Vendredi 11 juillet 2008

Ce matin, Hubert Védrine, répondant sur France-Inter à un interlocuteur qui posait la question au sujet du projet d’Union Pour la Méditerranée : « Ne s’agit-il pas d’un accord entre les Etats, et non entre les peuples ? », l’ancien secrétaire général de l’Elysée de François Mitterrand, puis son ministre des Affaires Etrangères (aujourd’hui, sollicité par Nicolas Sarkozy), ne nia pas ce propos.
L’interrogation de l’auditeur pose une question fondamentale : quel rapport y a-t-il entre  "l’Etat et le peuple" ?
En effet, la confusion est extrême. Dans le langage politique, il est courant d’entendre ou de lire : « Paris estime…La France préconise …Nicolas Sarkozy n’est pas d’accord…ou Berlin attend… l’Allemagne serait prête…Angela Merkel s’oppose… ».
Cette personnalisation ne fait que traduire la position des seuls gouvernements, pas celle des peuples.
En France, nous ne sommes pas en démocratie.
Non pas seulement parce que la population n’est jamais consultée ni sur les grandes questions concernant son avenir, ni sur ses choix de société.
Nous ne sommes pas en démocratie parce que le peuple est exclu des cercles dirigeants. Ceux qui gouvernent en son nom sont l’émanation directe des forces économiques qui décident de l’orientation du pays, en fonction de leurs seuls intérêts.
Comme sous l’Ancien régime, une caste de privilégiés détient tous les lieux de pouvoir : de l’entreprise où le patron est roi, jusqu’au sommet de l’Etat qui dispose de tous les moyens régaliens : la police, la justice, l’armée.
De plus, maître de l’Information, utilisée comme instrument de propagande, cette caste tente d’asphyxier l’opinion pour maintenir le peuple en état de soumission mentale. Aujourd’hui, les médias – télés publiques ou privées, radios, journaux - dépendent directement du gouvernement et des puissances financières.
Certes, pour garder les apparences, chacun de nous est libre d’exprimer son opinion.
Mais à quelle échelle ?
Les grands moyens de communication sont au service du pouvoir politique, ou propriété du pouvoir économique, qui, le plus souvent sont liés. Cette garde prétorienne de l’esprit, sous des apparences faussement pluralistes, diffuse sur l’essentiel – la nature de la société dans laquelle nous vivons – des idées conformes à la pérennité de la domination du Capital.
Seule la Loi du Marché et la libre concurrence ont le droit de cité, y compris au niveau de l’Education des futurs citoyens. Toute autre théorie économique est exclue du champ de l’enseignement.
De même, l’étude de l’histoire est soumise à la censure et à la déformation systématique pour influencer, dès le jeune âge, les générations de demain.
Inutile d’insister sur la dictature exercée sur les salariés au niveau des lieux de travail. Les chefs d’entreprise, aujourd’hui, se sont attribués tous les droits sur une main d’œuvre exploitée à merci. Le vote de lois par l’Assemblée aux ordres, remettant en cause tous les acquis sociaux, montre la connivence permanente entre politiques et patrons, au bénéfice de ceux-ci.
Comment prétendre, dans ces conditions, que nous vivons en démocratie ?
Certes, les Français sont appelés à voter tous les cinq ans pour élire le président de la République et leurs représentants à l’Assemblée. Mais le jumelage des deux scrutins vise à accorder au Président une majorité de "godillots", juste bons à entériner les décisions du pouvoir.
Quant à l’élection elle-même, elle n’est le fruit que d’un "affrontement" réduit entre deux candidats, d’accord entre eux, sur le choix de société. Donc, aucun risque de modifier la nature du régime.
Ce système, en vigueur dans l’ensemble des Etats de l’Union européenne, est appelé  "valeurs communes". Celles-ci n’ont rien de démocratiques, malgré l’habillage que l’élite qui gouverne tente de leur donner.
Et la "Démocratie", ainsi exercée, est la valeur d’exportation la plus exploitée. C’est en son nom que la France, l’Union européenne, les Etats-Unis, font la leçon, sous la bannière des Droits de l’Homme, largement déployée, aux Etats qui ne la pratiquent pas de la même manière.
Car nos gouvernants ont un tel mépris du peuple, du leur en particulier (en fait, ils en ont une grande peur), que le fait d’être privé de travail et de ressources suffisantes pour vivre, ne pas bénéficier d’un logement décent, ne sont pas, pour le pouvoir, une atteinte première aux Droits de l’Homme.
Et le refus de procéder à un référendum sur le traité de Lisbonne, pour la seule raison que la réponse serait Non, n’exprime t-il pas un souverain mépris du peuple ?
 
Or, il n’y a pas de Démocratie sans le peuple.
Soyons clairs : la France et les Français ne vivent pas en Démocratie.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Jeudi 3 juillet 2008

 

De loi en décrets, Nicolas Sarkozy organise un système de surveillance et de répression totalitaire, prêt à être utilisé en cas de besoin, c’est-à-dire dans le cas où sa politique conduirait à une contestation telle que son pouvoir pourrait s’en trouver menacé.

La dernière mesure prise dans ce sens, date du 1er juillet.

Il s’agit du fichier baptisé du doux nom d’ ELVIGE.

Les médias n’en retiennent que cette disposition aberrante : le fichage, dès l’âge de treize ans, des enfants « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public »…Et d’expliquer que ces jeunes individus, seront classés ‘DANGEREUX’, AVANT QU’ILS AIENT COMMIS LE MOINDRE DELIT.

Et donc de les répertorier sur ELVIGE, avec tous les renseignements les concernant.

On connaissait déjà la tentative de Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, de « déceler, dès la maternelle, les futurs délinquants ».

Aujourd’hui, il poursuit dans cette voie.

 

Au-delà, du caractère odieux du décret du 1er juillet, dans la possibilité de ficher des enfants, il faut bien voir la menace plus générale contenue dans ce texte. Il vise TOUS les citoyens qui exercent une activité sociale ou politique. ELVIGE constitue un véritable « carnet B » dans la guerre que le président prévoit contre « l’ennemi intérieur ».

Il s’agit bien-là d’une « loi des suspects » qui menace tous les opposants.

 

Le Syndicat de la Magistrature en a bien conscience.


C’est pourquoi il a publié le communiqué suivant, qui constitue une véritable mise en garde de la population contre ce décret infâme.



Communiqué de presse du Syndicat de la Magistrature

Un décret publié le 1er juillet 2008 au Journal officiel institue un nouveau fichier dénommé EDVIGE, organisant le fichage généralisé et systématique de « toutes personnes âgée de 13 ans et plus » « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». En clair, tous les citoyens ayant un jour souhaité s’investir pour leur cité.

Il est également prévu de ficher tout individu, groupe ou organisation dont l’activité est susceptible de troubler l’ordre public et de permettre aux services de police d’effectuer des enquêtes administratives pour l’accès à certains emplois ou à certaines missions, sur la base des éléments figurant dans le fichier EDVIGE.

L’enregistrement des données à caractère personnel n’a aucune limite, ni dans le temps ni dans son contenu, puisque pourront être répertoriées toutes les informations relatives aux fréquentations, au comportement, aux déplacements, à l’appartenance ethnique, à la vie sexuelle, aux opinions politiques, philosophiques et religieuses, au patrimoine, au véhicule etc….

Si le décret du 14 octobre 1991 permettait déjà aux Renseignements Généraux de récolter et détenir des informations sur les personnes majeures impliquées dans le débat public, EDVIGE étend considérablement le champ des données collectables, comme les motifs justifiant le fichage.

En effet, il s’agit aujourd’hui d’informer le gouvernement sur des individus engagés et non plus de lui permettre d’apprécier une situation politique économique ou sociale.

Malgré les recommandations du Conseil de l’Europe et les nombreuses réserves de la CNIL concernant ce fichier, le gouvernement fait le choix d’adopter un mode de recensement des populations particulièrement attentatoire aux libertés et au respect de la vie privée.

De même que la rétention de sûreté a vocation à prévenir d’un crime hypothétique, EDVIGE pourra avoir vocation à se prémunir contre toute forme d’opposition.

En effet, comment ne pas rapprocher EDVIGE (on s’interrogera au passage sur le choix d’un prénom féminin) d’un contexte autoritaire plus global qui remet en cause l’indépendance des médias, comme celle de la Justice, et qui mène une lutte permanente contre les acteurs du mouvement social ?

Cette dimension nouvelle du fichage politique introduit, au prétexte toujours bien commode de l’ordre public, un moyen puissant de dissuasion de toute forme de contestation ou d’opposition citoyenne. Le Syndicat de la magistrature appelle à la mobilisation contre la mise en place de ce fichier d’inspiration anti-démocratique et examinera toute forme d’action juridique pour empêcher sa mise en oeuvre

Paris, le 2 juillet 2008

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Vendredi 27 juin 2008

Sarcelles : les apprentis sorciers du communautarisme
Par Bernard Lanra, citoyen sarcellois républicain. 
Dimanche 22 Juin 2008Source : http://www.communautarisme.net 
 
Le député maire de Sarcelles, François Pupponi, successeur de Dominique Strauss-Kahn, porte-parole auto-proclamé de la banlieue, veut faire de sa villeun laboratoire vivant de la France de demain. Ils se garde pourtant bien defaire la promotion de certaines de ses recettes, des plus nauséeuses pour toutrépublicain qui se respecte. Dans une ville « communautarisée », selon ses propres termes, la réaffirmation des principes républicains devrait d'autant plus être de rigueur. C'est le contraire qui est pratiqué. L'exemple le plus édifiant et le plus scandaleux est celui de la « liste bleue », intégrée en grande pompe à la majorité municipale.

Petit retour historique. 

2001, dans une communauté juive inquiète de la recrudescence de l'antisémitisme, quelques personnalités locales ont la brillante idée de monter une liste communautaire aux élections municipales : la liste bleue. Ils tentent au préalable une négociation avec DSK et Pupponi selon les termes suivants. La communauté juive représente une partie importante de la classe
moyenne d'une ville en voie de paupérisation, elle doit à ce titre contrôler les compétences municipales clés. Le bon sens l'emporte à l'époque, la demande est jugée irrecevable et la négociation échoue. La liste bleue se constitue donc et se présente devant les électeurs. 45 colistiers triés sur des critères religieux, sinistre première. Le but
affiché : mettre la liste de gauche en ballottage et négocier entre les deux tours. DSK qualifiera pendant la campagne cette liste de « honte pour la république » (1). Malgré un score plus qu'honorable : 13,54%, le " front communautaire juif " ne parvient pas à ses fins, la liste Pupponi-DSK est réélue au premier tour avec 58% des voix. Les républicains et les laïcs sont soulagés… pas pour longtemps, car la partie n'est pas terminée, la liste bleue revient à la charge. Au lieu d'enterrer cet honteux épisode, Pupponi reprend le dialogue avec Gérard Uzan, chef de file de la liste bleue, qui siège en compagnie de deux colistiers au conseil municipal. La tactique de Pupponi, validée par DSK, est simple : cette alliance amène les voix d'une majorité de la communauté juive, de moins en moins encline à voter à gauche. En l'échange de son
soutien aux candidats socialistes locaux, la liste bleue intègre la majorité municipale. Peu importe si cette tactique conduit à faire reconnaître et valider institutionnellement le  communautarisme le plus intégral, seul le résultat compte. Devant les premiers signes d'alliance, certains communistes, partenaires des socialistes locaux, se rebiffent en distribuant un tract peu reluisant intitulé « le baiser de Judas »… Ils finirontpourtant par avaler la couleuvre, qui aura considérablement grossi entre les deux élections municipales. 
 
2007, DSK est en difficulté aux législatives face à Sylvie Noachovitch. Entre les deux tours, on sollicite la liste bleue, qui signe un tract et le distribue à dessein, aux abords de la synagogue et dans les boîtes aux lettres sur lesquelles est inscrit un patronyme juif… DSK est réélu avant
de s'envoler pour le FMI. 2008, élections municipales, la liste bleue réclame son dû. Pupponi paie rubis sur l'ongle en intégrant trois anciens de la liste bleue sur sa liste, délégations clés à l'appui. Gérard Uzan aura en charge l'action sociale, Fabienne Sroussi le logement, Charles Souffir le développement économique via la vice-présidence de la communauté d'agglomération. Voyant les portefeuilles principaux leur échapper, les partenaires de Pupponi, médusés, n'osent pas désavouer leur chef, tandis que l'opposition hésite à dénoncer cette alliance, les accusations d'antisémitismes peuvent fuser à tout moment. 

Pourtant, il y en aurait à redire. La liste bleue a constitué son propre groupe au conseil municipal. Fabienne Sroussi, juive pratiquante, porte la perruque et ne serre pas la main des hommes, ce qui est son droit, du moins tant qu'elle n'est pas élue. Car la laïcité en France prohibe tout signe religieux ostentatoire chez les représentants de l'Etat et interditque l'on traite différemment les citoyens. Mais à Sarcelles, en plus de ne pas pouvoir vous loger dignement, crise du logement oblige, si vous êtes un homme, vous n'aurez même pas droit à une poignée de main de la part de l'élue de référence.

De son côté, Charles Souffir, ancien Sarcellois habitant aujourd'hui Neuilly sur Seine, arbore la kippa en toutes circonstances. Riche entrepreneur, il possède à Sarcelles un immeuble, le Francilien, où il loge, contre loyers, des services municipaux. Un conseiller municipal qui fait des affaires avec sa propre municipalité, quoi de plus normal ? Après tout, l'emprunt pour financer la construction de son immeuble a été garanti par la communauté d'agglomération du Val de France, dont il est aujourd'hui le vice-président. En charge du développement économique, il peut peser dans les décisions d'implantations d'entreprises avec lesquelles, peut être, « travaillera-t-il ».
Le communautarisme se double ici d'un mélange des genres sur lequel la justice ne saurait tarder à se pencher. 
Enfin, à l'action sociale, Gérard Uzan, est un médecin respecté mais un politicien illuminé. Déjà colistier de DSK en 1990, il s'était alors rendu coupable de la plus odieuse des diffamations envers le maire RPR de l'époque en déclarant "en souvenir des six millions de nos frères morts" dans les camps, nous n'avons pas le droit de voter pour Raymond Lamontagne. Ce dernier, décoré comme résistant , portera plainte et la justice condamnera Gérard Uzan . Les associations de déportés auraient pu en faire autant : instrumentaliser la mémoire de la Shoah pour diffamer un adversaire politique, quelle horreur…! 

Aujourd'hui Pupponi, réélu à 69%, peut être fier de lui. Il n'a jamais perdu une élection. Il a, de plus, fait d'une pierre trois coups, bafouant tout à la fois les règles élémentaires de la laïcité, de la probité et du respect de la dignité des personnes. Il a ouvert la boîte de pandore du communautarisme politique en montrant la voie aux intégristes de tous bords : « pesez électoralement et vous obtiendrez tout ce que vous voudrez ».
Et dire que cet apprenti sorcier veut faire de Sarcelles un laboratoire de la France de demain.
 
Au secours ! 
 
1) Le Parisien, Edition Val d'Oise, 4 mars 2008.
2) Raymond Lamontagne est ancien officier de la 1ère armée de Lattre de
Tassigny.
3) Jugement du Tribunal de Pontoise du 9 mars 1990 condamnant Gérard Uzan
pour diffamation publique à 10 000 francs d'amende et 1 franc de dommages
et intérêts. 
 
 
 

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Vendredi 27 juin 2008

Un des maîtres de la cuisine française, propriétaire de restaurants huppés dans le monde entier (à Paris, New York, Tokyo, Hongkong, et bien sûr à Monaco) le sieur Ducasse a décidé de se faire la malle pour s’installer en territoire monégasque, afin d’y prendre la nationalité.
Le prince du dit lieu a acquiescé, fier de compter parmi ses sujets, une telle personnalité, très riche de surcroît, ce qui ne gâche rien.
Cet « expatrié » va ainsi être totalement dégrevé d’impôts. Au lieu de payer en France, 50% des somptueux profits qu’il réalise, il va, sur la grande Bleue, garder tout pour lui.
Cette situation inquiète nombre de députés UMP.
Pas du point de vue moral, certes. C’est l’aspect fiscal qui désole ces « élus du peuple ». Ils ne sont pas choqués le moins du monde par la fuite de capitaux qui pénalise le budget français. Non, ce qui les chagrine, c’est le lourd montant des impôts que les détenteurs de la fortune doivent payer dans l’hexagone.
Et l’un de ces députés de déclarer, tout gonflé de son commentaire, lancé comme une maxime: « Les pauvres de France ont besoin des riches de France ».
Une vraie phrase de noble, en 1788, parlant de la « roture ».
C’est l’expression d’un même mépris vis-à-vis de la « valetaille » et des « manants ».

En fait, monsieur Ducasse et ses congénères, qui placent leurs revenus hors du territoire national, sont des « déserteurs » économiques. Ils trahissent leur pays pour intérêt personnel, sans songer un seul instant au budget national, à la France, tout simplement.
Et leurs amis politiques, qui les transforment en martyrs, dénoncent dans la même tirade, les « faux chômeurs », qui encombrent les ANPE, les « faux malades » qui mettent la Sécurité sociale en danger, les « smicards », jamais satisfaits !

Telle est la morale du Dieu-fric et de ses adorateurs.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Mercredi 18 juin 2008

Hier, 17 juin, la nouvelle journée revendicative organisée par la CGT, la CFDT, la FSU et Solidaire, n’a pas rencontré le succès espéré par les directions de ces Confédérations.. Au contraire, elle a mobilisé moins de monde que la dernière, réalisée en mai. Pourquoi ? Depuis l‘automne dernier, de nombreuses manifestations de ce type se sont succédées au fil des mois. Chacune visait un aspect particulier de la politique de « contre-révolution sociale » accentuée par Nicolas Sarkozy depuis son élection à la présidence de la République. Cette « parcellisation » des objectifs syndicaux, le refus de globaliser tous les sujets de mécontentements, l’absence volontaire de stratégie du « tous ensemble », ont permis au pouvoir de poursuivre simultanément la casse généralisée de tous les acquis sociaux, des garanties collectives, du Code du Travail.
L’attitude démobilisatrice des Confédérations, scindant à plaisir les ripostes nécessaires à ces offensives orchestrées par le Medef et le gouvernement, a permis aux forces du Capital d’avancer, sans coup férir, à un rythme jamais atteint.
D’autre part, les organisations syndicales se sont, en permanence, refusées à démontrer le rôle essentiel de catalyseur, joué par l’Union européenne (par la Commission de Bruxelles et le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement des vingt sept pays membres) dans la mise en œuvre programmée de cette politique antisociale. Par cette attitude, la CGT, comme les autres syndicats, a désarmé idéologiquement la protestation sociale, dans chaque pays, berçant les peuples dans l’illusion d’une « Europe sociale ». Or, rappelons-le : l’Union européenne a été, depuis les origines de sa mise en chantier, construite pour imposer aux peuples, les orientations qui correspondent aux intérêts exclusifs du Capital. Aussi, attendre de celui-ci que de loup il devienne mouton, relève, soit de la naïveté politique, soit de la mauvaise foi. Comment attendre de la maffia, qu’elle opère sa reconversion en une association de bienfaisance …
La responsabilité des dirigeants syndicaux, en mal de reconnaissance gouvernementale, pèse lourd dans le sentiment d’impuissance ressenti par le monde du travail.
Pourtant le mécontentement grandit, s’élargit à d’autres couches de la population, touche d’autres catégories sociales. Le Capital financier, dans sa logique interne de profit maximum à court terme, est conduit à pénaliser des secteurs d’activité qui jusque là vivaient dans son orbite. Un nombre réduit d’hommes peut, aujourd’hui, s’enrichir hors des normes admises dans les décennies précédentes et concentrer dans quelques dizaines de milliers de mains, des fortunes colossales, y compris en franchissant, allégrement et sans dommage, la ligne jaune de la corruption.
Cette course effrénée à l’enrichissement sans limite est une course à l’abîme.
Parallèlement, jamais les salariés n’ont souffert autant qu’aujourd’hui. Nombre sont toujours privés d’emploi. Demain, ils seront contraints d’accepter des emplois au rabais ou la perte de leurs allocations. Soumis à la souffrance au travail, au stress permanent, au chômage partiel, les ouvriers, les employés, les cadres voient leur pouvoir d’achat fondre, mois après mois, le temps de travail s’amplifier, l’âge de la retraite devenir un horizon lointain.
Toutes les conditions sont créées pour rassembler toutes les victimes du Capital financier : les salariés du public comme du privé, les privés d’emplois, les retraités. Il est plus que temps de semer le vent de la révolte.
On ne peut plus vivre de son travail en 2008.
Face à une petite minorité de privilégiés, d’aristocrates de la finance et de leurs auxiliaires politiques et médiatiques, qui règne en maître en France, comme les « aristos » en 1788, il faut que le peuple se souleve.
Pour faire rendre gorge aux nantis.
Pour établir une autre société.
Pour le socialisme
.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Mardi 10 juin 2008

Le baron Ernest-Antoine Seillière, chef de la famille de Wendel, effectue donc la mutation de son entreprise : d'industrielle, elle devient financière.
En 2003, il préside le holding Wendel-Investissement. Cette société achète et vend des entreprises, prend des participations dans d'autres. Puis il les cède avec une confortable plus-value. Ainsi, Wendel-Investissement acquiert une large participation dans Legrand, l'un des leaders du matériel élecrique, et en 2004, rachéte Editis à Lagardère pour 600 millions d'euros.
Editis est le numéro deux
 de l'édition. Il regroupe, entre autres, La Découverte, les Presses de la Cité, Belfond, Plon, Bordas, Perrin, Le Robert...Cette opération trouve sa raison d'être en 2008. Cette année donc, Seillière revend Editis à la société espagnole Planeta. Wendel empoche, à cette occasion, une plus-value de 324 millions d'euros, que se partagent 14 dirigeants, le baron s'en réservant personnellement 79 millions !
La répartition de cette mâne spéculative a provoqué des remous. La propre cousine de Seillière, Sophie Levine Boegner, administratrice de la société crie au scandale et demande réparation. La réponse du patron de Wendel vaut le détour:
"Ma seule passion, depuis trente-deux ans, est la réussite de de Wendel, au service de sa famille et des actionnaires !".
On mesure là combien l'intérêt général est pris en compte par les capitalistes. Beaucoup n'ont plus en  vue la production de richesses, mais leur propre enrichissement. La spéculation est devenue l'essentiel de leur activité.
C'est sans doute la raison de l'accession d'Ernest-Antoine Seillière à la tête du CNPF, succédant à Jean Gandois en 1997, poste qu'il occupera jusqu'en 2005 - le Medef s'étant substitué entre temps au CNPF - remplacé alors par Laurence Parisot. S'il quitte la direction du syndicat patronal, c'est pour diriger l'UNICE, devenu depuis Business Europe.
Tout un programme.
Mais Seillière ne limite pas son activité à ces responsabilités patronales.
Faisant partie de "l'élite" française, européenne et mondiale,  il se devait, comme ses pairs, de faire partie du Groupe Bilderberg et de la société Le Siècle, où il retrouve dans ces clubs de milliardaires, les plus grands financiers, leurs hommes-liges de la politique et des médias.

Tel est le monde où nous vivons.
"Ils" appellent çà, la "démocratie" !

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Mardi 10 juin 2008

Le baron Ernest-Antoine Seillière de Laborde et sa société d'investissement Wendel-Investissement, devenue simplement Wendel, font ces temps-ci la Une de l'actualité financière.
Mais faisons d'abord connaissance avec l'histoire de la famille de Wendel.

D'une famille établie à Coblence en 1605, Jean-Martin Wendel fait l'acquisition des forges de la Rodolphe, à Hayange, en 1704. Il devient le premier "maître de forges", sous l'Ancien régime. La famille étend son emprise métallurgique, avec Ignace de Wendel, fondateur  du Creusot. Naturellement, les de Wendel émigrent sous la Révolution. Leurs biens, dont les forges d'Hayange, sont vendus comme 'biens nationaux'.
En 1804, François de Wendel revient en France, par la grâce de Napoléon Ier, et rachète Hayange. Au XIXe siècle, la sidérurgie lorraine, dominée par les de Wendel, atteint un développement considérable.
En 1871, Hayange fait partie des territoires lorrains annexés par l'Allemagne. Cet épisode ne nuit pas à la famille de Wendel, dont deux membres seront élus au Reichstag. Cela n'empêche pas l'industriel de fonder, en France même, les usines de Joeuf. Le profit s'ajoute et ne connaît pas de frontières.
Au XXe siècle, les de Wendel connaîssent leur apogée. François est élu député, puis sénateur. Il préside le bien connu Comité des Forges et devient l'un des régents de la Banque de France.
Il fait partie des "200 familles" qui font la loi dans notre IIIe République.
L'Occupation ne reduit pas, au contraire, les activités industrielles de la famille de Wendel. Sa production alimente la machine de guerre allemande...et les profits de la firme !
Après guerre, la sidérurgie française poursuit sa collaboration avec la sidérurgie d'outre-Rhin dans le cadre de  la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA). 
De Wendel fusionne avec Sollac, puis Sacilor, sous le nom de Wendel-Sacilor, puis de Sacilor en 1964.
A la fin des années 70, la sidérurgie française est sacrifiée sur l'autel de l'Europe.
En 1981, Sacilor en déclin,  est nationalisée. En 1986, elle opére une fusion avec Usinor, qui sera privatisé en 1995.
En 2002, Arcelor regroupera Usinor, l'espagnol Aceralia et le Luxembourgeois Arbed, ensemble qui sera repris par l'indien Mittal en 2007. 
L'industrie n'intéresse plus de Wendel. Le profit maximum est ailleurs.
Le chef de famille, le baron Ernest-Antoine Seillière (de Laborde, par sa bisaïeule) se tourne délibérément vers la finance.

Demain, nous examinerons cette nouvelle activité, des plus lucratives, du baron et ses autres responsabilités.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Lundi 9 juin 2008

De Monville Aymeric
 

Le philosophe et les liquidateurs 

Sur :
"De quoi Sarkozy est-il le nom ?"
 d’Alain Badiou

  On parle beaucoup, dans les médias, y compris L’Humanité, et jusque dans certaines sections du parti, du dernier livre d’Alain Badiou.
C’est un pamphlet qui répond aux lois du genre mais qui ne saurait pallier le manque d’analyse politique. Qualifier Sarkozy d’ « homme au rat » en référence à Freud et aux hiérarques du PS qui ont quitté le navire, est tout à fait cocasse. Montrer les points communs de l’idéologie dominante avec celle de Vichy n’est pas sans pertinence. Mais tout cela ne saurait constituer une étude des forces en présence. L’idée d’un front commun contre le Président actuel s’est imposée dans la gauche comme un lieu commun, d’où le succès du livre. Mais l’on devrait se méfier des évidences et des incantations. D’autant qu’une simple comparaison avec un pays proche, nous montre que l’anti-berlusconisme conçu comme alpha et omega du discours oppositionnel a eu pour conséquence de donner un blanc-seing au social-libéralisme italien. A ce compte, la stratégie d’union à tout prix contre la droite s’est soldée par la dilution des partis communistes et un virage à droite de toute la société italienne.

L’ « hypothèse » communiste
 
        Mais la raison du succès du livre en milieu communiste tient aussi au fait qu’un penseur de l’envergure médiatique de Badiou – intellectuel français le plus lu à l’étranger – revendique le terme de communisme. L’on ne saurait pourtant louer un auteur pour le simple emploi d’un signifiant.  

D’autant que le communisme selon Badiou se réduit à une « hypothèse », l’« idée pure de l’égalité ». Et notre auteur tient « absolument [à] distinguer cet usage du mot, du sens entièrement usé aujourd’hui, de l’adjectif ‘communiste’ dans les expressions comme ‘partis communistes’, ‘monde communiste’, pour ne rien dire de ‘Etat communiste’, qui est un oxymore auquel on a prudemment et logiquement préféré l’obscur syntagme ‘Etat socialiste’[sic]».
Et ce constat péremptoire n’est que le prélude à un long réquisitoire digne d’un inventaire à la Prévert : « Le marxisme, le mouvement ouvrier, la démocratie de masse, le léninisme, le Parti du prolétariat, l’Etat socialiste, toutes ces inventions remarquables du XXe siècle [sic], ne nous sont plus réellement utiles. Dans l’ordre de la théorie, elles doivent certes être connues et méditées. Mais dans l’ordre de la politique, elles sont devenues impraticables. »  

Passons sur la figure imposée, par le ballet médiatique, de l’abjuration du marxisme. Il est savoureux de noter que le « communisme » de Badiou consiste ici à se poser gravement la question de l’utilité du mouvement ouvrier ou du parti du prolétariat pour « nous » (qui est ce « nous » ?) et non pour les ouvriers eux-mêmes. Il est vrai qu’il est en cela parfaitement cohérent avec le gauchisme bourgeois de 68. Ce rapport utilitariste avec le mouvement ouvrier ou la « masse » l’ayant manifestement déçu, Badiou, le héraut de « l’idée pure de l’égalité », peut désormais les jeter comme un kleenex, c’est-à-dire, selon ses propres termes, les cantonner à « l’ordre de la théorie » pour mieux leur retirer désormais le droit à l’expression politique. Ainsi se précise ce « nous » dont parle Badiou : le petit clerc qui joue au philosophe-roi dans la République platonicienne… des lettres. En plus de faire table rase du communisme dans les formes qu’il a pu prendre jusqu’alors, Badiou prétend le réinventer da capo dans la solitude démiurgique du cinquième arrondissement, sous peine de tomber dans le stalinisme ou l’étatisme. Etatisme qu’il traque jusque dans le « crétinisme parlementaire » et les élections « piège à cons » puisque, en bon gauchiste, il conçoit la démocratie formelle non comme le produit imparfait d’un rapport de forces à un stade déterminé de l’évolution historique, mais comme une mascarade pure et simple. On l’aura compris : affranchie du mouvement ouvrier, la révolution doit rester un combat d’idées pures entre universitaires. Il ne reste plus qu’à prendre le maquis, dans la cour intérieure de la rue d’Ulm sans doute. Badiou n’a pas froid aux yeux ; il déclare crânement dans une interview[1] qu’à l’instar de Wittgenstein, le despotisme « ne le gêne pas ». Ajoutons que le ridicule non plus.

Jacquerie contre Sarkozy ?

 Si l’on devait définir Badiou, au sens léniniste et historique, on emploierait le terme de « gauchiste », ce dont il ne se cache pas. Comme Onfray, Negri et tant d’autres, il est l’un des pondus de Deleuze, du nomadisme organisationnel et du spontanéisme antiparti. A quoi il ajoute de solides réflexes de garde rouge montant à l’assaut des cadres – tous pourris évidemment – de la longue marche. Sans oublier sa fascination, typique du petit clerc, pour la violence anti-intellectuelle (cf. son éloge passé des khmers rouges).

  Mais de quoi Badiou est-il le nom ? D’un monde d’universitaires et de rentiers gradés de la République qui s’achètent une posture révolutionnaire sans se mouiller avec une organisation ouvrière. Histoire connue. Et c’est précisément le sarkozysme ambiant et sa répression sociale qui donne un surcroît de légitimité – et de confort ! – à cette posture qui permet de rester révolutionnaire dans l’idée pure en gardant les mains pures parce qu’on n’a pas de mains.
  La sarkozysation force les professionnels du discours « oppositionnel » à se radicaliser. Ce discours étant déjà chez Badiou, à l’origine, une « idée pure », une « pure » abstraction, cette radicalisation fait ressortir de façon comique l’écart béant entre le discours et l’action pratique. D’où les rodomontades antiparlementaires sur fond de revival mao.

  Mais ce qui aujourd’hui est particulièrement déplorable, c’est qu’on fasse un pont d’or à ces « théories » dans le parti et dans L’Humanité. « A la mesure avec laquelle l’esprit se satisfait, on peut mesurer l’étendue de sa perte », disait Hegel. Il ne s’agit pourtant pas là que de paresse intellectuelle, tant il est évident que les thèses de Badiou servent le clan des liquidateurs de notre parti, ceux qui, installés désormais – et c’est un comble – jusqu’au sommet de l’appareil, mijotent un congrès de Tours à l’envers. Il ne s’agit pas simplement de liquider l’organisation léniniste et les principes du Que faire ? dont l’efficacité n’était plus à démontrer. Il s’agit d’en revenir en deçà de Marx. Marx a passé sa vie à penser et à créer l’organisation. Il était membre lui-même de la Ligue des Communistes. Il ne proposait pas de pamphlets dans l’air du temps parés du terme de philosophie, mais l’étude scientifique des réalités concrètes. Or que nous propose-t-on ? Les coopératives de Proudhon ? Les phalanstères de Fourier ? La jacquerie contre Sarkozy ? Pour l’instant, tout ce que l’on constate, c’est que ces théoriciens du communisme du XXIe siècle n’ont d’autres projets que de faire marcher le mouvement ouvrier à quatre pattes.

Cette idée du communisme anti-parti n’est pas une théorie de plus dans la grande famille de  la gauche. Ce n’est pas une option possible. C’est la négation même de notre parti, maintenant instillé au sein même de sa direction. Lénine disait à juste titre que le prolétariat n’avait qu’une seule force, son organisation. Après les défaites récentes, il s’agit donc désormais de prendre au prolétariat tout ce qui lui reste. Ce n’est plus le temps des assassins, comme disait Rimbaud, c’est celui des liquidateurs de tranchées. 

 Aymeric Monville 

 

 

 

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Lundi 2 juin 2008


Jean Meslier,
curé et athée révolutionnaire

Introduction au mesliérisme et extraits de son œuvre

 

présentés par Serge Deruette

Préface de Roland Desné

 

Éditions Aden, collection « Opium du peuple », Bruxelles, 2008, 414 p., 22 €.

 

*

« Jean Meslier est un de ces grands solitaires dont l’humanité a besoin pour sonder l’abîme de sa destinée et lui en faire prendre conscience », avait écrit l’historien Maurice Dommanget.

Longtemps méconnu, Meslier, ce surprenant curé du début du siècle des Lumières qui non seulement était athée et matérialiste, communiste et révolutionnaire dans sa conception du monde et de la vie, fait aujourd’hui de plus en plus parler de lui.

Cette gloire actuelle, c’est en grande partie à Michel Onfray, l’auteur de best-sellers et vulgarisateur largement médiatisé de la philosophie, qu’on la doit. Il ne manque jamais de présenter le curé Jean Meslier pour ce qu’il a historiquement été : le premier véritable athée dans l’histoire de la pensée.

Le livre, Jean Meslier, curé et athée révolutionnaire. Introduction au mesliérisme et extraits de son œuvre présentés par Serge Deruette, s’adresse d’abord et avant tout au large public, éveillé par les mentions récentes de ce curé athée qui revient à l’honneur dans les débats d’idées des émissions culturelles télévisées.

Mais, autant par son souci de vulgarisation que par sa rigueur dans l’argumentation et l’exposition des idées de Meslier et des débats que celles-ci ont suscitées, il comblera également les intellectuels amateurs de questions de philosophie, de religion ou d’histoire des idées.

 

*

 

 « Serge Deruette nous entraîne avec passion à la découverte du “mesliérisme”.

Le choix de textes qu’il présente ici est le meilleur qu’on n’ait encore jamais proposé. Par son ampleur et sa fidélité au dessein de Meslier, il offre à un large public une juste approche de l’œuvre du curé. »

 

(Roland Desné, « Préface »)

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Samedi 10 mai 2008

Samedi 10 mai, le Président de la République a pris la parole, dans les jardins du Luxembourg, "dans le cadre de la journée commémorative des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions", pour reprendre les termes du communiqué de l'Elysée.
Nicolas Sarkozy  a appelé "à regarder de façon lucide et apaisée" ce "crime contre l'humanité". Mais il ne s'est pas étendu sur la réalité concrète de l'esclavage, officialisé au XVIIème siècle, par le Code Noir.

Rappelons donc que ce Code a été institué par Colbert, le ministre de Louis XIV, par l'ordonnance royale de 1685, l'année de la Révocation de l'Edit de Nantes. Ce Code définissait le Statut juridique des esclaves en plus de quarante articles.
Nous pensons utile de reproduire, ici, nombre d'entre eux, pour mesurer l'extrême sauvagerie du système de "marchandisation de la condition  humaine".

                                           CODE NOIR             
 
Article premier.
Voulons et entendons que l'édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Article 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. ~[... ]

Article 3. Interdisons tout exercice public d'autre religion que de la catholique, apostolique et romaine. [... ].

Article 15. Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis; à l'exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connues.

Article 16. Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lis; et en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers et qu'il n'y ait contre eux aucun décret.

Article 18. Défendons aux esclaves de vendre des cannes à sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine de fouet contre les esclaves, et de dix livres tournois contre leurs maîtres qui l'auront permis, et de pareille amende contre l'acheteur.

Article 19. Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché, ni de porter dans les maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connues, à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restriction du prix par leurs maîtres, et de six livres tournois d'amende à leur profit contre les acheteurs.
 
Article 21.
Permettons à tous nos sujets habitants de nos îles de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés ~lorsqu'ils n'auront point de billets de leurs maîtres, ni de marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si les habitations sont voisines du lieu où les esclaves auront été surpris en délit; sinon elles seront incessamment envoyées à l'hôpital pour y être en dépôt jusqu'à ce que les maîtres en aient été avertis.

Article 27. Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres; et en cas qu'ils les eussent abandonnés, les dits esclaves seront adjugés à l'hôpital; auquel les maîtres seront condamnés de payer six sols par chacun jour pour la nourriture et entretien de chaque esclave.

Article 33. L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

Article 34. Et quant aux excès ou voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort s'il y échet.

Article 35. Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, bœufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.

Article 36. Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes de sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes faits par les esclaves seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s'il y échet les condamner à être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice, et marqués d'une fleur de lis

Article 37. Seront tenus les maîtres en cas de vol ou d'autre dommage causé par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s'ils n'aiment pas mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort a été fait; ce ~qu'ils seront tenus d'opter dans les trois jours, à compter du jour de la condamnation, autrement ils en seront déchus.

Article 38. L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule; et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule; et la troisième fois il sera puni de mort.

Article 39. Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs seront condamnés par corps envers leurs maîtres en l'amende de trois cents livres de sucre par chacun jour de rétention; et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en dix livres tournois d'amende pour chaque sujet. [... ]


Le Président, au-delà de fortes paroles prononcées contre le système esclavagiste, n'a pas eu un mot pour en condamner les promoteurs et les bénéficiaires. Il lui est plus facile de considérer "la France", comme responsable de ce crime. Ce ne furent pas les "manants" mais les riches de l'époque qui sont à l'origine du Code. Sarkozy n'a pas évoqué les fortunes gigantesques amassées par les  négriers, les armateurs des ports de l'Atlantique, à l'origine des richesses immobilières que l'on peut encore admirer qur les quais de Bordeaux, de La Rochelle et de Nantes, pour le plus grand profit de grandes familles de la bourgeoisie portuaire actuelle.
Le Président n'a pas rendu hommage à la Révolution française, plus précisément à la Convention,  qui a aboli ce négoce sanglant le 17 février 1794.
Il n'a pas dénoncé Napoléon qui  rétablit l'esclavage en 1802.
Il n'a pas non plus célébré la révolte des Noirs de Haïti, dirigée par Toussaint-Louverture et la guerre de libération, qui infligea la première lourde défaite à l'armée impériale.

Certes, les enfants des écoles seront tenus d'apprendre les méfaits de l'esclavagisme.
Mais il leur sera présenté comme un phénomène d'autrefois, qui n'a plus cours de nos jours.
Pourtant, l'exploitation des hommes n'a pas cessé avec le Code Noir. Le colonialisme, autre forme d'esclavagisme, a sévi tout au long du XXème siècle, même s'il a évolué dans ses formes,  sous la pression des peuples soumis.
Et Nicolas Sarkozy saluait, encore récemment, "les points positifs de la colonisation"...
Il n'a pas parlé non plus de l'esclavage moderne, de la mort au travail, des tués par les cadences et l'amiante, des suicidés et des condamnés par le stress et l'exploitation sans limites.
Il est vrai que le Président a été promu à l'Elysée par les nouveaux négriers.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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