L'opinion de

La classe politique et les médias américains sont en émoi à la suite de la conférence de presse donnée à l’issue du sommet qui réunissait le président américain Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine. Au cours de cette conférence de presse, le président américain a en effet déclaré qu'il ne voyait “aucune raison” pour laquelle la Russie aurait pu interférer dans les élections présidentielles américaines de 2016.
Trump a-t-il voulu réitérer le "prodige" de son sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, et enterrer la hache de guerre avec son homologue russe pour se présenter une nouvelle fois comme l'artisan de la paix mondiale auprès de ses électeurs, dans la perspective des élections de mi-mandat qui auront lieu prochainement ? Si c'est le cas, l'opération semble avoir échoué cette fois-ci. Car l'ensemble de la classe politique et les médias américains ne mâchent pas leurs mots pour décrire l'attitude du président américain lors du sommet d'Helsinki.
"Une relation extraordinaire"
Avant la rencontre en tête-à-tête entre Trump et Poutine, Trump avaient dit qu'il pensait qu'ils “finiraient par avoir une relation extraordinaire”. Leur rencontre, qui ne devait durer que 90 minutes, a finalement été prolongée à plus de deux heures. Par la suite, Trump et Poutine ont été rejoints par leurs assistants pour une réunion, puis un déjeuner de travail.
Le sommet a pris fin avec la conférence de presse conjointe des deux présidents, au cours de laquelle Poutine a nié toute ingérence russe dans l'élection américaine. Le président russe a tout de même admis qu’il préférait que ce soit le candidat Trump qui remporte la présidence américaine, plutôt qu’Hillary Clinton, parce que le magnat de l’immobilier “parlait de ramener les relations américano-russes à la normale”.
Trump piétine des mois d'enquête des services du renseignement américain
Ce faisant, il a recueilli l’assentiment de Trump : “Il vient de dire que ce n'était pas la Russie”, a résumé Trump, semblant ainsi se ranger du côté du président russe, plutôt que du côté des services du renseignement américain, et reniant du même coup un acte d’accusation contre 12 agents du renseignement russe émis vendredi pour leur rôle dans l’ingérence russe dans les élections américaines. “Je dirai ceci, je ne vois aucune raison pour laquelle ce serait le cas”, a-t-il ajouté. Trump a aussi affirmé que “les deux pays” étaient responsables des mauvaises relations qu’ils avaient entretenues jusqu’ici.
Dans une interview qu’il a donnée à Fox New plus tard, le président américain a qualifié l’enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller sur une possible interférence russe “d’affaire bidon” de “chasse aux sorcières” qui a créé un "fossé" entre les Etats-Unis et Moscou, ajoutant que Poutine partageait son avis selon lequel c'était “une honte”.
Une "trahison"
L’attitude conciliante de Trump à l’égard de Poutine a suscité la consternation et la critique aux États-Unis, y compris dans les rangs des Républicains. Les démocrates et les républicains ont été stupéfaits, jugeant la prestation de Trump “honteuse”, “totalement incorrecte” y voyant même une “trahison”. L'ancien directeur de l'administration Obama, John Brennan, est allé jusqu'à qualifier le président de “rien de moins qu’un traître”.
Le chef de file des républicains au Congrès des Etats-Unis, Paul Ryan, a quant à lui exhorté le président à “réaliser que la Russie n’est pas notre alliée”. “Il n’y a pas d’équivalence morale entre les Etats-Unis et la Russie, [un pays] qui demeure hostile à nos idéaux et à nos valeurs fondamentales”, a-t-il dit.
Sur le chemin du retour, Trump a tenté d’amadouer ses critiques : “Ainsi que je l’ai dit aujourd'hui et plusieurs fois auparavant, j'ai une grande confiance en MON personnel des services d’intelligence. Cependant, je me rends également compte que pour construire un avenir meilleur, nous ne pouvons pas se concentrer exclusivement sur le passé - Etant les deux plus grandes puissances nucléaires du monde, nous devons nous entendre !”, a-t-il tweeté.
Poutine : "une “nouvelle voie” venait de s’ouvrir grâce au président Trump"
Dans une interview diffusée sur Fox News, le président russe Vladimir Poutine a estimé de son côté que les efforts occidentaux pour isoler la Russie avaient “échoué”, et qu’une “nouvelle voie” venait de s’ouvrir grâce au président Trump. Le président russe a jugé qu'il était naturel que Trump refuse de le critiquer : “Est-ce que ça valait la peine d'aller jusqu'à Helsinki uniquement pour s’insulter mutuellement ? ... Nous nous sommes rencontrés pour trouver un moyen d'améliorer notre relation”.
Et selon Le Point,
Donald Trump doit réaliser que « la Russie n'est pas notre alliée », a lancé le chef de file des républicains au Congrès américain Paul Ryan. Estimant que le sommet d'Helsinki avait été « une erreur tragique », le sénateur John McCain a vu dans cette conférence de presse l'« un des pires moments de l'histoire de la présidence américaine ». Le chef de l'opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a, lui, accusé le président de la première puissance mondiale de s'être montré « irréfléchi, dangereux et faible » face à son homologue russe. Nancy Pelosi, chef de l'opposition démocrate à la Chambre des représentants, a évoqué « un triste jour pour l'Amérique ».
"canempechepasnicolas" :
Ainsi, les médias français s'alignent naturellement sur l'Etat profond des Etats-Unis : tout pas effectué vers une coexistence pacifique avec la Russie, de la part du Président Trump, est considéré comme une trahison ! Il faut pour ce monde-là une tension permanente, pour le moins, afin que les affaires marchent, les affaires du bloc militaro-industriel en lien avec les services secrets, la CIA, le FBI et le secteur du numérique.
On pense avec effroi à la situation dans laquelle le monde serait si Hillary Clinton, l'égérie de ces gens-là, l'avait emporté aux élections présidentielles.
Trump, lui, représente un autre secteur du capital, celui de l'industrie civile, mines, métallurgie, bâtiment, intéressée par les infrastructures à remettre en état, les voies intérieures de communication, autoroutes, chemins de fer, nécessaires au bon développement du commerce interne et international, souci présidentiel n°1.
C'est pour cette raison que l'élection de Trump met en rage les fous de guerre des deux côtés de l'Atlantique. Et c'est pour cette même raison, partagée par Poutine, que nous souhaitons l'échec des manoeuvres de l'Etat profond visant le président américain.
Jean LEVY
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