autorité pour assurer une direction politique homogène sur l'ensemble du pays. Y-t-il complètement réussi ? La politique décidée à Pékin est-elle toujours rapidement appliquée dans les zones les plus reculées, quand celle-ci "dérange" les habitudes locales ?
Quelques chiffres :
La population  urbaine de la Chine est évaluée à 400 millons d'habitants, près du tiers des Chinois. Les villes tentaculaires se développent dans l'ensemble du pays. Hors de Pékin (16 millions d'habitants), de Shanghai, (18 millions), des capitales de province, dont j'ignorais jusqu'à l'existence,  comme Nanjing, Nanning, Fuzhou, Changsha, ont une population supérieure à  cinq à six millions. Ce ne sont là que quelques exemples.
La Chine, en 2025, devrait compter 221 villes de plus d'un million d'habitants...
Ce ne sont tout de même pas que des apparachiks qui peuplent ces cités nouvelles !

Les progrès réalisés.
Ceci étant dit, examinons l'évolution de la situation  sociale et culturelle des Chinois depuis une quinzaine d'années. Avec un PIB en augmentation annuelle de l'ordre de 10%, toutes les statistiques d'origine occidentale, décrivent un pays en pleine et rapide mutation.
Revenons aux statistiques : plus de 300 millions de Chinois ont acquis un niveau de vie équivalent à la moyenne européenne. En vingt ans, 160 millions sont sortis de la pauvreté.
Et l'autosuffisance alimentaire pour tous dont nous avons parlé.
Les documentaires, réalisés par notre télé, sur la Chine, donnent tous une idée de gigantisme.
Ces chifffres sont à considérer. Un régime qui a pour objectif la satisfaction des besoins de la population, et qui a déjà obtenu de tels résultats, ne peut être conidéré comme "capitaliste".

Le prix de cette mutation accélérée.
En opposition à ces résultats, on objecte que les moyens mis en oeuvre pour y parvenir relèvent du "capitalisme pur et dur". L'exploitation des masses chinoises serait telle que l'explosion sociale menace. Et de citer, d'après les officiels chinois eux-mêmes, des milliers de manifestations d'ouvriers en colère, de paysans dépossédés de leur terre, d'incidents violents qui opposent la population aux autorités ou aux patrons.
Un tel boulversement entraine obligatoirement des situations de conflit, des répressions stupides, des mesures inadaptées, des retards inquiétants, des abus d'autorité.
Pourrait-il en être autrement ?
Il n'y avait pas, nous disait-on alors,  de conflits en Union soviétique.
Le socialisme s'y édifiait de façon harmonieuse.
Il n'en reste pas moins que le peuple n'a guère défendu, en 1991, le "socialisme" contre les contre-révolutionnaires, Eltsine et compagnie, qui l'ont décrèté "hors-la-loi". 
La Chine,  elle, n'en est pas au "socialisme'. Ses dirigeant comptent en décénnies le temps nécessaire à son édification.

A quel stade se situe donc alors la République Populaire de Chine ?
Nous tenterons de donner notre point de vue sur cette question, demain sur notre blog.

par Jean Lévy publié dans : international
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Lundi 24 mars 2008

Au  réveil, dès sept heures du matin, puis à midi et le soir, la radio, aussi bien France Culture que France Inter, a placé ses antennes sur le Toit du Monde. Les émissions sont toutes consacrées à la Chine et au Tibet. Les "experts" et les "spécialistes" de l'Empire du Milieu, tous les journalistes agréés, sont mobilisés pour dénoncer la politique de Pékin, et la répression que les autorités chinoises mènent à Lhassa. Pourtant, aucun évènement nouveau n'est survenu dans les dernières heures. Rien ne justifie, en ce lundi de Pâques, ce choeur de pleureuses qui réclament, à grands cris,  une condamnation catégorique et sans appel de la Chine communiste. En fait, il s'agit d'une campagne orchestrée visant à organiser le boycott des Jeux Olympiques, du moins la cérémonie d'ouverture des JO. Depuis, des jours, l'idée est lancée. Il est fait appel aux plus diverses personnalités pour les convier à faire leur, ce mot d'ordre. Déjà, des sondages "montrent" qu'une majorité de Français approuve cette attitude.
 
Les arguments des médias se déclinent sur trois registres :
1° "l'invasion" du Tibet par les Chinois,
2° la volonté de ceux-ci d'éliminer la culture tibétaine, et spécialement la religion, celle  des moines bouddhistes, et leur chef spirituel, le  Dalaï Lama,
3° la "répression féroce" exercée à l'encontre de la population.

A notre tour, dissertons sur ces trois points.

Peut-on parler d'"invasion" quand il s'agit d'un territoire qui, historiquement, a toujours fait partie de l'Empire du Milieu ? Seule, la période d'intervention coloniale des Etats occidentaux - de la fin du XIXème siècle à la Seconde guerre mondiale - a placé le Tibet dans la sphère "d'influence britannique", à l'époque où les impérialistes imposaient leur contrôle sur les ports chinois, à travers les "concessions" anglo-françaises et américaines.

Les Chinois s'en prennent-ils à la "culture tibétaine" ?
Si on en croit Brice Pedroletti, dans Le Monde des 23 et 24 mars :
"La faculté d"études tibétaines de l'Université des minorités du Sud-Ouest, à Chengdu (la capitale de la province du Sichuan, qui jouxte le Tibet), a emménagé en banlieue sur un nouveau campus. Jaya, un étudiant en sciences sociales, accepte de s'installer à une table de la cantine pour discuter. Pour Jaya, les émeutes de Lhassa où vit sa famille, sont le fait de jeunes désoeuvrés. 'Ils ne savent pas quoi faire, ils ont du ressentiment. C'est vrai qu'il y a une concurrence avec les Hans au Tibet. Les Hans peuvent partir de zéro et réussir. Ce n'est pas toujours facile de trouver du travail. Mais depuis dix ans, on se rend compte que le niveau de vie a augmenté. Même dans les campagnes, ils sont bien plus équipés en électro-ménager, par exemple'."
Que retenir de ces propos ?
Une nouvelle Université, destinée aux "minorités du Sud-Ouest", avec une "faculté d'études tibétaines", installée hors du Tibet pour les Tibétains y résidant, ne semble pas correspondre à la volonté de "casser" la culture tibétaine.
Selon le journaliste du Monde, à Chengdu, ville chinoise, on trouve normalement "des bureaux et des magasins" occupés par des Tibétains. Ce qui n'est pas le signe d'un quelconque appartheid.
Mais revenons à la "culture".
Les chroniqueurs de la radio s'inquiétent du fait que Pékin interfère au niveau de la religion bouddhiste. Le gouvernement, nous précise-t-on,  voudrait en faire une religion d'Etat. Et de comparer cette prétention avec celle des révolutionnaires français de 1789 qui ont imposé aux prêtres un engagement en faveur de la nouvelle constitution.
Autrement dit, le comble de l'horreur !
De quoi "conspirer avec l'étranger", et de préparer l'intervention de "l'Europe coalisée" pour mettre fin à de telles agissements !
Par le boycott des JO, par exemple.

Face à la répression, nos censeurss'effarouchent. Il faut réagir pour y mettre fin. 
Les bonnes âmes sont aux cent coups.
Pourtant, les mêmes regardent, indifférents, les Palestiniens de Gaza démunis et bombardés, réduits par Israël, à l'état de prisonniers dans leur propre pays.
Et c'est à l'Etat hébreu que ces défenseurs des droits de l'Homme apportent leur solidarité !
Bas les pattes de la Chine au Tibet ! scandent-ils à l'unisson.
L'Irak, depuis cinq ans, est agressé par les Etat-Unis,  occupé par ses troupes, pleurant son million de morts, son  peuple mutilé et ses villes détruites. Et  nos défenseurs de la morale jurent de leur amitié éternelle pour les  USA, malgré Guantanamo et la torture institutionnalisée, sans que le terrorisme d'Etat et la diplomatie de la cannonière ne leur créent d'état d'âme...

L'émotion à sens unique est suspecte.
Quoique nous pensions des évènements du Tibet, nous devons comprendre que la campagne orchestrée contre la Chine populaire fait partie de l'offensive générale que l'impérialisme, confronté à une crise profonde, mène contre les pays qui refusent de se soumettre à ses lois.
La haine des maîtres du Capital et de ses médias, à l'encontre des  dirigeants cubains, vénézuéliens, iraniens ou russes, n'a pas d'autres causes.
Un exemple de plus : pourquoi Poutine est-il mis au ban des accusés ? Serait-il moins démocrate que les princes de l'Arabie Saoudite et des Emirats ?
"Le Kremlin", écrit Le  Monde, "est bien décidé à reprendre le contrôle des richesses énergétiques du pays".
Au détriment des compagnies étrangères.
Et c'est çà qui pose  problème !

par Jean Lévy publié dans : international
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Mercredi 19 mars 2008

Les médias français évoquent aujourd'hui le cinquième anniversaire du premier jour de la guerre menée par les Etat-Unis contre l'Etat irakien. Tous, avec un bel ensemble, se démarquent de l'aventure. Mais sans jamais employer le terme d'agression . Tant dans la presse qu'à la radio ou à la télé, le qualificatif  de rigueur utilisé, c'est celui d'erreur, imputée à l'administration américaine, et tout particulièrement à George Bush. 
L'expédition militaire US, "justifiée" à partir de mensonges d'Etat - les armes de destruction massive détenues par l'Irak, les liens entre Saddam Hussein et El Qaïda - se poursuit  de nos jours, avec pour seuls résultats une occupation sans fin d'un pays, de centaines de milliers de morts civils irakiens, quatre mille GI tués. 

Mais que disaient les politiciens et la presse française de l'époque ?
On rappelle la "position de la France", celle exprimée alors par Jacques Chirac et son ministre des Affaires Etrangères, Dominique de Villepin. Notre pays ne s'étant pas rallié à la stratégie américaine, il menaçant d'un veto, toute résolution du Conseil de sécurité qui approuverait Washington. Parfait.  Mais on laisse entendre aujourd'hui que la classe politique toute entière a fait sienne cette position. Pourtant, de Villepin, ce matin, sur France Inter, a rappellé l'opinion contraire de Nicolas Sarkozy, déjà aligné sur les Etat-Unis.
En fait, il n'était pas le seul à montrer son allégeance à l'allié américain. 
Ainsi, "à gauche", Laurent Joffrin, alors directeur du Nouvel Observate