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MiiMOSA - Grignon 2026, un avenir à construire ! - MiiMOSA

Le domaine de Grignon, école agricole

 

Grignon,

l’histoire agricole

vendue à la découpe

"Ils" vendraient père et mère, sils en tiraient profit...

JEUDI 19 AOÜT 2021

L ’État a livré un trésor au privé, et tout un territoire hisse le pavillon noir. Le 4 août, au beau milieu de l’été et sans grand renfort de publicité, le gouvernement a fait connaître sa décision de vendre le domaine de Grignon, dans les Yvelines, son château XVIIe et ses 291hectares de terres à Altarea Cogedim, premier investisseur immobilier de France.

«J’ai reçu un coup de téléphone et un courrier laconique», résume Nadine Gohard, maire sans étiquette de Thiverval-Grignon, qui défendait une autre visée. La lettre n’énonçait rien de plus que le choix opéré, sans aucune précision quant au pourquoi de la chose. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’édile l’a mal pris. «J’actionnerai tous les leviers possibles pour empêcher cette vente et mettrai autant de zèle à informer l’État de mes choix que celui-ci en a mis à m’expliquer le sien», tempête-t-elle à l’autre bout du fil, dénonçant un déni de démocratie locale.

Des témoignages scientifiques inestimables

Elle n’est pas seule à être furibarde. Trente communes alentour partagent sa colère. Un collectif d’étudiants d’AgroPariTech, école nationale d’agronomie à laquelle était dédié le site depuis des décennies, s’oppose lui aussi à sa vente, de même que 200 scientifiques, climatologues en tête. Hors de question de faire de ce haut lieu de la recherche agricole un espace de libre entreprise, expriment-ils en substance dans une tribune publiée en juin. Hors de question de perdre un patrimoine qui, en ces temps de réchauffement climatique et de périls alimentaires, a tout à offrir à l’avenir de la planète.

Le domaine de Grignon habite un passé qui résonne au présent, au point d’être considéré comme «un site majeur d’intérêt général», notait, en 2020, l’expertise de l’inspection du patrimoine lors d’une commission nationale chargée de plancher sur le sujet. Bâtis aux alentours de 1650, le château, ses communs et ses terres trouvent leur vocation deux cents années plus tard. En 1826, Charles X les acquiert afin d’y développer une ferme modèle, dédiée aux expérimentations de la nouvelle société anonyme de l’Institution royale agronomique. L’ensemble devient domaine public en 1829. On y dispense, déjà, un enseignement théorique et appliqué. «L’école de Grignon est issue du mouvement des Lumières, de l’engouement pour l’agriculture, des réflexions des physiocrates du XVIIIe siècle», relate encore l’expertise. Cent soixante-dix ans et plusieurs regroupements plus tard, elle entre dans le giron d’AgroPariTech.

Tous les bâtiments qu’il en reste ne relèvent pas d’un intérêt patrimonial majeur. Certains ont conservé leur intégrité, d’autres uniquement leur façade. Quelquesuns ont tout perdu de leur charme. Mais la valeur du site réside dans sa cohérence, insistent experts et usagers. Autour du bâtiment s’étendent 130 hectares de terres agricoles et 133 hectares de forêts, espaces d’expérimentation et d’innovation. Le tableau, enfin, comprend des témoignages scientifiques inestimables. Les herbiers se disputent aux collections minéralogiques et naturelles. Des malles remplies de secrets, traditionnellement enterrées par chaque promotion pour être déterrées plus tard, dorment encore au pied de l’arbre dit aux corbeaux. Rien de cet héritage n’est aujourd’hui protégé par un quelconque classement. Un angle mort juridique inopportun, quand, depuis 2010, l’État programme la vente du site dans le but de financer un futur «pôle d’excellence scientifique» de Saclay, dont l’ouverture est prévue pour 2022.

En 2016, le domaine a, déjà, échappé de justesse à un rachat par le PSG. Cette même année, une association, Grignon 2000, se formait pour le défendre. En 2020, elle posait sur la table un plan B, soutenu par les 31 communes de la communauté de communes à majorité LR Cœur d’Yvelines. Un recours sera déposé devant la justice Se présentant comme une alternative d’intérêt général, « Grignon 2026» se veut un compromis. Financé par des acteurs publics et privés, il prévoit le développement d’un campus universitaire international dévoué à la transition alimentaire, de même qu’un pôle économique rassemblant une centaine d’entreprises. Un complexe hôtelier accueillerait des séminaires pour garantir la viabilité du projet, un parcours de musées lui permettrait de s’ouvrir au public. Jusqu’à ces derniers jours, il comptait parmi les projets encore en lice. Celui de Cogedim lui a donc été préféré. Ilavance en partie la même visée, à ceci près qu’il y inclut un espace de pavillons résidentiels intergénérationnel. Initialement prévu pour accueillir 400logements, sa jauge, après négociations, est retombée à une centaine, mais suscite toujours autant d’inquiétudes. «Alors qu’une revente à la découpe ne peut être exclue, nous redoutons un morcellement du bâti et la perte de toute cohérence du site», résume Tadeg Grall, étudiant en deuxième année qui, au printemps dernier, occupait, avec d’autres, le site afin de s’opposer fermement à sa vente.

Les questions aujourd’hui tournent autour des conditions d’attribution de la vente. «D’un point de vue technique, notre dossier était meilleur que celui de Cogedim», ne démord pas Pascal Clerc, responsable de Grignon 2026. «Nous savions même comment financer son coût de 13 millions d’euros.»

L’investisseur privé n’a pour sa part encore annoncé aucun montant. Cela ne l’a pas empêché de décrocher l’assentiment du jury qui a tranché la question. «Aucun de ses membres ne travaillait sur l’environnement, un seul avait à voir avec l’agriculture, dénonce encore Pascal Clerc. Les autres sont des représentants de Bercy.» L’association n’exclut pas de déposer un recours en justice. Elle prévoit, quoi qu’il en soit, de populariser l’affaire pour reprendre la bataille dès septembre.

MARIE-NOËLLE BERTRAND

"Ils" ont quand même osé ! Mais la bataille continue !

Tag(s) : #Privatisation