Ce matin, Hubert Védrine, répondant sur France-Inter à un interlocuteur qui posait la question au sujet du projet d’Union Pour la Méditerranée : « Ne
s’agit-il pas d’un accord entre les Etats, et non entre les peuples ? », l’ancien secrétaire général de l’Elysée de François Mitterrand, puis son ministre des Affaires Etrangères
(aujourd’hui, sollicité par Nicolas Sarkozy), ne nia pas ce propos.
L’interrogation de l’auditeur pose une question fondamentale : quel rapport y a-t-il entre "l’Etat et le peuple" ?
En effet, la confusion est extrême. Dans le langage politique, il est courant d’entendre ou de lire : « Paris estime…La France préconise …Nicolas Sarkozy n’est pas d’accord…ou Berlin attend…
l’Allemagne serait prête…Angela Merkel s’oppose… ».
Cette personnalisation ne fait que traduire la position des seuls gouvernements, pas celle des peuples.
En France, nous ne sommes pas en démocratie.
Non pas seulement parce que la population n’est jamais consultée ni sur les grandes questions concernant son avenir, ni sur ses choix de société.
Nous ne sommes pas en démocratie parce que le peuple est exclu des cercles dirigeants. Ceux qui gouvernent en son nom sont l’émanation directe des forces économiques qui décident de
l’orientation du pays, en fonction de leurs seuls intérêts.
Comme sous l’Ancien régime, une caste de privilégiés détient tous les lieux de pouvoir : de l’entreprise où le patron est roi, jusqu’au sommet de l’Etat qui dispose de tous les moyens
régaliens : la police, la justice, l’armée.
De plus, maître de l’Information, utilisée comme instrument de propagande, cette caste tente d’asphyxier l’opinion pour maintenir le peuple en état de soumission mentale. Aujourd’hui, les médias
– télés publiques ou privées, radios, journaux - dépendent directement du gouvernement et des puissances financières.
Certes, pour garder les apparences, chacun de nous est libre
d’exprimer son opinion.
Mais à quelle échelle ?
Les grands moyens de communication sont au service du pouvoir politique, ou propriété du pouvoir économique, qui, le plus souvent sont liés. Cette garde prétorienne de
l’esprit, sous des apparences faussement pluralistes, diffuse sur l’essentiel – la nature de la société dans laquelle nous vivons – des idées conformes à la
pérennité de la domination du Capital.
Seule la Loi du Marché et la libre concurrence ont le droit de cité, y compris au niveau de l’Education des futurs citoyens. Toute autre théorie économique est exclue du champ de
l’enseignement.
De même, l’étude de l’histoire est soumise à la censure et à la déformation systématique pour influencer, dès le jeune âge, les générations de demain.
Inutile d’insister sur la dictature exercée sur les salariés au niveau des lieux de travail. Les chefs d’entreprise, aujourd’hui, se sont attribués tous les droits sur une main
d’œuvre exploitée à merci. Le vote de lois par l’Assemblée aux ordres, remettant en cause tous les acquis sociaux, montre la connivence permanente entre politiques et patrons, au bénéfice de
ceux-ci.
Comment prétendre, dans ces conditions, que nous vivons en démocratie ?
Certes, les Français sont appelés à voter tous les cinq ans pour élire le président de la République et leurs représentants à l’Assemblée. Mais le jumelage des deux scrutins vise à accorder au
Président une majorité de "godillots", juste bons à entériner les décisions du pouvoir.
Quant à l’élection elle-même, elle n’est le fruit que d’un "affrontement" réduit entre deux candidats, d’accord entre eux, sur le choix de société. Donc, aucun risque de
modifier la nature du régime.
Ce système, en vigueur dans l’ensemble des Etats de l’Union européenne, est appelé "valeurs communes". Celles-ci n’ont rien de démocratiques,
malgré l’habillage que l’élite qui gouverne tente de leur donner.
Et la "Démocratie", ainsi exercée, est la valeur d’exportation la plus exploitée. C’est en son nom que la France, l’Union européenne, les Etats-Unis, font la leçon, sous
la bannière des Droits de l’Homme, largement déployée, aux Etats qui ne la pratiquent pas de la même manière.
Car nos gouvernants ont un tel mépris du peuple, du leur en particulier (en fait, ils en ont une grande peur), que le fait d’être privé de travail et de ressources suffisantes pour vivre,
ne pas bénéficier d’un logement décent, ne sont pas, pour le pouvoir, une atteinte première aux Droits de l’Homme.
Et le refus de procéder à un référendum sur le traité de Lisbonne,
pour la seule raison que la réponse serait Non, n’exprime t-il pas un souverain mépris du peuple ?
Or, il n’y a pas de Démocratie sans le peuple.
Soyons clairs : la France et les Français ne vivent pas en Démocratie.