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Eh bien, bizarrement, des hommes, des femmes, vous peut-être, éprouvent une fierté à me voir dans l’hémicycle, à m’écouter parler d’eux, parler d’elles, de leurs vies, à me regarder taper du poing sur la table de ma cuisine. Et ils, elles, se raccrochent à mes vidéos, à mes propos, pour ne pas glisser, pour ne pas baisser les bras, pour ne pas se décourager – tout comme je me raccroche à vous.

François Ruffin

François Ruffin: "Je propose une convention citoyenne sur le coronavirus"  [EXCLUSIF] | Le HuffPost

Pourquoi je rempile

PUBLIÉ LE 

 

- PAR FRANCOIS RUFFIN

Le mandat que vous m’avez confié, il y a cinq ans, se finit aujourd’hui. Je vais rempiler. Je vais me présenter à nouveau devant vous, devant les urnes. Pourquoi ?

« Ils ont sombré par millions dans la dépression. » Je viens de lire « Histoire d’un Allemand », de Sebastian Haffner. Alors que le nazisme séduit son pays, l’auteur est un jeune homme de bonne famille, se préparant à devenir juge, vivant des amourettes – et il livre ses « souvenirs » de cette époque, « 1914 – 1933 ». C’est presque une enquête sur ses états d’âme, sur les états d’âme de ses concitoyens, qu’il livre alors. Et cette phrase me marque : « Ils ont sombré par millions dans la dépression. »

Cette dépression de masse, en vérité cette dépression de l’élite – les chefs de parti, les magistrats, la presse furent les premiers touchés, les premiers à abandonner – cette dépression fut, au fond, le principal allié de Hitler : « A l’instant du défi, quand les peuples de race se lèvent spontanément comme un seul homme, les Allemands, comme un seul homme, se sont effondrés ; ils ont molli, cédé, capitulé. »

A notre tour, allons-nous mollir, céder, capituler ? Allons-nous sombrer par millions dans la dépression ? Il me semble qu’on ne comprend pas notre pays, aujourd’hui, après quarante ans de libre-échange, après cinq ans de macronisme, après deux ans de Covid, on ne comprend pas notre pays si l’on ne ressent pas cette dépression, qui rôde, qui ronge les coeurs, qui s’installe dans les esprits – et il faudrait établir le lien, le creuser, entre une France sous cachetons et cet abandon politique, ce lent glissement.

Notre plus terrible adversaire : notre résignation

Pour mon élection, il y a cinq ans, j’énonçais déjà : « Mon adversaire, c’est la finance, bien sûr, mais c’est surtout l’indifférence. » Car les gars, et les filles, dans les boîtes le savent bien : se bagarrer contre un patron, c’est dur, c’est un mur, mais on peut s’y heurter, s’y confronter. Le pire, c’est de lutter au quotidien avec les collègues, lutter contre leur résignation, contre leur à-quoi-bon, contre leur air de défaite avant le moindre mouvement. Voilà, le plus terrible des ennemis.

Les autres, d’adversaires, ceux du dehors, ils nous stimulent, nous galvanisent, on se prépare contre eux, on s’arme avec des tracts, des arguments, des actions. Mais le plus terrible des plus terribles ennemis, c’est le découragement, le découragement des nôtres, on s’enlise dedans, on s’englue, et le risque, le risque, c’est qu’il nous contamine, c’est qu’il nous ravale lentement, comme des sables mouvants.

Voilà le plus terrible des plus terribles ennemis : notre découragement à nous, ce froid qui monte de l’intérieur, ce gel qui s’installe dans nos cœurs, la mort, la mort, la mort rigide, la mort cadavérique qui s’installe dans nos vies. A quoi bon ? A quoi bon encore se lever ? A quoi bon encore espérer ? A quoi bon lire, écrire, agir, discourir ? A quoi bon ?

Ils nous veulent ainsi, sans le dire bien sûr, mais ils nous veulent ainsi, résignés, découragés, éteints, sûrs de n’être rien, de ne rien pouvoir, de ne rien valoir. Nos bras ballants, c’est leur victoire. Notre déprime, notre dépression, c’est un point qu’ils marquent.

Je cite souvent cette phrase, de Samuel Huntington, un intellectuel ultralibéral américain, qui publiera plus tard Le Choc des civilisations. En 1975, il rend un rapport pour la Commission trilatérale, intitulé : « Crisis of democracy ». Non pas « Crise de la démocratie », mais plutôt « crise de démocratie », comme une crise de foie, parce que, d’après lui, il y en a trop.

Que dit-il ? La démocratie, c’est bien, mais ça marchait tant que des groupes, les pauvres, les femmes, les noirs, les esclaves, n’y participaient pas. Voilà qu’aujourd’hui, – on est dans l’après 68 – tous ces gens prennent la démocratie au sérieux, ils manifestent, ils protestent, ils s’organisent, ils votent. Comment voulez-vous, avec tout ça, que les gouvernants gouvernent tranquillement ? Et Huntington propose alors son remède, je le cite texto : « Il nous faut instaurer de l’apathie politique. »

Cette apathie se combat, elle se secoue en soi, avec des coups de sang et des coups de gueule, avec des chansons et des ballons, avec de la colère et de la joie, avec de la vie quoi.

Vous représenter

Voilà à quoi j’ai servi, je crois, depuis 2017. Mes conquêtes matérielles sont mineures : la prime Covid pour les auxiliaires de vie sociale, un treizième mois pour les femmes de ménage de l’Assemblée, un congé de deuil rallongé pour les parents d’un enfant décédé, trois collèges de sauvés… Mais là n’est pas mon utilité.

Ma fonction est plus « spirituelle » : « Vous nous faites respirer », me disent des passants. « Vous entendre à l’Assemblée, c’est un bol d’air. » Ou encore, une aide à domicile m’alpague sur un bout de trottoir : « Vous m’avez soulagée. » Soulagée, c’est qu’à la souffrance – bien réelle – de peiner à remplir son frigo, s’ajoute une autre souffrance, plus symbolique : le sentiment de n’être « rien », comme dirait Macron, de ne compter pour rien dans la société, de n’être pas représentée.

Eh bien, bizarrement, des hommes, des femmes, vous peut-être, éprouvent une fierté à me voir dans l’hémicycle, à m’écouter parler d’eux, parler d’elles, de leurs vies, à me regarder taper du poing sur la table de ma cuisine. Et ils, elles, se raccrochent à mes vidéos, à mes propos, pour ne pas glisser, pour ne pas baisser les bras, pour ne pas se décourager – tout comme je me raccroche à vous.

Voilà pourquoi je rempile, voilà pourquoi je vais y retourner, les 12 et 19 juin prochains, dans la première circonscription de la Somme : je me sens utile, utile à vivre et à espérer. Surtout, surtout, je veux montrer que ça marche.

Pour une gauche populaire

Je veux montrer que, dans mon coin, à Picquigny, à Camon, à Domart, à force de maillots de foot, de tractages, de Gilets jaunes, à force d’être à leurs côtés ici et leur voix grondante à Paris, les gens peuvent éprouver une fierté, que la confiance peut se renouer.

Je veux montrer que « gauche » et « populaire », ces deux mots qui devraient aller ensemble, de soi, mais qui sont devenus un oxymore, une contradiction, je veux montrer que « gauche » et « populaire », on peut les réconcilier.

Je veux montrer que la « gauche », une gauche qui reprend le fil de 1789, du Front populaire, de la Libération, de Mai 68, je veux montrer que cette gauche peut gagner, gagner pas seulement dans le cœur des métropoles, pas seulement chez les diplômés, mais gagner aussi dans les 84 communes de ma circonscription.

Je veux montrer que le divorce, le divorce organisé, entre les cités de banlieue et les bourgs périphériques, entre, chez moi, Amiens-Nord et Flixecourt, je veux montrer que ces deux Frances, peuvent, un dimanche, se retrouver autour d’un même bulletin.
Et cette démonstration, bien sûr, je veux qu’elle serve de leçon, je veux qu’on l’étende au pays tout entier.

C’est pas gagné.
C’est pas fait.
C’est à nous, de le faire.

J’ai besoin de vous

Je sais, chers amis, chères camarades, vous qui m’accompagnez, je sais combien il va nous falloir d’énergie, de volonté, rue après rue, village après village, pour affronter notre pire ennemi, qui ne sera pas Macron, qui ne sera pas Pécresse, mais qui sera la résignation, mais qui sera la dépression. Je sais combien il va nous falloir d’envie, « l’envie d’avoir envie », comme chantait Johnny, pour sortir les habitants de chez eux et de l’apathie, pour convertir les « ah, celui-là, on l’aime bien ! » en un bulletin dans l’urne.

Je sais, malgré l’ambiance, malgré la lassitude, je sais quelles armes nous devrons manier, la joie, l’humour, l’ironie : de ces semaines de campagne, nous devons faire une longue fête, « la fête de la démocratie », nous ne réchaufferons les cœurs qu’ainsi.
Et nous commencerons en fanfare, des fanfares toujours, le samedi 30 avril, notez déjà la date, avec Shirley et Dino !

Voilà le programme devant nous.
Mais pour ça, pour cette bataille, j’ai besoin de vous. Que vous veniez en Picardie pour frapper porte après porte. Que vous nous aidiez à distance, en faisant du phoning. Et j’ai besoin de vos sous, aussi : une campagne, un peu ambitieuse, conquérante, heureuse, ça coûte des ronds.

Alors, si vous voulez participer à cette bataille, si vous voulez récompenser le travail accompli, c’est maintenant, c’est ici, sur ce site.
Sans vous, on ne peut rien. Avec vous, on peut beaucoup.
Et c’est pour ça qu’à la fin, c’est nous qu’on va gagner !

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Tag(s) : #François Ruffin
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