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Durant un an, de 2010 à 2011, la Belgique a vécu sans Premier ministre et, de fait, sans gouvernement. Les records ayant vocation à être battus, le Liban a fait plus fort encore, ayant survécu à une vacance présidentielle de deux ans et demi avant de finalement élire le général chrétien Michel Aoun à la fonction suprême, même si cette dernière est surtout symbolique.

En effet, tel que l’exige la Constitution libanaise, si le président est chrétien, le Premier ministre doit être issu de la communauté sunnite, la présidence du Parlement revenant à son homologue chiite, tandis que le poste de chef d’état-major de l’armée est dévolu à un Druze. Un tel équilibre, évidemment complexe – mais l’Orient n’est pas simple –, a pourtant survécu à plus de quinze années de guerre civile et, pour bancal qu’il puisse paraître, continue de faire ses preuves.

En bonne logique, Michel Aoun aurait dû être installé bien plus tôt à Baabda, l’Élysée local. Samir Geagea, son éternel rival chrétien, n’était pas contre. Le Hezbollah chiite était farouchement pour, reflétant ainsi la position de son sponsor iranien. Les Druzes, sans être pour, n’étaient pas contre.

Seul obstacle ? Le parti sunnite, mené par Saad Al-Hariri, fils du défunt Premier ministre Rafik Al-Hariri, vraisemblablement assassiné par les services secrets syriens. Saad Al-Hariri, homme lige de l’Arabie saoudite, tel que l’était son père, vient ainsi de lever son veto – realpolitik oblige.

De longue date, le Liban a été le terrain de jeu de ses voisins : Syrie, Israël, Iran et Arabie saoudite. Mais également celui d’autres nations plus lointaines et plus puissantes encore : USA et France, pour ne citer que les deux principales. Mais aussi, aujourd’hui, Russie – embrasement syrien oblige. À cette aune jugé, le « renoncement » saoudien reflète assez bien le changement de rapports de force dans la région : plus que jamais, Téhéran et Moscou profitent du vide laissé par Washington, tandis que Riyad, à la fois empêtré dans sa guerre menée au Yémen et son soutien plus ou moins larvé aux djihadistes de toutes obédiences, doit manifestement en rabattre quant à ses prétentions hégémoniques.

Pour tout arranger, alors que le régime syrien était donné pour prêt à tomber comme un fruit mûr, le voilà qui persiste à tenir bon. Là, le président Aoun est l’homme idoine : allié fidèle du Hezbollah, il a l’oreille de Téhéran. Jadis farouche adversaire de la Syrie, Damas le respecte néanmoins, mœurs orientales obligent, tandis que Moscou y voit le plus fiable de ses futurs interlocuteurs.

Le dernier enseignement de ce dénouement qu’il n’est pas incongru de tenir pour heureux, c’est que le Liban, certes peuple religieusement composite, persiste à se sentir avant tout libanais, sentiment d’appartenance nationale prévalant sur ses différences confessionnelles. L’État islamique a, certes, tenté de le ramener dans la guerre civile en multipliant les attentats à Beyrouth ; aboutissant de la sorte au contraire de l’effet escompté : au lieu de se diviser, le peuple a resserré les rangs tout en desserrant l’étau saoudien.

Bel exemple. Mais il est un fait depuis longtemps avéré qu’il n’y a plus guère que François Hollande pour prendre l’Arabie saoudite au sérieux.

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