
Les journalistes sont un peu tous formaté de la même façon et n’ont pas un vocabulaire très large, ils utilisent toujours un peu les mêmes mots, qu’ils soient de gauche, de droite ou d’extrême centre. Je ne vais pas dire ici que la pauvreté de leur vocabulaire reflète toujours la pauvreté de leur réflexion, mais il est frappant que ce sont toujours les mêmes expressions un peu vides de sens qui reviennent.
Passons sur les titres en forme d’interrogation qui commencent par Pourquoi. On suppose que c’est sensé aguicher le client qui se pose la même question, et donc on lui fait miroiter qu’on va y répondre. Le plus souvent la réponse est décevante, et au fil du temps on se détourne des articles de ce type.
C’est un peu comme les discours d’Edouard Macron ou d’Emmanuel Philippe, ils parlent pour ne rien dire, ils peuvent tenir comme ça des heures entières, mais au bout du compte ils ne nous ont rien expliquer de plus. Pendant la crise du coronavirus, tous les soirs on avait des conférences de Véran-le-véreux ou de l’ineffable Salomon. A part le décompte lugubre des morts et des malheureux hospitalisés, on n’était guère plus avancé.
Et on nous repassait en boucle les ineptes publicités pour les gestes barrières ou pour nous encourager à rester chez nous devant notre poste de télévision pour écouter les mêmes idiots répéter les mêmes imbécilités. C’était tout de même un peu déprimant.
Histoire d’angoisser un peu plus le citoyen les journalistes utilisent maintenant abondamment et plutôt deux fois qu’une le terme de pression on met ou on augmente la pression. Dans le domaine économique, alors que la bourse replonge bien comme il faut, le journal numérique, La Tribune, met la pression sur ses lecteurs en leur montrant combien les jours à venir seront difficiles.
Le 11 juin on apprenait ainsi que la Commission européenne sortait de son long coma, conséquence de la crise du coronavirus, pour mettre la pression sur l’alliance future entre Peugeot et Fiat. Mettre la pression en jargon journalistique ça veut dire que on empêche ou on rend difficile.
Donc dans le cas de la fusion Peugeot-Fiat, on voit que la sournoise Commission européenne, dominée par l’Allemagne, tente d’empêcher deux entreprises du secteur automobile en grande difficulté de s’en sortir. Mettre la pression c’est partir en guerre et désigne un affrontement dont l’issue est incertaine.
Ainsi Lufthansa entreprise du secteur de l’aviation – autre secteur en grosse difficulté – met la pression sur son concurrent Air France-KLM à qui l’Etat français vient d’offrir 7 milliards d’euros pour arroser ses actionnaires.
Comment met-on la pression dans ce secteur très concurrentiel ?
Tout simplement en licenciant à tour de bras. Ici il s’agit de 22 000 postes qui vont être supprimés ! cette annonce veut dire beaucoup d’abord que si Lufthansa licencie, ce n’est pas pour faire remonter son taux de profit ou pour abaisser ses coûts, mais pour emmerder Air France-KLM, pour tuer le concurrent. Ensuite cela anticipe évidemment sur l’excuse toute faite pour Air France-KLM de licencier à son tour quelques milliers de salariés qui coûtent trop cher. La pression est donc une arme pour accroitre la concurrence et pour tenter de préserver ou augmenter ses parts de marché.
Dans numerama, on trouve maintenant autre chose. Voilà Tesla, firme de fabrication de voitures électriques haut de gamme très prospère dont l’avenir est prometteur puisqu’il y a une forte pression pour la transition écologique.
Donc on se demande pourquoi Tesla se met elle-même la pression. La réponse est de le patron de cette boutique en veut encore plus, il veut augmenter les cadences, jugeant qu’on a perdu bien trop de temps avec le coronavirus et donc qu’il faut travailler un peu plus pour se mettre à jour et diminuer les délais de livraisons.
On comprend que la bataille n’est pas entre Tesla et ses concurrents qui ont du retard semble-t-il en termes de qualité du produit, mais entre la direction de Tesla et les salariés un rien nonchalants. Si c’est encore de guerre dont il s’agit, c’est entre la direction et les salariés que celle-ci se passe. Donc on comprend que l’usage flou de ce terme « mettre la pression » cache le fait que la direction met la pression sur les salariés et non pas sur elle-même.

« Mettre la pression » est une expression du langage familier, mais pas issu des quartiers populaires. Ça vient assez bien du langage managérial. Pour obtenir le meilleur rendement de ses salariés, il faut leur mettre la pression, c’est-à-dire les pousser dans leur dernier retranchement. Trump est lui aussi un adepte de la pression, il met la pression sur tout le monde.
D’abord sur les Mexicains qui voudraient bien venir travailler et vivre aux Etats-Unis en leur construisant un mur, puis sur les Chinois à propos de Hong-Kong ou du commerce international, puis sur les Coréens du Nord à propos des missiles, pendant la crise du coronavirus, à défaut de faire quelque chose de positif, il a mis la pression sur les industriels nous disent Les Echos en ordonnant à ceux-ci de produire en urgence des ventilateurs pour faire face à la pandémie.
De temps en temps il met la pression aussi sur la FED, c’est-à-dire la banque centrale des Etats-Unis qui en réalité n’a de compte à rendre qu’aux parlementaires et pas à lui, et qui en outre n’a jamais tenu compte de ce qu’un président lui ordonnait de faire.
Mettre la pression sur des institutions comme l’OMS, le Mexique, la FED ou la Chine, c’est équivalent à « faire les gros yeux ». Si ça marche, ça peut éviter une action militaire, car si ça ne marche pas, non seulement ça coûtera plus cher, mais en outre il faudra mettre la pression sur les militaires pour qu’ils acceptent de suivre le président.
Au moment des manifestations étatsuniennes en faveur de George Floyd et des émeutes qui ont suivi, Trump a tenté de mettre la pression sur les militaires pour les envoyer réduire les émeutiers. Mais l’armée l’a – disons le en langage familier – envoyé chier. Il avait usé de son langage de charretier également pour insulter des gouverneurs démocrates qui ne voulaient pas prendre la responsabilité d’un bain de sang.
Donc Trump a relâché la pression, en disant que vu l’évolution de la situation il n’y avait plus de raison d‘envoyer l’armée … qui d’ailleurs ne voulait pas y aller ! Comme disait Jean Cocteau, un imposteur qui s’y connaissait, puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur.
On voit que pour Trump mettre la pression s’apparente d’abord à faire de l’air. En effet, tous les journalistes qui relayent les bulletins des agences de presse qui eux-mêmes reprennent les communiqués du service de presse de la Maison Blanche, ne se posent pas la question de savoir en quoi ces multiples pressions sont efficaces.
Les journalistes ne se mettent pas vraiment la pression pour le comprendre, comme ils ne se mettent guère la pression pour chercher et trouver aux expressions qu’ils ont apprises à l‘école de journalisme.
Si on comprend bien les journalistes répètent les formules des attachés de presse qui sont pour la plupart des anciens journalistes. Trump en vérité est un président très passif qui ne fait pas grand-chose. Ce velléitaire signe par exemple des décrets en quantité devant des journalistes abasourdis qui devant autant d’audace confuse ne se demandent pas pourquoi la plupart de ces décrets très audacieux ne sont jamais appliqués. La moitié ne sont pas conformes à la constitution et tombent dans l’oubli, l’autre moitié ne verra jamais le jour.
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