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Moon Jae-in, le 12 mars 2017.
Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

Moon Jae-in, le 12 mars 2017.

Favori de la prochaine élection présidentielle sud-coréenne (dont la date a été fixée au 9 mai 2017, après la destitution de Mme Park Geun-hye), le démocrate (opposition) Moon Jae-in a déclaré, le 12 mars 2017, que la République de Corée (Corée du Sud) devait apprendre à dire "non" aux Etats-Unis.

Bien qu'opposé au déploiement du systèmes de missiles THAAD, Moon Jae-in a par ailleurs critiqué les sanctions prises par la Chine suite à la mise en oeuvre de THAAD en Corée du Sud, en disant que le dispositif THAAD constituait une question de "souveraineté nationale". Indépendance par rapport aux Etats-Unis (notamment sur la question nord-coréenne), refus de l'unilatéralisme chinois, Moon Jae-in s'inscrit dans la tradition progressiste coréenne, pour laquelle la défense de la souveraineté nationale est un marqueur fondamental des différences politiques avec les conservateurs, pro-américains.

En France, défendre la souveraineté nationale est souvent considérée comme une position de droite - alors même que les Montagnards autour de Robespierre et les Communards défendaient la souveraineté nationale. 

Tel n'est pas le cas en Corée, pays divisé après 1945 sous le jeu des grandes puissances. La Corée du Nord, dont le régime est issu de la résistance nationale antijaponaise et qui s'estime menacée par l'impérialisme américain, fait de la défense de la souveraineté nationale un principe fondamental de sa politique extérieure, voire de sa politique tout court.

Au Sud, les régimes autoritaires qui se sont succédé pendant plus de 40 ans (et dont les conservateurs au pouvoir sont les héritiers), ont limité autant que faire se peut l'épuration des éléments projaponais à la libération, puis ont considéré l'alliance avec les Etats-Unis comme un principe de base de tout le système politique et social.

En retour, les Etats-Unis ont soutenu les régimes très autoritaires qui se sont mis en place à Séoul, afin de disposer, au Sud de la Corée, d'un poste avancé - ayant créé une de leurs plus grandes bases militaires à l'étranger dans le centre même de la capitale sud-coréenne.

Pour cimenter cette alliance, les nouvelles élites sud-coréennes se sont converties à un christianisme inspiré des églises américaines, ont fait de l'apprentissage de l'anglais une priorité nationale et envoient leurs enfants étudier chez le "grand frère" américain, pour s'imprégner de la langue, de la culture et des idées américaines. 

Dans ce contexte, les conservateurs sud-coréens voient avec hostilité tout dialogue préludant à une réunification avec la Corée du Nord qui refuse encore et toujours l'hégémonie culturelle américaine, quand les progressistes campent sur des positions inverses.

Tel sera l'un des enjeux, sinon l'enjeu majeur, de l'élection présidentielle sud-coréenne du 9 mai 2017 : savoir si se maintiendront au pouvoir à Séoul des conservateurs favorables à subordonner les intérêts sud-coréens à ceux de la puissance américaine.

Tag(s) : #Corée du Sud