au
CONGRES de la CGT
Jean-Pierre Delannoy, Métallurgie, ANF Crespin,
insiste sur le fait qu’il n’appartient à aucune organisation politique et précise :
« Ma candidature au poste de secrétaire général de la CGT est issue d’une convergence de militants qui se retrouvent sur une ligne de classe et de masse, soutenue par 2.000 signatures. Je suis donc légitime et il appartient au congrès d’en débattre. Le danger n’est pas le débat, mais l’orientation que veut imposer la direction sortante, laquelle tourne le dos aux valeurs qui ont fait la particularité de la CGT. Il faut redonner la priorité aux organisations de base, ne pas accompagner la politique gouvernemental. Il nous faut des objectifs clairs et précis plutôt que des repères évasifs : 300 euros pour tous, l’arrêt des licenciements et des suppressions de postes, le retour aux 37 années de cotisation pour les retraites, l’arrêt des privatisations. Enfin, nous affirmons que nous n’aurons pas de nouveaux droits sociaux sans le respect des libertés syndicales. Il faut en finir avec la spirale de l’échec du syndicalisme rassemblé. Sortons de la démarche consensuelle de sommet dans laquelle les salariés ne se retrouvent pas. Il faut de la volonté pour construire un rapport de forces ! Ce n’est pas avec des mobilisations tous les deux ou trois-quatre mois que l’on fera reculer le gouvernement. Ce sont les luttes qui rassemblent. Pas de restructuration dans la CGT qui l’institutionnalise, la technocratise. Ce sont les prérogatives des syndicats d’entreprise qui sont en ligne de mire. Arrêtons de répondre aux injonctions d’une CES, plus pressée de sauver le capitalisme qu’autre chose. On veut nous recentrer comme la CFDT. Le débat ? Ces trois derniers congrès, des milliers d’amendements ont été déposés, pas un n’a été retenu.»
Laurent Delaporte, Fédé ports et docks, Port autonome du Havre.
« Inquiet face au contexte et aux orientations de la Confédération qu’il estime en opposition totale avec les attentes de la base. Alors que les salariés sont bafoués au quotidien et massacrés socialement, que la précarité et la misère explosent. Cela devrait nous pousser à la lutte et nous ne comprenons pas l’attentisme de notre confédération, à un syndicalisme mou. Ce devrait être l’occasion d’une réaction de haut niveau face aux tenants des finances. A quoi servent la CES et la CSI, que pensent-elles, que disent-elles ? Qu’attendons-nous pour élever le niveau de la lutte, élargir le mouvement. En 2006, la CGT se glorifiait de la victoire contre le CPE, mais quelle victoire alors que la crise est toujours là ? Quelles actions contre la répression syndicale contre les atteintes aux libertés individuelles de ceux qui refusent d’être des moutons ? Toute attaque doit être combattue massivement et vigoureusement. La réforme de la représentativité nous met à mal et la confédération souhaite poursuivre ses restructurations, notre fédération s’y oppose. Nous sommes favorables à une mobilisation dès lors qu’elle ne se contente pas d’être isolée.»
Modjaverian Mahscid, Transport aérien, Sata, ne voit aucune dimension positive dans la stratégie d’action confédérale.
« Les journées d’action espacées ont étouffé le potentiel d’action et montrent que la priorité donnée au dialogue social par la confédération a dégradé le rapport des forces, à la base et pas dans les réunions de dirigeants. L’exemple vient du mouvement de 1995 au lieu défendre l’éclatement de l’action. Quand Bernard Thibault dit que la CGT n’a pas vocation à bloquer le pays ou quand Maurad Rabhi dit qu’il n’y aura pas de grève générale, je vous laisse juge... Je soutiens le syndicalisme de classe et de masse qui a disparu de la littérature confédérale. Ne laissons pas la main à ceux qui sont dirigés par Bruxelles et qui ne visent qu’à accompagner la régression sociale.»
Sophie Duquesne, Métaux, Chantiers navals de Saint-Nazaire, lit une déclaration de son syndicat, qui interroge la stratégie confédérale :
« Nous n’avons pas utilisé le rapport de forces pourtant qualifié d’impressionnant dans le texte du congrès. Erreur ou stratégie ? Le salariat a changé et le dialogue social aussi, on négocie des miettes dans les entreprises où il y a un syndicat et rien ailleurs. Beaucoup d’isolés étaient présents dans les actions et cela confirme un climat de confiance en progression. Mettre en échec la politique sociale demande de s’attaquer au Medef et nous étions dans un conflit offensif ; nous n’avons pas ouvert de perspectives et la date du 1er mai était une erreur. Six mois plus tard, nous sommes retombés dans les conflits défensifs ; unité oui, mais pour l’action. La CGT doit rendre publique ses propres propositions et elle ne l’a pas fait en 2009. Chaque fédé s’inscrit dans ses appels en ne regardant que sa situation. Il n’y a pas de lien. L’unité n’est pas abordée dans le document d’orientation, c’est pourtant un handicap majeur. La troisième partie du document nous semble bonne, mais insuffisante. Pour ces raisons, le syndicat s’abstiendra sur l’activité et le document d’orientation.
Alain Roque, FERC, Inra.
« Pas de débat tabou à la CGT ? Chiche. Sans revenir sur les journées saute-mouton, je veux me concentrer sur la défense de la fonction publique, de ses missions et du statut des personnels. Le rapport introductif pointe le sentiment d’isolement des salariés. Mais ne sont-ils pas isolés par la confédération qui a refusé un axe national d’interdiction des licenciements ? Bernard nous propose une grande campagne pour le maintien de la fonction publique : c’est vital. Mais posons-nous plusieurs questions. La mobilisation ne peut se faire que sur des revendications claires, sans ambiguïté ; les garanties statutaires ont un nom, c’est le statut. Son occultation dans les documents confédéraux n’a-t-elle pas à voir avec le statut du travail salarié ? Pourquoi les documents ne réclament-ils pas la suppression pure et simple des licenciements, des suppressions d’emploi, de la RGPP, pourquoi ne pas se prononcer pour la renationalisation des services publics ? L’oubli, pour ne pas dire l’abandon de ces revendications, n’a-t-il pas à voir avec la stratégie du syndicalisme rassemblé dès lors que les autres n’entendent pas les mettre en avant ? » Alain Roque termine son intervention en soulignant l’importance de la structure UGFF et propose la candidature de son secrétaire général à la commission exécutive confédérale.
Gérard Vaysse, Fédération de la chimie, Rhoda.
« Le soutien de la CGT aux fortes luttes en Guadeloupe est trop faible. La CGT a un peu trop fait la fine bouche et n’a pas forcément joué son rôle de fédératrice quand des entreprises licenciaient. Les Conti ont obtenu pour les plus de 51 ans le maintien de leur revenu intact jusqu’à la date présumée de leur départ en retraite. Et, pour le millier de salariés restants, six ans de garantie de salaire seront assurés. Quand l’entreprise nous fait défaut, le salaire doit être assuré. Le contrat de travail doit se poursuivre. »
Sophie Lacaze, déléguée du SGLCE.
« Nos patrons de presse, tous amis de Sarkozy, n’ont eu aucun mal à imposer au gouvernement l’organisation des fameux états généraux censés rassembler tous les acteurs (patrons, pouvoirs publics et syndicats) afin de trouver des solutions à la crise affectant les quotidiens (érosion du lectorat, baisse des ressources publicitaires, etc.). Mais le but inavoué de ces états généraux de la presse n’était rien d’autre que la casse des statuts et des conventions collectives du secteur et surtout la disparition programmée de la CGT, dont ces fameux ouvriers du Livre “responsables de tous les maux”. La plupart des dispositions prises lors de ces rencontres l’ont été au seul profit des chefs d’entreprise et des actionnaires et ont donné lieu, entre autres, à l’ouverture de négociations concernant le devenir des imprimeries de presse quotidienne nationale. Celles-ci ont débouché sur un plan dit Imprime, qu’il faudrait plutôt renommer N’imprime plus, qui entérine une fois de plus des réductions d’effectifs préjudiciables à notre rapport de forces et sur lesquelles il sera difficile de rebondir. Mais la grande nouveauté dans l’histoire de la presse parisienne est l’acceptation de mesures associées à des garanties douteuses comme ces licenciements préalables à toutes recherches de solutions sociales, qui risquent fort de laisser les plus jeunes sur le bord de la route et offre aux plus anciens une retraite par capitalisation. Est-ce bien là notre combat à la CGT ? De tous les syndicats CGT du Livre parisien, seul le syndicat des cadres et le SGLCE n’ont pas voulu signer cet accord. Nous réaffirmons, selon la résolution adoptée par le SGLCE lors de son dernier congrès, nos orientations vers un syndicalisme unitaire, de proposition et de lutte contre la division, la résignation et l’accompagnement des projets patronaux. »
Joe Chapuis, Fédération des organismes sociaux, Haute-Loire.
« Le syndicalisme attaque l’emploi, le salaire direct et le salaire socialisé. Les salariés sont victimes de la crise. Et d’ailleurs, personne n’en est épargné. Les 29 janvier et 19 mars ont été porteurs d’espoir avec des millions de salariés dans les rues. Mais nous n’avons pas su poursuivre. La suite des mouvements sociaux a été un échec. Ce qui interroge sur les stratégies adoptées. La casse de la protection sociale, la mise à mal des services publics, la privatisation de la Poste, la chute des moyens hospitaliers et les conséquences de la loi hôpital-patient-santé-territoires, la fusion ANPE-Assedic sont autant de coups durs. On culpabilise l’assuré social, suspecté d’être un fraudeur pour faire oublier la marchandisation de la Sécurité sociale. Face à tous ces constats, la CGT doit être beaucoup plus offensive et exiger l’arrêt des exonérations de cotisation, l’arrêt des licenciements. Sortir du congrès avec une résolution de ce type donnerait des perspectives aux militants. Un message clair pour permettre aux travailleurs de se mobiliser. »
Alain Le Maux, SPI.
« Les interventions des uns et des autres reflètent la réalité du paysage CGT : notre syndicat n’est pas parfait et existe dans un monde qui ne l’est pas non plus ! La direction confédérale devrait être plus à l’offensive. Les échecs de plusieurs manifestations le prouvent. Et pourquoi avoir signé une position commune autour de la représentativité et de la réforme du dialogue social. Des choix qui feront des dégâts. Il y a une nécessité de renouer avec l’indispensable débat contre le capitalisme. »
Yves Quignon, EDF Douai.
« L’objectif est de partir de la volonté des travailleurs pour créer un véritable rapport de forces. Les services publics sont attaqués de toute part. Nous avons le devoir aujourd’hui, avec les différentes structures, de construire une réelle convergence pour la défense de ces services publics, afin d’éviter de nouveaux reculs sociaux et l’augmentation des inégalités. Les divergences de points de vue font notre richesse, mais elles ne doivent pas être prétexte au détournement de nos règles de vie syndicale. Nous devons avoir nos débats dans nos structures que nous devons modifier et améliorer, mais attention à ne pas désorganiser la CGT et ainsi l’affaiblir. Il nous faut aussi réfléchir aux modes d’action à venir, car, pour beaucoup, l’insatisfaction demeure à la suite des fortes mobilisations du début d’année, qui n’ont pas apporté les résultats escomptés. »
A SUIVRE...
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