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Atlantico, un vent nouveau sur l'info

 

Tour d'Europe des campagnes pour les Européennes : direction l'Italie

 

Deuxième étape de notre tour d'Europe des campagnes pour les élections européennes : l'Italie, dont l'avenir économique dépend particulièrement de l'Europe. Les sondages confirment la montée en puissance du Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo qui prône "une autre Europe" à travers, notamment, un référendum sur l'euro.


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Atlantico : A l'approche des élections européennes, quels sont les principaux thèmes qui occupent les débats en Italie ? Par quels partis sont-ils portés, et sont-ils focalisés sur l'Europe en elle-même, ou bien les préoccupations d'ordre national prévalent-elles ?

 

Christophe Bouillaud : 

Il me semble que le mélange entre préoccupations italiennes et préoccupations européennes est intextricable dans cette campagne : tous les grands partis parlent pour une fois d'Europe, ou plutôt de la place de l'Italie en Europe, du rapport entre politiques publiques suivies en Italie et insertion du pays dans l'ensemble européen, et, en même temps, l'élection est jouée comme une élection nationale qui va déterminer le sort du gouvernement, les rapports de force entre grands partis pour les mois à venir, et enfin la capacité de survie de toute une série de petites et moyennes entreprises politiques. Ce second effet est renforcé par la concomitance d'élections locales dans certaines villes (comme lors des élections précédentes de 2009). Le principal thème est donc double : les dirigeants italiens peuvent-ils et doivent-ils intervenir sur le policy mix choisi au niveau européen ? L'Italie peut-elle s'adapter aux choix qu'imposent, ou semblent imposer, l'insertion du pays dans l'Union européenne ? En gros, les questions sont : comment faire pour sauver l'Italie (l'économie italienne) dans l'euro ? Peut-on changer l'euro pour sauver l'Italie ? 

Quelles sont les forces en présence, et à quels résultats s'attend-on ? 

Les trois forces principales en présence sont : le Parti démocrate (PD), centre-gauche, dirigé par Matteo Renzi qui cumule la fonction de chef du gouvernement et de chef du parti ; le nouveau parti de Silvio Berlusconi, qui a repris l'ancien nom de "Forza Italia" (FI) (1994-2008) et qui est toujours dirigé par ce dernier bien qu'il soit sous le coup d'une condamnation pénale définitive et qu'il soit même censé purger sa peine sous forme de "travaux d'intérêt général" dans une maison de personnes âgées (sic !) ; et enfin, le "Mouvement 5 Etoiles" de Beppe Grillo, le comique gênois devenu homme politique, le critique le plus radical qui puisse être de tous politiciens italiens. 

Le PD assume une politique pro-européenne qui vise à faire les réformes structurelles demandées par l'UE et à respecter les critères de Maastricht, tout en critiquant par ailleurs le policy mixeuropéen, encore trop austéritaire à ses yeux.

Silvio Berlusconi semble avoir décidé de faire une campagne "anti-allemande", avec une critique de l'austérité à l'allemande imposée à l'Europe, avec une tonalité trés souverainiste, et de séduire son électorat de personnes âgées en leur promettant quelques avantages sociaux supplémentaires.

Beppe Grillo continue à critiquer la façon dont l'euro est géré et accuse pour l'heure essentiellement le PD de faire des réformes inutiles, absurdes, anti-sociales, etc. 

 Tous les grands partis sont donc en fait d'accord pour dire que la façon dont l'Europe a été gérée n'est pas la bonne. C'est un peu "haro sur Angela M." ! Le conflit proprement national par contre oppose les Anciens (PD et FI) - les partis - et les Modernes (M5S) - le parti anti-partis - : en effet, la position de FI est un peu difficile à expliquer. Officiellement, FI n'a pas voté la confiance au gouvernement Renzi contrairement  à une partie de ses dissidents, mais il est d'accord avec les réformes institutionnelles que ce dernier veut mettre en oeuvre, et n'est pas très incisif dans son opposition par ailleurs au gouvernement Renzi. Il reste d'ailleurs localement allié aux gens de droite et du centre qui ont quitté FI fin 2013 pour soutenir le gouvernement Renzi. Inversement, le M5S ne cesse d'insulter le PD et d'accuser son chef d'être le plus grand bonimenteur de l'histoire italienne, après le "repris de justice" Berlusconi bien sûr. 

Selon les sondages, le PD serait nettement en tête avec un peu plus de 30% des suffrages, FI et le M5S seraient eux autour de 20%.

En l'état, cela voudrait dire que, d'une part, FI serait durablement affaibli, et que, d'autre part, le M5S ne serait pas seulement un feu de paille lors d'une élection unique (celle des élections politiques de février 2013). On s'orienterait donc vers un changement durable et inédit des rapports de force.

Ensuite, toute une série de partis tentent de survivre ou de renouer avec le succès lors de ces élections : il y a d'abord la "Ligue du Nord", dans l'opposition depuis fin 2011, qui tente de jouer à fond la ligne anti-européenne (qui est la sienne depuis 1999, mais qui ne l'a pas empêché de voter la ratification du Traité de Lisbonne en 2008) ; il y a des gens qui essayent de ressusciter un parti post-néo-fasciste sous le nom de "Frères d'Italie - Alliance nationale" (Fd'I-AN) ; il y a des centristes pro-européens qui essayent de se compter après le semi-retrait de la vie politique de Mario Monti, qui se sont alliés avec le "Nouveau centre droit" (NCD) d'Angelino Alfano qui participent au gouvernement Renzi et qui veulent montrer qu'il existe un avenir au centre-droit sans Berlusconi ;  il y a d'autres centristes très minoritaires a priori qui sont devenus anti-européens au nom des valeurs chrétiennes.

Il y a enfin des partisans de la gauche de la gauche, qui essayent de faire exister en Italie la candidature d'Alexis Tsipras (candidat du Parti de la gauche européenne pour le poste de Président de la Commission). Vu le mode de scrutin (changé en 2009), toutes les petites forces risquent de ne pas avoir d'élus, mais elles tentent toutes leur chance.

Du coup, l'élection européenne ressemble à y regarder de prés une révision générale de l'histoire partisane italienne, ancienne et récente.


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Tag(s) : #Europe
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