Une dictature sans SA, ni SS, imposée par un ancien ministre de l'Economie pendant 42 ans et renversée par le peuple et des capitaines...
Par Jean LEVY
Comme chaque année, le 25 avril, nous célébrons la libération du Portugal, l'historique "Révolution des 0eillets", la révolte des "Capitaines" alliés du peuple en résistance avec le PCP, le Parti Communiste Portugais.
En cet avril 2022, nous devons nous rappeler que la dictature de Salazar, puis de Caétano, a duré 42 ans....
Economiste de formation, Salazar entra dans la vie politique en tant que ministre des Finances, puis Premier Ministre.
Il créa son rassemblement, l'"Union nationale", seul mouvement autorisé. Il décrivit et promut son parti comme un « non-parti » et annonça que l'"Union nationale" serait l'antithèse d'un parti politique, soutenant son régime, l'Estado Novo.
Opposé aux valeurs démocratiques, et d'abord au communisme et au syndicalisme, le régime de Salazar servit les intérêts de la grande bourgeoisie capitaliste et colonialiste.
L'"Estado novo" permit à Salazar d'exercer une dictature féroce. Il utilisa la censure et la police secrète, la PIDE, pour réprimer l'opposition, les communistes en premier, en arrêtant tout contestataireles (36 membres du Comité cental du PCP ont passé plus de 300 années en prison). - Un des opposants Humberto Delgado, qui contesta ouvertement le régime de Salazar lors de l'élection présidentielle de 1958, a d'abord été exilé puis assassiné par la police secrète. Salazar soutint Franco pendant la guerre civile espagnole...
La dictature du grand capital peut parvenir au pouvoir, et s'y maintenir des décennies durant, par des moyens légaux, sans uniforme, ni bottes, ni baudrier...
25 avril 2022
Une chanson : "Grandola vila morena" a été le signal du déclenchement de la Révolution des Œillets", la voici chantée par José Afonso.
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Grândola Vila Morena (Grândola Ville Brune)
Diffusée à la radio portugaise le 25 Avril 1974, elle déclencha la Révolution des Oeillets qui mit fin à la dictature que le Portugal endurait depuis 1933.
Grândola vila morena
Grândola ville brune
Terra da fraternidade
Terre de fraternité
O povo é quem mais ordena
Le peuple est celui qui commande le plus
Dentro de ti ó cidade
En toi, cité
Dentro de ti ó cidade
En toi cité
O povo é quem mais ordena
Le peuple est celui qui commande le plus
Terra da fraternidade
Terre de fraternité
Grândola vila morena
Grândola ville brune
Em cada esquina um amigo
A chaque côté un ami
Em cada rosto igualdade
A chaque face, l'égalité
Grândola vila morena
Grândola ville brune
Terra da fraternidade
Terre de fraternité
Terra da fraternidade
Terre de fraternité
Grândola vila morena
Grândola ville brune
Em cada rosto igualdade
A chaque face l'égalité
O povo é quem mais ordena
Le peuple est celui qui commande le plus
À sombra de uma azinheira
A l'ombre d'un chêne vert
Que já não sabia a idade
Qui ne connait pas son âge
Jurei ter por companheira
J'ai juré d'avoir pour compagne
Grândola a tua vontade
Grândola, ta volonté
Grândola a tua vontade
Grândola, ta volonté
Jurei ter por companheira
J'ai juré d'avoir pour compagne
À sombra de uma azinheira
A l'ombre d'un chêne vert
Que já não sabia a idade
Qui ne connais pas son âge
Quelle nuit! Quelle joie! Quel espoir!
Le 25 avril 1974 au matin
C'était la Révolution au Portugal !
Lisbonne, couverte d'oeillets rouges, se libérait de 48 années de dictature fasciste !
Le peuple portugais, les soldats et leurs capitaines en révolte fraternisaient dans les rues, les places et les boulevards de la capitale du Portugal
Tout cela avait commencé dans les casernes, tard dans la nuit : une chanson,Grandola, diffusée sur les ondes à minuit, donnait le signal
En 1974, c'est une chanson de J. Afonso qui donna le signal de la Révolution des oeillets au Portugal. Une révolution qui, sans verser le sang, mit fin à une dictature de soixante ans. Une chanson, des oeillets, une révolution pacifique: drôle de pays.
Jeudi 25 avril 1974. Lisbonne. Dans les studios de Radio Renaissance.
Minuit vingt minutes et dix-neuf secondes...
A cet instant précis, un journaliste et un technicien du son parviennent à tromper la censure et à mettre sur les ondes la chanson " Grândola Vila Morena " de José Afonso.
C’est le signal convenu avec le Mouvement clandestin des capitaines, pour lancer l’insurrection militaire contre le régime fasciste de Marcelo Caetano. A l’écoute de la chanson, les soldats rebelles sortent de leurs casernes.
Le soir même, le premier ministre, réfugié dans une caserne de la gendarmerie, se rend. La plus longue dictature d’Europe tombe, sans que, pratiquement, une goutte de sang ne soit versée.
La " Révolution des œillets " triomphe.
Tôt Le 25 avril 1974, au Portugal, des capitaines en rupture avec le système de Salazar se révoltent et prennent le pouvoir. La voix calme d'un mystérieux « Commandement du Mouvement des Forces armées» transmise par les radios de Lisbonne, Renascenta et Radio Clube donnant le signal de la révolte aux capitaines mutins, exhorte les gens à rester chez eux et à garder leur calme. C'est compter sans les sentiments de la population. Ne tenant aucun compte de ces conseils, répétés à intervalles réguliers, ils envahissent les rues et les places en se mêlant aux militaires. Le Premier ministre Marcelo Caetano se réfugie dans la principale caserne de gendarmerie de Lisbonne où un jeune capitaine de cavalerie, Salgueiro Maia, accepte sa reddition. Caetano, qui avait succédé en 1968 au dictateur Antonio Salazar, victime d'une attaque cérébrale (1899-1970), demande à remettre le pouvoir au général Antonio Spinola « pour qu'il ne tombe pas dans la rue». Puis le successeur du dictateur, est mis dans un avion avec un aller simple pour le Brésil. Seule la PIDE, la redoutable police politique qui a entretenu la terreur durant cinquante ans de salazarisme, oppose une résistance qui fera six morts. Elle est réduite durant la nuit. Toute la journée, une foule énorme s'est massée au centre-ville, près du marché aux fleurs, pour appuyer les rebelles de l'armée. Ce 25 avril 1974, c'est la saison des œillets. Le lendemain, Spinola, le « général au monocle », annonce la formation d'une Junte de salut national sous sa présidence, et lit la proclamation du Mouvement des Forces armée (MFA) qui propose de rendre le pouvoir aux civils après des élections libres et de mener la politique des « trois D » : démocratiser, décoloniser et développer. Pour le Portugal, la page est tournée presque sans effusion de sang. Indissociablement liées, la démocratisation et la décolonisation allaient être accomplies avec le concours des partis politiques : le Parti communiste, seul doté de fortes assises dans le pays, dirigé dans la clandestinité par Alvaro Cunhal, le Parti socialiste, créé en Allemagne en 1973 par Mario Soares(4), ainsi que les nouveau-nés : Parti social démocrate (PSD, libéral) et le Centre démocratique social (CDS,droite). Rentrés d'exil, Soares et Cunhal vont célébrer ensemble, dans une ambiance fraternelle, la première fête du 1er mai non interdite. |
Les chars convergeaient vers le centre et occupaient les lieux stratégiques.
La population, le petit peuple en tête, couvrait d'oeillets rouges les blindés libérateurs, et offrait aux fusilliers-marins ces fleurs, qui allaient orner leurs armes.
Ainsi, au terme de 48 ans de dictature de Salazar, puis de Caétano, et de 48 ans de résistance du PartiCommuniste Portugais, en lien avec la révolte des militaires, englués dans les guerres coloniales, le fascisme était vaincu...
Cette rencontre et cette entente entre le peuple et ses soldats permirent la victoire de la liberté.
Mais il faut savoir qu'une résistance populaire, animée par le Parti Communiste Portugais, et son secrétaire -général, Alvaro Cunhal, réduit à la clandestinité depuis des décennies, avait ouvert le chemin de la Révolution des Oeillets et à sa victoire.
D'un côté, cette résistance populaire et ses combattants communistes, victimes d'une féroce répression, les tortures généralisées et les cachots de la police politique du régime, la PIDE, menaient le combat quotidien sur le plan social.
Ils se mobilisaient à l'occasion du "Premero de Maio" , journée de lutte des travailleurs, organisant des luttes dans les entreprises, les chantiers navals, contre l'exploitation patronale.
D'autre part, ces militants héroïques combattaient les guerres coloniales sanglantes et prolongées, menées en Angola, au Mozambique et en Guinée Bissau.
"Nao a guerra colonial !", pouvait -on voir inscrit sur les murs.
C'est à partir de cette réalité que se sont retrouvés officiers subalternes et prolétariat urbain et agricole dans le combat convergeant contre le pouvoir des dictateurs, d'abord Salazar et puis Caetano, appuyés par les pays dits "démocratiques", la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
Alvaro Cunhal, le résistant communiste et Mario Suarès, l'emigré PS à Paris
Jean LÉVY : "je me souviens"...
"J'ai eu l'immense bonheur, le 30 avril 1974, de faire partie de la délégation confédérale de la CGT, invitée pour participer au premier 1er MAI libre à Lisbonne.
En effet, depuis 1972, j'opérais la liaison avec les syndicats clandestins portugais et la CGT française, à partir de nombreux voyages à Lisbonne, en particulier avec le Syndicat des Banques, et ceux de la Métallurgie, depuis ma présence clandestine au procès de trois militants de ces organisations, condamnés à deux ans de forteresse, après des jours et des jours de tortures par la PIDE.
Libérés, au bout de leur peine en 1973, la CGT française leur offrit un court sejour de repos en France pour leur permettre d'effacer les effets de la détention.
Depuis lors, j'ai gardé longtemps une amitié fraternelle avec ces camarades au cours de séjours renouvelés au Portugal.
Je me souviens du matin du 26 avril 1974, où à Lille en déplacement syndical, j'appris le "golpe" militaire à Lisbonne, ne sachant pas encore s'il s'agissait d'un "coup" de droite ou de gauche...jusqu'au moment où l'information fut donnée selon laquelle c'était "Grandola" qui en avait signifié le départ.
Or, je connaissais la chanson clandestine, fort répandue dans les milieux de la résistance communiste, que je fréquentais au Portugal.
D'où ma joie sans borne...
Je me souviens donc de mon arrivée à Lisbonne, le 30 avril 1974, dans le même avion que des réfugiés politiques, dont Alvaro Cunhal, lui-même, évadé de prison après 10 ans de détention et un exil à Prague.
Je me souviens de cette "Internationale" entonnée par tous ceux qui allaient retrouver leur patrie et leur combat, alors que la Caravelle tournait au-dessus de la capitale portugaise, avant de d'atterrir...
Je me souviens de l'accueil à la sortie de l'aéroport, du blindé sur lequel les soldats auréolés d'oeillets rouges, faisaient monter Alvaro Cunhal, au milieu d'une foule enthousiaste...
Je me souviens du meeting du Premier Mai, de la tribune où j'étais, tout près d'Alvaro (et aussi du leader socialiste, Mario Suarès, qui avait passé les dernières années de la dictature en France), face à 100.000 personnes, chantant l'hymne portugais, "l'Internationale"
et ..."Grandola"...
Jean LÉVY