Après le désaveu populaire
infligé le 23 mars
au gouvernement Hollande…
par Jean LEVY
Jeux de masques et jeux de cartes
Désorienté par l’ampleur du rejet populaire de sa politique, le gouvernement Hollande veut d’urgence « relooker » son pouvoir. Et de ressortir à nouveau du magasin aux accessoires son slogan : « Le changement, c’est maintenant ! ». Certes, la formule est usée. Il lui faut substituer un masque à un autre.
Mais il ne peut modifier sa politique : celle-ci est dictée de Bruxelles…Comment faire alors pour être crédible, au moins le temps qui nous sépare des élections européennes. Deux mois, ce n’est pas la mer à boire. Il ne peut rééditer son slogan « Mon seul ennemi, c’est la finance, elle n’a pas de visage… ».
Les Français penseraient que le président se paye à nouveau leur tête.
Les conseillers - et les élus PS inquiets pour leurs sièges - clament à travers les ondes qu’il est urgent de s’adresser à la nation. Tiens, celle-ci existerait-elle encore ? Et de susurrer que le message devrait être lancé avant dimanche…le jour du deuxième tour des élections municipales.
La preuve que ça urge et qu’en haut lieu on craint la Bérézina.
Sur le plan de la tactique électorale, le PS et son gouvernement n’ont pas attendu.
Dès le soir du premier tour, ils nous ont ressorti tout chaud le truc du « front républicain ». Comme en avril 2002 : « Votez Chirac, pour éviter Le Pen ».
Chacun mesure aujourd’hui l’intelligence du mot d’ordre. On est passé de Jean-Marie à Marine et aux pourcentages que cette dernière a obtenu le 23 mars.
Et en mars 2014, le Front républicain, c’est l’alliance avec le parti de Nicolas Sarkozy (et de son conseiller Patrick Buisson), de Jean-François Coppé, de la famille Balkany, de la droite dite populaire, autrement dit sensible au parfum frontiste.
Ceux que la majorité des Français ont chassé en 2012.
Mais, finalement, ce choix d’alliance – PS – UMP – est-il aussi incongru que ça de la part de ceux qui nous gouvernent depuis vingt-deux mois ?
Les uns et les autres n’ont-ils pas mené à l’Elysée comme à Matignon la même politique ? N’ont-ils pas les uns et les autres appliqué en bons élèves les directives dictées par la Commission européenne ? Ne sont-ils pas les uns et les autres les adeptes fanatiques du « marché libre et non faussé », de l’austérité qui en découle pour les non possédants, de la dissolution de la nation dans un ensemble européen soumis aux intérêts de l’oligarchie financière européenne ?
Si, bien sûr.
Rien sur le fond ne distingue un pouvoir PS d’un pouvoir UMP.
Alors pourquoi hésiter à se désister, quand on est un élu PS, pour un candidat UMP ? Les Allemands prennent moins de forme : Chrétiens démocrates de la CDU et Sociaux démocrates du SPD gouvernent ensemble pour appliquer la même politique.
C’est qu’en France, l’amalgame, au niveau du peuple, est difficile à réaliser. Du fait de l’héritage de la Révolution française, de la Commune de Paris et de la Résistance, la République et la Réaction, ce n’est pas la même chose.
Certes, le capital n’est pas fou. Il cerne bien les réalités. Il mesure exactement le rejet populaire des partis – ses partis - qui se partagent en alternance le pouvoir depuis trente ans.
Aussi, tient-il dans sa manche, un carte de rechange, celle du Front national, qui n’a servi jusqu’à présent que de leurre au peuple dégouté.
Peut-être est-il venu pour lui le temps de l’utiliser directement.
Pour maintenir son pouvoir, le vrai, celui de l’argent.
Un beau bilan pour François Hollande et le PS
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