Notre ami, Gilles Mercier, a fait les frais de "la libre expression", vue par l'Humanité.
Nous publions donc le texte de l'article refusé et les commentaires de Gilles.
"La Direction du journal l’Humanité a refusé de publier en tribune libre le texte figurant dans le premier document attaché.
Ce qui est son droit.
Mais elle n’a pas assumé sa décision en refusant de m’en expliquer les raisons. La seule explication très embarrassée du responsable de rubrique fut « cela va à l’encontre du discours dominant, la décision ne m’appartient pas, voyez avec la rédaction ! ».
P Le Hyaric, malgré mes relances est resté aux abonnés absents.
La résolution du 34e congrès du PCF dit :
« Il nous faut reprendre avec une vigueur renouvelée et avec constance un travail d’analyse, un effort théorique pour comprendre les bouleversements du monde, saisir ses contradictions. Le mouvement populaire a plus que jamais besoin d’une pensée émancipée de l’idéologie dominante, une pensée créative, imaginative, en perpétuel mouvement ». (souligné par moi).
Ma tribune libre s’inscrit dans cette démarche.
Plus loin, la résolution poursuit :
« Le respect de la diversité et la libre expression des opinions dans les débats que nous considérons comme un acquis irréversible ».
Visiblement, pour la Direction de l’Huma, la libre expression a ses limites.
Quelles peuvent en être les raisons ?
Le PCF a renoncé à être lui-même, c'est-à-dire à avoir une identité, une stratégie autonome. Comment pourrait il en avoir une, puisqu’il n’a toujours pas procédé à l’analyse de son recul ni à celle de l’effondrement du socialisme. ( Il est significatif que mon article ( http://www.humanite.fr/2009-03-19_Tribune-libre_Comprendre-l-effondrement-du-socialisme-un-enjeu-pour-le ) n’ait pas suscité d’écho chez les responsables du Parti !).
Personne ne veut affronter ces questions. Comme le PCF est né de la révolution d’octobre, l’effondrement du socialisme met en cause le bien fondé de l’existence même du Parti. Refuser d’analyser les causes de l’effondrement engage la Direction dans une logique d’effacement et à terme de disparition. Le PCF n’ayant plus de perspective à offrir, s’inscrit dans la pérennité de la société capitaliste ! Il en est réduit à accompagner les stratégies des différentes déclinaisons de la social-démocratie (PS, PG, NPA, les Verts, etc…) dont il est devenu le faire valoir. Comme chacune a une stratégie qui lui est propre, il navigue de l’une à l’autre, ce qui rend son discours peu lisible. N’ayant plus de lien avec le salariat, le PCF se maintient grâce à ses élus. Mais jusqu’à quand ?
Quel intérêt à voter communiste quand le journal l’Humanité comme la Direction du Parti ne parlent plus du Parti mais que de la gauche, quand tous deux se moulent par opportunisme dans l’écologisme ? Le résultat d’Europe Ecologie aux européennes, ne doit pas surprendre, tous les partis politiques se sont alignés sur le discours de l’écologisme.
Autant voter pour le modèle et non pour les copies opportunistes.
Le PCF et L’Humanité ne cessent de promouvoir l’imposture de l’éolien et du photovoltaïque mais sont très discrets sur le nucléaire. Evidemment, tous ceux avec qui le PCF cherche des alliances électorales sont contre le nucléaire civil ! Tout ce qui peut faire obstacle à la conclusion d’alliances électorales doit être écartés, fusse au prix de la promotion de l’irrationnel et de l’obscurantisme. Les pages écolo de l’Huma du jeudi en sont l’illustration. Bové à quitté MG Buffet pour rejoindre Cohn-Bendit, mais l’Huma perpétue son discours et son idéologie : celle d’une agriculture à faibles rendements, autosuffisante, produisant essentiellement pour un marché local. Pas besoin d’intrants, de semences sélectionnées, la connaissance scientifique la technologie doivent s’effacer devant le bon sens paysan de nos aïeux. La publicité donnée par l’Huma à Marc Dufumier, disciple de René Dumont et représentant de la fondation N Hulot, dans les ateliers du Grenelle de l’environnement en est l’illustration. Il est pour la taxe carbone, ( http://www.humanite.fr/2009-10-01_Idees-Tribune-libre-Histoire_Marc-Dufumier-Une-exigence-incontournable ) comme Attac (sans arrêt mis en avant par l’Huma pour masquer l’indigence de la réflexion du Parti) qui la trouve insuffisamment élevée et qui lui reproche de ne pas porter sur l’énergie nucléaire ( http://www.france.attac.org/spip.php?article10287). Les débats « bon chic-bon genre » d’Alain Obadia et Pierre Henri Lab avec le député vert Yves Cochet partisan de supprimer les allocations familiales au-delà du troisième enfant afin de lutter contre l’émission de CO2, ne font que valoriser les thèses ultraréactionnaires de ce dernier.
Valoriser des idées sans se poser la question de l’idéologie qui les sous tend peut amener à gérer de singulières contradictions.
Ainsi, le PCF est contre la taxe carbone, mais MG Buffet n’a elle pas signé avec les autres dirigeants politiques le pacte écologique de N Hulot dans lequel était revendiqué explicitement la mise en place d’une taxe carbone progressive ?
Ayant abandonné toute stratégie de reconquête du salariat, la Direction du PCF essaye de maintenir le PCF à flot en flirtant avec toutes les idéologies ayant l’apparence de la contestation. De l’écologisme à la décroissance, il n’y a pas loin. Paul Aries, apôtre de la décroissance, qui a rejoint le PG de Mélenchon, a droit très souvent aux colonnes de L’Humanité ( http://www.humanite.fr/2009-03-07_LeaderN_Crise-et-environnement-une-relance-durable-est-elle-possible , http://www.humanite.fr/2009-04-23_Tribune-libre_La-barbarie-programmee-du-capitalisme-vert , http://www.humanite.fr/2009-06-26_Tribune-libre_Un-symbole-du-capitalisme-vert ). Le PCF adopte de plus en plus le langage des décroissants, « lutter contre le productivisme » comme si le capitalisme produisait pour produire !
Le but de la Direction du PCF et de celle de L’Humanité est d’amener les communistes à accepter la création d’un parti fourre tout à la Die Linke dont les communistes seraient l’une des composantes.
L’écologisme habillé des oripeaux d’un verbiage anti-capitaliste est le vecteur de cette opération.
Il est évident que ma tribune libre « casse la baraque » à l’opération. S’il n’y a pas de consensus scientifique sur l’origine du réchauffement climatique*, le consensus politique dans lequel le PCF se moule afin de constituer des alliances n’a plus de raison d’être !"
Gilles Mercier
* L’absence de consensus scientifique sur la question était évidente lors de la conférence mondiale sur le climat dont curieusement la presse n’a pas rendu compte
/image%2F1445552%2F20150209%2Fob_1e45f9_logo-communard.jpg)