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En Ukraine, les pro-russes reviennent en force

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En Ukraine,
les pro-russes reviennent en force

Les élections municipales et régionales du 25 octobre, en Ukraine, ont officialisé une perte de vitesse du président Volodymyr Zelenskyy, pourtant élu en 2019 sur un raz-de-marée dégagiste. En revanche, une série de formations estampillées pro-russes ont réalisé de bons scores malgré le climat de guerre avec la Russie, alimentant les craintes d’une « revanche du Kremlin ».

De notre correspondant à Slaviansk, Odessa et Kiev

Ce serait une « victoire triomphante », à en croire les dirigeants du parti Plateforme d’Opposition - Pour la Vie (POPV). Le 25 octobre, il est arrivé 3e au plan national, en prenant la tête dans 6 conseils régionaux et plusieurs dizaines de conseils municipaux de grandes et moyennes agglomérations, notamment dans l’est et le sud du pays. Le chef du parti, Viktor Medvetchouk, promeut une relation apaisée avec Moscou comme un moyen de résoudre la guerre qui dure depuis 2014 entre les deux pays. Il est en cela aidé par la relation personnelle qu’il entretient avec Vladimir Poutine, parrain de sa fille.

Les résultats de POPV s’associent aux succès d’autres partis politiques pro-russes au niveau local. Le parti du blogueur et trouble-fête affilié au Kremlin, Anatoliy Shariy, fait ainsi son entrée dans plusieurs assemblées locales, bien que lui-même vive en exil depuis des années, recherché par la police ukrainienne. Des barons régionaux russophiles, comme le très controversé Hennadiy Kernes à Kharkiv, ont aussi suscité une adhésion appréciable des électeurs. L’impression d’une vague pro-russe déferlant sur le pays semble donc irrésistible. Elle inquiète, alors que la Crimée reste annexée par la Russie, que l’Est en guerre demeure une plaie ouverte pour le pays, et que les réformes pro-occidentales semblent bloquées à Kiev. « La revanche du Kremlin est en marche », assène Andriy Smoliy, représentant du parti Solidarité européenne de l’ancien chef de l’État Petro Porochenko.

Pourquoi voter pro-russe?

Pour expliquer ce retour en force des partis estampillés pro-russes, les analystes avancent de multiples raisons. D’un point de vue structurel, il n’y a rien de surprenant: environ 30% de la population ukrainienne vit dans le paradigme du « monde russe », avance le politologue Serhiy Fours. Une nostalgie de l’URSS explique ce phénomène, autant que des liens économiques, culturels et familiaux. Depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, ce tiers doit composer avec un autre tiers d’Ukrainiens historiquement opposé à l’idée d’une Ukraine russophile. Au gré des élections et des révolutions, ces deux blocs se disputent le dernier tiers, véritable ventre mou de l’Ukraine.

En 2019, Volodymyr Zelenskyy avait suscité l’adhésion de 73% des électeurs, dont le tiers proche de la Russie et le tiers flexible, grâce à sa promesse de renouvellement politique et de cessation des hostilités dans l’Est. Un an plus tard, alors qu’un accord de paix semble toujours lointain, il fait face au mécontentement de la première catégorie. Selon un sondage du Centre de sociologie politique, 63% de la population de la région de Louhansk et 54% de la région de Donetsk, toutes deux déchirées par la ligne de front, considèrent que « la situation se tend de plus en plus ». Ces électeurs se tournent donc vers des personnalités amicales envers le Kremlin dans l’espoir d’avancées concrètes qui s’accompagneraient de nouvelles opportunités économiques.

Selon Konstantyn Reoutski, de l’ONG humanitaire Vostok-SOS, il s’agit d’une démarche pragmatique plus qu’idéologique. « Ces populations ne sont pas anti-ukrainiennes. Elles cherchent avant tout à retrouver le status quo pré-2014 ». D’où leurs confiances renouvelées à des élites locales, pour beaucoup associées au régime autoritaire et corrompu de Viktor Ianoukovitch, déchu en février 2014. Des notables qui ont usé de leurs relations de clientélisme et de paternalisme pour séduire, voire acheter, des électeurs. « Les gens sont contents car ils reçoivent des paquets d’alimentation ou un nouveau terrain de jeu pour les enfants du quartier », se désole Konstantyn Reoutski. « Ils ne voient pas que c’est cette politique opaque qui avait provoqué, en partie, le conflit de 2014 ».

Tag(s) : #Ukraine, #Russie
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