Interview de Vladimir Tchijov,
accordée à l'agence d'information Rossiya Segodnya le 31 janvier 2015
02-02-2015
Question: Monsieur Tchijov, bonjour. Est-ce que la communication entre les représentants de la Russie et de l'Union européenne s'active?
Réponse: Indéniablement. Je viens de m'entretenir avec le premier vice-ministre russe de l'Intérieur. Il a mené des négociations et partagé son expérience avec l'UE et la Belgique en matière de sécurité des grands événements sportifs en prévision de la Coupe du monde de football de 2018. La semaine dernière, nous avons réuni le Quartet pour le Moyen-Orient. Jeudi s'est déroulé un événement au Parlement européen. La communication suit donc son cours. Nous préparons également la réunion des directeurs politiques de la Russie et de l'UE. J'espère qu'elle se tiendra fin février à Moscou.
Question: Le dialogue sur la question énergétique se poursuit-il avec le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic ou son cabinet?
Réponse: Oui, il se poursuit. Je l'ai récemment revu après son retour de Moscou.
Question: La Commission européenne a annoncé qu'elle analyserait l'intention de la Russie d'abandonner le transit via l'Ukraine après 2019 et de vendre le gaz aux consommateurs européens à la frontière turque et grecque. Y a-t-il une interaction à ce sujet?
Réponse: Bien sûr.
Question: La visite à Moscou de la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini est-elle toujours prévue?
Réponse: D'après mes informations, elle en a effectivement l'intention et elle le confirme via ses délégués. Des médias ont spéculé sur le fait qu'elle n'aurait pas osé soulever cette question lors du dernier Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l'UE parce qu'elle n'y aurait pas été autorisée. Mais Mme Mogherini n'a besoin d'aucune autorisation du Conseil. Elle est suffisamment autonome et son statut le lui permet. Et elle est disposée à venir à Moscou. Il faut évidemment choisir le moment opportun. De plus, nous partons du fait que des consultations doivent se tenir, avant sa venue, au niveau des directeurs politiques. Nous travaillons actuellement sur une date concrète. J'espère que ce sera fin février à Moscou. Nous serons représentés dans ce format par le vice-ministre des Affaires étrangères Alexeï Mechkov, et l'UE par Helga Schmid, secrétaire générale adjointe du Service européen d'Action extérieure (SEAE).
Question: Il y a un an, une déclaration sur la lutte commune contre le terrorisme était adoptée au sommet UE-Russie. Que fait-on aujourd'hui dans ce sens?
Réponse: Actuellement, nous préparons les consultations au niveau des experts, on cherche une date.
Question: Vous avez récemment déclaré que les autorités de l'UE devaient influer sur Kiev. L'UE a-t-elle des leviers d'influence, si oui, pourquoi ne les utilise-t-elle pas?
Réponse: Évidemment, elle en a. Le problème n'est pas celui d'une absence ou d'un manque de moyens, mais bien un déficit de volonté politique chez les 28 pays membres. L'encouragement permanent du "parti de la guerre" à Kiev en est en grande partie le résultat.
Question: La situation économique de la zone euro, et par conséquent de l'UE en général, est difficile. Quel est l'avis de vos collègues et partenaires de l'UE à ce sujet?
Réponse: Ils estiment, et je pense qu'ils ont leurs raisons, que les phénomènes de crise actuels sont surmontables. Ils sont prudents quant aux délais, mais partent du fait que les récentes actions des autorités de l'UE étaient justes. Même s'il est clair que cette année sera très difficile pour l'UE.
Question: A l'approche des élections en Grèce, les discussions avaient repris concernant une éventuelle sortie du pays de la zone euro. Les élections sont passées. Quelle est votre appréciation de ce risque aujourd'hui? L'Europe est-elle prête à une telle tournure des événements? A quoi faut-il s'attendre?
Réponse: Je ne suis pas de ceux qui lisent l'avenir dans le marc de café. Les forces politiques arrivées au pouvoir en Grèce – car il ne s'agit pas seulement de Syriza mais aussi de son partenaire cadet de coalition, les Grecs indépendants - sont unies par le rejet de la politique d'austérité qu'elles assimilent à Bruxelles et personnellement à Angela Merkel. Mais elles ne prônent pas la sortie de la zone euro. Elles préconisent la révision du mémorandum qui permet à la Grèce de recevoir des crédits du FMI et de l'UE. Et ce sera l'objet des négociations. Je pense que les créanciers grecs sont conscients de l'impossibilité de surmonter le problème sans faire de concessions. Je pense également qu'Athènes comprend qu'il sera difficile d'agir sans un accord. Il est difficile de dire quel sera cet accord et combien de temps cela prendra. Mais il est parfaitement évident que ce sera un processus laborieux et difficile.
Question: Le Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l'UE s'est achevé. Il a été décidé de prolonger jusqu'en septembre 2015 les sanctions qui étaient en vigueur jusqu'au 17 mars.
Réponse: Il s'agissait des sanctions liées à la Crimée. Compte tenu de la position obstinée de l'UE sur ce dossier, je pense qu'il serait naïf d'espérer une levée rapide des sanctions vis-à-vis de la Crimée. L'UE ne sera pas particulièrement touchée par ces mesures "criméennes". Elle est davantage affectée par les sanctions sectorielles économiques contre la Russie. Je pense qu'il est plus réaliste de parler de la perspective de leur annulation.
Question: Cette perspective est-elle envisageable dans le courant de l'année?
Réponse: Bien sûr. Probablement aux alentours de l'été. Mais je noterai que les sanctions ne font pas l'objet de notre dialogue avec l'UE.
Question: Parlons de l'initiative de création d'une chaîne russophone qui serait diffusée dans les pays du Partenariat oriental et, si je comprends bien, au public russophone de l'UE.
Réponse: Je citerai la déclaration du Ministre finlandais des Affaires étrangères. En répondant à la question de savoir pourquoi Helsinki ne soutenait pas l'initiative de quatre pays de l'UE il a déclaré, en s'adressant concrètement aux représentants des pays baltes, que la Finlande avait toujours reconnu et pris en compte l'importance de ce travail. C'est pourquoi il existe dans ce pays une chaîne et plusieurs radios russophones. Alors que les pays baltes ont repoussé le russe durant toutes ces années et ont ainsi involontairement tourné le public russophone vers Moscou. D'ailleurs, il existe une chaîne russophone en UE - Euronews.
Question: Permettez-moi de passer à l'Ukraine. Quelles sont les chances de trouver une solution politique, disons dans le courant de l'année?
Réponse: Il est possible de trouver une solution d'ici un mois, à condition que Kiev fasse preuve de volonté politique. Si les dirigeants ukrainiens disent qu'ils sont favorables au règlement politique tout en intensifiant les bombardements de Donetsk et de Lougansk, annoncent une nouvelle vague de mobilisation et demandent ouvertement et surtout en secret des armes à l'Occident, quand le Parlement ukrainien proclame la Russie pays agresseur et les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk organisations terroristes, on se demande de quel dialogue inclusif il peut être question.
Question: Quand pourraient se tenir les prochaines négociations sur l'Ukraine au "format Normandie"?
Réponse: Vous savez, peu importe le format – Normandie, Genève ou même Mars, l'importance est l'établissement d'un dialogue direct entre Kiev, Donetsk et Lougansk. Il n'existe qu'un seul format de ce type aujourd'hui, celui de Minsk. Savoir si, hormis l'OSCE et la Russie, il doit y avoir d'autres participants à la table des négociations est secondaire. Il faut avant tout la présence des représentants de Kiev, de Donetsk et de Lougansk avec un mandat approprié. En fait, j'ai un sentiment de déjà-vu. Dès l'apparition d'une perspective de règlement politique, même illusoire, quelque chose se produit immédiatement. Le crash d'un Boeing, l'attaque d'un bus, la situation à Marioupol...
Question: Quelque chose qui ressemble à une provocation?
Réponse: Absolument.
Question: Comment lutter? Peut-on se faire entendre auprès de l'UE?
Réponse: C'est précisément ce à quoi nous travaillons quotidiennement.
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