US : LA LOI DU WESTERN
Après la mort de deux hommes noirs qui ont succombé sous les balles d'un officier américain pendant un contrôle de routine, la question de la violence policière se repose dans un contexte explosif.
Depuis janvier 2016, 566 personnes ont été tuées par un policier aux Etats-Unis.
Un quart d'entre elles étaient des Afros-Américains.
Mais Obama ne se déplace que pour les policiers...

La tension est dramatiquement montée cette semaine aux Etats-Unis où la police est régulièrement accusée d'abuser de l'usage des armes à feu. Des vidéos publiées mardi et mercredi ont choqué l'Amérique. Elles montrent les derniers instants de deux Afros-Américains abattus par des policiers lors d'un contrôle de routine. Elles ont agi comme un électrochoc sur leur communauté et provoqué des manifestations de protestation.
Ces deux drames qui ne sont que les derniers d'une longue série symbolisant depuis quelques années la "question raciale" dans tout le pays: Trayvon Martin, Michael Brown, Freddy Gray, Eric Garner, Akai Gurlay, Tamir Rice,Kajieme Powell, Christian Taylor... et maintenant Alton Sterling et Philando Castile, autant de personnes qui ont rejoint bien malgré elles les rangs des martyrs de la cause afro.
Ces événements tragiques se situent à la croisée de deux problématiques sociales: la violence policière et la discrimination. Deux dérives que les chiffres semblent clairement indiquer.
Parce que les chiffres officiels ne sont pas fiables (aucune loi n'oblige les services de police de déclarer publiquement les cas), il n'est pas facile d'obtenir des chiffres fiables du nombre de personnes tombées sous les balles de la police. C'est pourquoi des collectifs de citoyens et de journalistes ont entrepris de pointer chaque altercation avec la police se terminant par un mort. Les données obtenues par ce système collaboratif sont ensuite vérifiées sur la base d'articles de presse. Nous utilisons ici le jeu de données exploité par le Guardian, qui croise les relevés de plusieurs sources, Fatal Encounters et Killed by Police.
Si l'on devait mettre sur un calendrier chacune de ces "rencontres fatales", on se rendrait compte que depuis janvier, il ne s'est passé que quatre jours aux Etats-Unis sans qu'une personne ne soit tuée par un policier. Le 27 janvier et le 26 mai, sept personnes sont mortes lors d'événements distincts.
Il est impossible de juger ainsi la proportion de tirs justifiés et de tirs injustifiés, mais certains indicateurs, en plus du nombre conséquents de ces événements, laissent entendre que les policiers américains ont la gâchette facile. Le plus marquant est de savoir si la victime était armée ou non. Et si oui, de quelle arme.
En 2016, sur les 566 personnes abattues par un agent de police, seules 274 étaient armées d'une arme à feu. Soit moins de la moitié. 84 avaient un couteau, et 25 une arme à feu non mortelle. A l'inverse, 82 ne portaient sur elles pas la moindre arme.
Dans la plupart des postes de police du pays, aucun fonctionnaire n'a abattu de suspect en 2016. Et parmi les 425 où c'est le cas, on en compte 344 où ce n'est arrivé qu'une fois. Toutefois un petit nombre de postes de police semble beaucoup plus coutumier du fait que tous les autres: la police de Los Angeles a abattu 10 personnes depuis janvier, ce qui fait d'elle la plus meurtrière en intervention.
Toujours à Los Angeles, le service du Sheriff se classe troisième avec 7 personnes tuées. Si l'on y additionne les morts des services de police voisins, on arrive, pour cette seule région, à 40 morts. C'est la plus grosse concentration du pays, car la répartition est beaucoup plus équitable ailleurs.
La question qui soulève les passions aux Etats-Unis est de savoir si les policiers tirent plus souvent sur des suspects noirs. Une évidence pour les portes-paroles de la communauté noire et leurs sympathisants, beaucoup moins pour les fonctionnaires accusés de crime raciste. Les statistiques ethniques n'étant pas interdites aux Etats-Unis, cette donnée est disponible dans les relevés.
La catégorie ethnique la plus représentée parmi les personnes abattues par la police est sans conteste celle des Blancs, avec un total de 279 sur les 566 fusillades mortelles. Cela n'est pas surprenant puisqu'il s'agit également de la catégorie de population dominante. Les Noirs sont les deuxièmes plus représentés de ce tragique podium, avec 136 victimes.
Pari ailleurs, le Guardian relève que toutes les catégories de la population noire ne sont pas logées à la même enseigne. En 2015, 15% des personnes tuées par la police étaient des hommes noirs âgés de 15 à 35 ans. Le quotidien britannique en déduit qu'un jeune Noir a cinq fois plus de chances de tomber sous les balles d'un policier qu'un jeune blanc.
Toujours selon les chiffres de l'année complète de 2015, si l'on ramène le nombre de personnes tuées par la police par million d'habitants, le classement est bouleversé. Les Noirs passent en première position avec 7 tués pour un million, et les Blancs dégringolent de la première à la quatrième position, avec 3 tués pour un million.
"Je suis donc forcé de faire face au fait, et je crois que tous au Minnesota, nous sommes forcés de faire face au fait que ce type de racisme existe". Il a promis une enquête pour faire la lumière sur les raisons exactes de la tragédie.
Les Droits civiques aux Etats-Unis ont considérablement avancé et la ségrégation n'est plus depuis 1954. Pourtant, il ne fait pas bon être Noir dans ce pays, comme le relève le site Quartz. Prenant au mot, à la suite de ces deux drames, les paroles de certains commentateurs, ils se sont demandés s'il y avait aujourd'hui plus de morts à cause de la police que de Noirs lynchés du temps des lynchages.
Et côté policiers? Le Monde relève que selon l'organisation Officer Down Memorial Page, 57 officiers ont trouvé la mort en 2016. Si toutefois ce décompte n'est pas exhaustif, il reste incomparablement inférieur au nombre de personnes tuées par la police.

Olivier LAFFARGUE
Journaliste, Rédacteur photo
/image%2F1445552%2F20150209%2Fob_1e45f9_logo-communard.jpg)
