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Remarques sur les médias du 28 septembre

et sur la chronique économique de France Inter, en particulier

par

notre ami Philippe Arnaud
 
Chers tous,

Ce matin, à 7 h 20, sur France Inter, la chronique économique de Dominique Seux était intitulée : "Non, le niveau de vie des Français ne décline pas".

Et l'intéressé de commenter, avec une jubilation discrète, un "INSEE Première", document qui "actualise des chiffres un peu secs".

Que dit ce document ? Il dit que "contrairement à ce que l’on pense souvent, le niveau de vie continue d’augmenter en France. En 2008, il a progressé de près de 2 % hors inflation. Depuis cinq ans, de presque 7 %. Sur dix ans, de 15%. Ce n’est pas rien, cela va à l’encontre du climat misérabiliste un peu général".

Mais - et voila le hic - ce document ne concerne que des chiffres de 2008, ce qui inspire à Dominique Seux cette expression de dépit : "...[ces chiffres] sont donc un peu anciens pour notre univers journalistique où l’information doit être (comme on dit) "fraîche" – ce qui est, je le reconnais, parfois idiot."

Pourquoi est-ce /"idiot/", aux yeux de Dominique Seux ? Précisément parce qu'à partir de septembre/octobre 2008 a débuté la crise (financière et économique) qu'on connaît - crise dans laquelle on se trouve toujours - crise qui a donné un grand coup de faux dans les revenus des classes moyennes et, plus encore, populaires. Dominique Seux procède à la façon d'un démographe qui pérorerait sur le taux de mortalité de la population masculine en septembre 1914 en s'appuyant sur des chiffres de 1912... Or, les données du moment contredisant si cruellement son optimisme, on comprend qu'il ne s'en trouve guère satisfait...

Mais, même en ne s'en tenant qu'aux chiffres de 2008 (et en ignorant la crise subséquente), l'optimisme de Dominique Seux se heurte au ressenti des Français, qui ont l'impression que cela ne va pas mieux. Et là, l'explication de Dominique Seux est toute trouvée : "La réponse est claire : c’est le logement ! Les loyers et le prix des logements ont progressé nettement plus vite que les revenus".

Comme Toinette dans "Le malade imaginaire" qui, à toutes les plaintes d'Argan, ne cesse d'incriminer "le poumon" comme cause unique de ses maux, Dominique Seux a l'explication du "climat misérabiliste" [dans lequel macèrent les Français] :

"C'est le logement, vous dis-je !".

Outre que Dominique Seux se garde soigneusement de préciser à combien se chiffre ce "nettement plus vite", il omet aussi de prendre en compte la réduction des allocations familiales, la stagnation du SMIC, la multiplication des franchises médicales, le déremboursement des soins, la fiscalisation des allocations pour accident du travail, l'augmentation de la durée du travail par attaques répétées sur cette durée hebdomadaire, mensuelle ou annuelle (sans augmentation parallèle des revenus), ce qui aboutit à une baisse réelle du revenu.

Il omet aussi de prendre en compte l'annualisation du temps de travail, la réduction constante du montant des retraites depuis la réforme Balladur de 1993, le refus des soins au titulaires de la CMU (Couverture Maladie Universelle), l'augmentation des frais de scolarité (parfois très forte pour les inscriptions en faculté), les frais supplémentaires de transport liés à l'éloignement des pauvres des centres villes, la diminution des assurances chômage, etc.

Apparemment, dans sa compréhension des réalités économiques, Dominique Seux s'est arrêté au bord d'une de ses remarques (esquissée avec le coût du logement) : le niveau de vie n'est pas une valeur monétaire mais un quotient, le quotient des dépenses par rapport aux revenus. Or, avec un gouvernement qui, depuis (au moins) le retour de la droite au pouvoir en 2002, charge la mule des classes moyennes et populaires, il est douteux, contrairement aux propos lénifiants de Dominique Seux, que, pour la grande masse de la population, le niveau de vie augmente...

Dominique Seux s'est, en outre, gardé de corréler l'augmentation des revenus à celle de la productivité du travail. Il dit qu'en 15 ans, ces revenus ont augmenté de 15 % hors inflation (ce qui ne fait guère que 1 % d'augmentation par an).

Or, en admettant que, sur la période, la croissance de la productivité n'ait été que de 1,5 % (elle était d'un peu plus de 2 % en moyenne sur un siècle), un salarié qui, en valeur réelle, gagnait 1000 euros par mois, perdrait, à cause de ce décrochage, environ 82 euros réels par mois au bout de 15 ans (et en cumulé 7022 euros), soit un manque à gagner de 6,6 % sur son salaire mensuel au bout de ces 15 ans. [Je vous serais obligé de toutes les précisions que vous apporterez sur ces chiffres].

Enfin, pour Dominique Seux, les écarts de revenus n'augmentent pas. Pour lui, l'écart entre les 10 % les plus riches (ceux dont le revenu dépasse les 6800 euros par mois) et les 10 % les plus pauvres (dont il omet - significativement - de fixer la limite supérieure) reste de 3,4 depuis 15 ans.

Pour lui, la perception d'une croissance des inégalités viendrait de l'augmentation très forte des très hauts revenus. Mais il s'agit là, de la part du commentateur, d'une entourloupe : en choisissant de noyer la croissance de ces hauts revenus dans la masse de la tranche des 10 % les plus riches, il veut faire croire que l'écart ne s'est pas manifesté ! Or, cet écart s'est bien creusé, entre les 10 % des plus riches et les autres (et même, dans ces 10 %, entre la nouvelle tranche de 10 % et les autres), c'est-à-dire, non seulement au sein des plus privilégiés, mais aussi, /a fortiori/, à l'égard de tous les autres...
Enfin, il omet de préciser qu'idéologiquement, socialement, politiquement, culturellement la tranche des 10 % les plus riches, même si elle voit les minces tranches supérieures s'écarter d'elle comme les galaxies (d'autant plus vite qu'elles sont plus éloignées), que cette tranche-là, donc, se solidarise avec le haut et non avec le bas, ce qui donne le sentiment au reste de la population qu'il s'opère bien une coupure non seulement avec les hyper riches (le 0,01 % de la population) mais aussi avec les riches au sens large.
 

Je vous saurais gré de vos remarques, précisions (notamment sur les revenus, les prix et la productivité), rectifications et critiques.
Bien à vous

Philippe Arnaud,

AMD Tours



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Philippe Arnaud
0247276725



Tag(s) : #Economie

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