ET MAINTENANT, EN IRAK ?
A défaut d'avoir pu imposer la "pax americana", les Etats-Unis ont réussi à plonger l'Irak dans un chaos total.
L'Otan continue son sale boulot de "formation" d'une armée d'assassins locaux.
A défaut d'avoir pu imposer la "pax americana", les Etats-Unis ont réussi à plonger l'Irak dans un chaos total
Pourquoi ne ferme-t-on pas l'Académie militaire de l'Otan et pourquoi les Belges qui y collaborent ne sont-ils pas rapatriés?
CP
Le Soir, 1
Le Soir, 1
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L'Irak A l'heure du « départ » américain,
les indicateurs nationaux sont alarmants
La guerre d'Irak n'est pas finie et elle n'est pas "gagnée".
Dans les faits, elle se trouve à un stade aussi critique qu'à n'importe quel moment depuis 2003. (.) L'Irak se trouve toujours à - au moins - sept à dix années de distance de quoi que ce soit qui puisse être appelé un " Etat", et à des décennies de son plein développement.
L'un des principaux experts américains sur l'Irak, Anthony Cordesman (Center for Strategic & International Studies, CSIS) ne décolère pas : depuis le 18 août, date à laquelle le président Obama a délivré un message de « mission accomplie », « juste aussi faux et irresponsable que celui prononcé par le président Bush », le titulaire de la chaire Burke de stratégie n'a de cesse d'aligner les chiffres : malgré le pétrole, l'économie de l'Irak est aujourd'hui l'une des plus pauvres par tête d'habitant ; Bagdad est à ce point touché par la grande récession que, depuis deux budgets, les fonds destinés au développement du pays et à la création d'une véritable force de sécurité sont utilisés pour payer les salaires et maintenir le faible taux d'emploi actuel. L'aide internationale massive ?
Elle s'est perdue dans la lutte contre l'insurrection, et les Etats-Unis se retirent à un moment où l'Irak n'a ni les fonds ni la capacité de pallier le départ de cette aide.
Après sept ans et demi de guerre, les Etats-Unis laissent l'Irak dans un état de sous-développement alarmant :
Après sept ans et demi de guerre, les Etats-Unis laissent l'Irak dans un état de sous-développement alarmant :
Aussi pauvre que Gaza.
Aujourd'hui, en terme de produit national brut (PNB) par tête d'habitant, l'Irak occupe la 159ème position, soit un niveau proche de Gaza et de la Cisjordanie occupée. Dans la région, seuls le Yémen et la Somalie se trouvent en situation comparable, en dessous des 5.000 dollars par habitant. Mais la particularité dramatique de l'Irak est d'être au même moment le champion (après l'Iran) de l'explosion démographique : ils sont 29 millions aujourd'hui, ils seront 56 millions en 2050 - presque exactement le double - avec un chômage des jeunes en explosion.
Chômage.
Officiellement, le taux est de 15,2 %. En réalité, il est de 30 %, un chiffre confirmé par le dernier état des lieux dressé en septembre 2009 par le Pentagone. Ce chiffre peu glorieux n'est atteint que grâce à deux facteurs : une économie informelle qui représente 25 % de l'activité du pays, et un Etat qui demeure le principal employeur. Le pire est à venir : chaque année, 313.500 Irakiens mâles atteignent leur majorité. Aujourd'hui déjà, leur taux de chômage (pour les 15-19 ans) est de 59 % !
Eau et nourriture.
3,1 % des ménages sont en état d'insécurité alimentaire ; 2,8 millions de personnes sont « extrêmement dépendantes » d'un système public de distribution de rations alimentaires qui, de l'aveu du gouvernement irakien, est « inefficace » et est une « aubaine pour la corruption ». L'industrie agro-alimentaire est toujours par terre, les réseaux d'irrigation n'ont pas été reconstruits. A peine un peu plus d'un Irakien sur quatre est satisfait de la distribution d'eau potable. Même à Bagdad, 89 % seulement de la demande d'eau est rencontrée (2,5 millions de mètres cubes par jour), et l'amélioration ne servira qu'à éponger l'explosion démographique de la capitale.
Électricité.
D'une part, la capacité réelle de production est loin d'atteindre la moitié de la capacité nominale, ce qui trahit l'état de vétusté de l'infrastructure. D'autre part, même en comptabilisant les importations massives d'électricité turque et iranienne, et en prenant pour référence le mois de juin 2010 (le meilleur depuis le début de la guerre), seuls 62 % de la demande estimée ont été rencontrés. Et il semble que la demande réelle soit supérieure à la demande estimée. Plusieurs zones du pays ne reçoivent que quatre heures d'électricité par jour. A cela s'ajoute un défi sécuritaire : les lignes à haute tension qui relient Bagdad à la Turquie ont fait l'objet de dizaines d'attaques depuis avril.
Et le pétrole ?
Il est la clé de l'équilibre budgétaire de l'Irak, et représente plus de 90 % des revenus prévisionnels de l'Etat. Mais la crise de 2008 a rompu les équilibres : le déficit de l'exercice 2010 sera de 19,6 milliards de dollars (sur un budget total de 72,4 milliards). La perte totale des seuls exercices 2009 et 2010 sera de 28 milliards d'euros. Selon Cordesman, ce gouffre « ne permettra pas à l'Irak de financer le développement de ses forces de sécurité ou le coût de la reconstruction économique et du développement ».
Pour le Pentagone, il s'agit d'un authentique camouflet : priorité avait été donnée à la reconstruction et la relance de l'industrie pétrolière. Or, le niveau de production actuel est inférieur à celui de septembre 2004.
Pour le Pentagone, il s'agit d'un authentique camouflet : priorité avait été donnée à la reconstruction et la relance de l'industrie pétrolière. Or, le niveau de production actuel est inférieur à celui de septembre 2004.
La guerre, à nouveau.
Cerise sur le gâteau, rien n'interdit de penser que la guerre puisse se rallumer : les défis sectaires, ethniques et tribaux restent entiers. Cela obligerait les 50.000 soldats US restés sur place jusqu'à la fin 2011 (au minimum) à reprendre les opérations de combat. Six brigades d'appui et de conseil demeurent en Irak avec une très haute capacité offensive. Et des plans secrets ont été élaborés en ce sens par le Pentagone : ils ne sont connus que parce que le US Government Accountability Office (leur « Cour des Comptes ») en a accusé réception.
Pourquoi craindre la reprise de la guerre ? L
e seul déficit budgétaire 2010 (19,6 milliards de dollars) absorbe largement les budgets totaux des ministères irakiens de l'Intérieur et de la Défense. Bref, la crise financière a tué le plan national de sécurité. CQFD.
Alain Lallemand
Sources : L'ultime rapport de la Défense au Congrès des Etats-Unis,, « Measuring Stability and Security in Iraq », septembre 2009 ;
et CSIS, « Iraq After Us "Withdrawal" : Economy, Democraphics, Budget and Trade », août 2010.
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