LES MOTS POUR LE DIRE
Le vocabulaire politique permet de dire tout et son contraire. « Démocratie » est l’un des termes utilisés, dans les médias et par les chancelleries, pour définir la forme la plus affinée des gouvernements d’aujourd’hui. Dans notre monde, il y aurait, d’une part, les « démocraties » et d’autre part, les « dictatures ».
Parmi les « démocraties », les médias, en général, décernent le prix Nobel de la « plus grande démocratie du monde » aux Etats-Unis, tout en faisant bénéficier du même honneur, la République indienne.
Ce double choix n’a pas pour raison les dizaines de millions de gens, voire les centaines de millions, qui n’ont pas les moyens de se soigner, ni le nombre des ‘sans emploi’, ni le niveau scolaire moyen de ces deux pays.
Ce ne sont pas ces critères là qui comptent.
Car, si on prenait en compte la santé, l’Education et la culture, ce seraient des « dictatures » comme Cuba, le Venezuela ou la Chine à qui serait décerné le prix.
Vous parlez d’un scandale.
En fait, les « démocraties » (ou ‘Etats occidentaux’, l’expression « nations blanches » étant démodée), doivent répondre à des critères précis :
- souscrire à l’économie de marché, donc au dogme de la « concurrence libre et non faussée »,
- .posséder des places financières et des indices boursiers dignes de ce nom,
- exporter leur modèle aux peuples trop sous-développés pour en comprendre toute la modernité
- considérer, en toute logique, l’ingérence « humanitaire », comme le vecteur normal dans les relations internationales,
- répandre la « démocratie » dans les Etats qui en sont dépourvus, en recourant à l’intervention armée, si besoin.
- ‘ficher’ la population, photographier les passants, enregistrer les communications pour se protéger des méchants et des fourbes, qui ne visent qu’à détruire la « démocratie »,
Mais pour être une vraie « démocratie », faut-il encore posséder des Assemblées élues et un gouvernement émanant du suffrage populaire.
Certes, il faut songer aux dangers que feraient courir les « ennemis de la démocratie » en utilisant la loi pour détourner la dite « démocratie » des objectifs rappelés plus haut. Aussi, le mode d’élection doit permettre d’écarter les éléments malsains de la société, ceux qui ne possèdent rien, de la possibilité de fausser les scrutins. Or, les démunis, les basses classes pourraient, étant majoritaires dans chaque pays, prétendre à la accéder à la direction des affaires.
La « démocratie » serait alors en péril, menacée par la « dictature ».
Il faut donc être vigilant.
La loi électorale, établie par les tenants de la « démocratie », ne peut qu’être le moyen pour aboutir au résultat escompté : la garantie pour la classe dirigeante de se perpétuer éternellement au pouvoir.
Certes dans l’Union européenne, dans vingt-cinq Etats sur vingt-sept, la loi commune, en matière électorale, demeure encore la « représentation proportionnelle », avec l’exclusive portée contre les listes qui n’atteignent pas un certain seuil de pourcentage.
On voit là les dangers qui planent sur la « démocratie ».
Aussi, le système, généralement en vigueur, consiste à limiter à deux formations (l’une et l’autre, adeptes des principes de l’économie de marché), le champ politique offert aux citoyens. Mais, parfois, d’autres partis (partisans, eux aussi, de la « concurrence libre et non faussée »), entrent dans le jeu parlementaire. Le remède est alors simple : des coalitions de partis, qui se combattaient la veille, s’unissent, droite-gauche, pour diriger ensemble le pays.
Mais il arrive que ces combinaisons, qui appliquent la même politique, lassent l’opinion. Les électeurs désertent alors les urnes. Ils s’abstiennent en masse, jusqu’à former la majorité.
Cette situation n’a pas que des désagréments : se faire élire par des minorités, fussent-elles minimes, n’empêche en rien de gouverner au nom du peuple. Au contraire, la mise hors jeu des citoyens qui ne se reconnaissent plus dans les partis, conduit à exclure de « l’Etat démocratique » les plus démunis, les pauvres, en général, les victimes de la politique menée.
Celle-ci, en toute quiétude, pourra être poursuivie.
Mais plusieurs précautions valent mieux qu’une.
Au lieu d’une Assemblée délibérante, même peu représentative, les élites françaises, échaudées par les deux derniers siècles, au cours desquels, le peuple a fait irruption dans l’histoire, sans y être convié, ont mis en place un système particulier.
Elu pour cinq ans, en même temps qu’une assemblée majoritairement courtisane, le Président, de par la Constitution, se considère « le chef de tout » et de tous les pouvoirs : exécutif, législatif, judiciaire et médiatique.
Il suffit d’une seule élection pour accéder au sommet de l’Etat.
Et une élection, çà se prépare grâce à la pub dispensée par tous les moyens de communication. Au bout de la route, un duel fictif avec un « opposant », d’accord sur le fond, choisi par les sondages dûment accrédités, détermine le vainqueur.
Telle est l’image idéale du jeu « démocratique » organisé.
Jusqu’au moment, où le peuple excédé, ne jouera plus.
Jean LEVY
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