Blog international du Collectif « Indépendance des Chercheurs » (France)
24/06/2014
CNRS, recherche publique : manifestation du 24 juin
Ce 24 juin 2014, une manifestation est prévue à Paris, de la rue de Grenelle (devant le Ministère de l'Education Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche) à l'Assemblée Nationale (place E. Herriot).L'appel fait suite à la résolution de la séance plénière du Comité National de la Recherche Scientifique (CoNRS) analysée dans nos articles « CNRS, emploi, hiérarchies, privatisation... » (I) et (II).
Il complète ces « Propositions sur l’emploi scientifique du Comité National de la recherche scientifique » par le constat des menaces de coupures budgétaires additionnelles contenues dans laLoi de finances rectificative pour 2014 dont la discussion a commencé à l'Assemblée Nationale. La manifestation s'ajoutera, donc, à celle des cheminots de la SNCF contre le projet de loi sur la « réforme ferroviaire ».
Elle coïncidera également avec une large mobilisation des intermittents du spectacle. Est en cause en l'espèce la situation de l'emploi scientifique dans des établissements publics de recherche comme le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) alors que les universités dites « autonomes » rencontrent de leur côté des difficultés financières sans précédent.
La manifestation du 24 juin pour l'emploi scientifique est très largement justifiée et totalement nécessaire. Malheureusement, cependant, le cadre fixé est trop étroit par rapport à la nature des problèmes. Si la crise de l'emploi scientifique est une triste réalité, les problèmes actuels sont plus profonds et de longue date. A commencer par le rôle de l'Union Européenne et la pression que sa politique exerce sur la recherche et l'éducation depuis l'adoption de la stratégie de Lisbonne en mars 2000.
Pourquoi un tel silence récurrent à ce sujet de la part du CoNRS et de l'intersyndicale ?
Alors que la grève de la SNCF, qui se poursuit à ce jour, était et reste une occasion unique pour dénoncer le stratégie de l'Union Européenne imposant la privatisation à terme de l'ensemble des services publics français. Précisément, la précarisation de l'emploi scientifique a été une conséquence directe de la crise budgétaire de la recherche qui a éclaté début 2004, quatre ans après l'adoption de la stratégie de Lisbonne. Des « directeurs en colère » influents ayant à l'époque explicitement réclamé cette précarisation, que les dispositions adoptées par la suite ont progressivement instaurée. Le CNRS et l'ensemble des organismes publics de recherche sont ainsi devenus une cible privilégiée de la « nouvelle politique » ainsi instaurée.
L'adoption de la stratégie de Lisbonne a été suivie d'un véritable massacre des organismes publics de recherche comme le CNRS, à commencer par la création de l'AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) et de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) au détriment du rôle dirigeant national de ces organismes et de la recherche publique.
La Loi de programme n° 2006-450 du 18 avril 2006 pour la recherche a été le résultat d'un processus déclenché en échange des créations de postes annoncées en avril 2004. Elle a largement préparé la Loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) que la Loi n° 2013-660 du 22 juillet 2013 de Geneviève Fioraso aggrave encore.
C'était, notamment, un processus de précarisation avouée de l'emploi scientifique. Mais son contenu est plus profond, l'objectif étant la démolition et la privatisation de la recherche publique dans la logique de la stratégie de Lisbonne et de la politique globale de l'Union Européenne. Qui ose en parler ?
Suite à ce même processus destructeur, les universités déclarées « autonomes » par la LRU se trouvent confrontées à des difficultés financières sans précédent. La stratégie de privatisation de l'enseignement supérieur est également évidente.
Si la manifestation de ce jour est indispensable, ses mots d'ordre et ses explications restent très limités et autocensurés comme dans les propositions émises par le CoNRS. Même si les revendications formulées par l'Intersyndicale sont de toute évidence opportuns et nécessaires, l'approche globale ne paraît pas suffisante pour faire face à la situation actuelle.
Qu'il s'agisse de la résolution du CoNRS du 11 juin ou de cet appel intersyndical, on a affaire à des textes qui s'attaquent à des symptômes graves sans mettre en cause la maladie elle-même.
La politique de longue date de l'Union Européenne n'est d'ailleurs pas le seul « oubli ». Le rôle des hiérarchies et des coupoles administratives, la « managérisation » de la recherche, la mise en cause de l'indépendance des chercheurs, la souffrance au travail, les suicides récents d'agents des laboratoires du CNRS... sont autant de sujets évités dans ces déclarations.
Paradoxalement, alors que le CoNRS et l'Intersyndicale qui appelle à la manifestation du 24 juin gardent le silence à propos de l'Union Européenne et de la stratégie Lisbonne, c'est un ancien syndicaliste du SNCS (FSU, ex-FEN) à l'époque élu et membre instances du CoNRS, qui préside le Conseil Européen de la Recherche (Jean-Pierre Bourguignon) :
http://erc.europa.eu/about-erc/organisation-and-working-g...
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